Télévision: Où sont les talents?

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Des séries américaines au kilomètre, des concepts émissions calquées, copiées puis collées, à partir de formats existants à l’étranger, de la télé-réalité par containers entiers, dupliquée elle aussi d’exemples picorés à étrangers, des émissions de plateaux aux dispositifs uniformes, sans originalité, ni véritable sens de l’innovation…Poussives, sans surprise, en panne d’imagination, d’une stérilité criante, incapables de se renouveler, incapables de la moindre prise de risque, les chaînes françaises sont à la peine.

Mais à quoi tient cette absence de folie créatrice ? A quoi faut-il imputer l’impressionnant décalage qui sépare ce Vieux monde, (celui d’un audiovisuel qui puise ses gènes dans les décombres d’une ORTF disparue il y a maintenant bientôt 40 ans !), de l’univers d’Internet. Là où foisonne une multitude : auteurs, vidéastes, blogueurs, créateurs aux réalisations et aux pédigree surprenants.

Oui, comment expliquer que la télévision puisse ainsi donner le sentiment de vivre dans un camp retranché coupé du monde, quand à l’extérieur de ses murs, sur la Toile, foisonnent dans un joyeux fourre-tout, idées, images, créations et concepts?

Si dans les années 80, c’est l’univers de la pub et ses seigneurs -Jean-Claude Boulet, Jean-Marie Dru, Jacques Séguéla, Philippe Michel, Bruno Devarrieux, Jean-Paul Goude et j’en passe …- qui faisaient l’air du temps et modelaient les sociétés, aujourd’hui ce sont les lutins d’Internet qui sont à la pointe de la création.       

Alors pourquoi cette impasse?

La seule et unique raison est tout simplement générationnelle. Observez bien et dans le détail les organigrammes des principales chaînes françaises, (TF1, M6, France 2 , France 3) et vous verrez que les principaux leviers de commande sont tenus par des hommes et des femmes installés dans le système depuis très longtemps. L’audiovisuel français a cela de particulier qu’il est l’affaire d’une nomenklatura de dirigeants, de producteurs ou de responsables de programme, qui s’entreglosent, vivent en vase clos depuis des lustres : un véritable réseau de professionnels unis par des liens de connivence, qui pratique la cooptation et les renvois d’ascenceurs.

Or ce monde a vieilli. Aux manettes depuis le début des années 80 et attaché à défendre son pré-carré, ce club informel n’a jamais permis l’éclosion en son sein de jeunes créateurs susceptibles d’apporter un souffle nouveau. Ils ont tous grandi à l’école Desgraupes, Bourges, Mougeotte, Tavernost ou Rousselet et tel un jeu de Bonneteau, ont sauté d’une case à une autre, d’une chaîne à une autre, s‘échangeant les postes au gré d’arrangements entre amis.

C’est ainsi que lorsqu’il s’est agit de composer les équipes de France Télévisions, versus Rémy Pflimlin, ce dernier et l’Elysée, où Nicolas Sarkozy et Claude Guéant ont joué un rôle actif, ont puisé dans un vivier connu. A qui pensez-vous? Qui voyez-vous à ce poste ? L’ancien secrétaire général de l’Elysée, comme Pflimlin, qui peinaient  à sortir de son chapeau des profils un peu neufs, revenaient immanquablement sur une liste connue de professionnels, véritables mercenaires d’un secteur  consanguin.

Pas un trentenaire, pas une jeune pousse, pas un  nom neuf. Du coup, peu de surprises à l’arrivée, si ce n’est une équipe attendue, composée de vieux routiers du métier, de figures connues du sérail et dont les nominations sont le résultat d’arbitrages politiques ou de réflexes de pure facilité, ou de copinages, un aréopage de barons ou Bruno Patino, le monsieur nouvelles technologies du groupe, seule véritable personnalité émergente, semble presque détonner dans ce paysage aux airs de déjà vu. Que fait cet enfant de Bill Gates dans ce mastodonte embourbé que surveille du coin de l’oeil un actionnaire; l’Etat, qui s’impatiente.  

Autre chaîne, TF1. Succursale des majors d’Hollywood, la chaîne du groupe Bouygues est devenue un formidable robinet à séries américaines. En panne de créativité, «La Une», malgré de louables efforts dans le domaine de la fiction, peine à trouver la martingale et continue de s’appuyer sur des cadres dirigeants-maison dévoués, mais dont on voit bien, là aussi, les limites. Force est d’admettre aussi que les responsables de TF1 sont aussi tributaires de la pauvreté  de la proposition : s’amoncellent sur les bureaux de ses responsables des dizaines de projets d’émissions, pondus par des sociétés de production anciennes et à bout de souffle, aux recettes éculées.

Mais n’y aurait-il pas ailleurs que dans les sociétés de production ayant pignon sur rue et un rond de serviette à la table de TF1, de M6 ou du groupe France Télés, bref, en lisière du système, des jeunes auteurs ou créateurs audiovisuels de talent ? Naturellement, oui.   

Je rappelle toujours l’anecdote que j’ai vécue d’un Pierre Desgraupes qui m’accueilla un jour dans son bureau, avenue Montaigne, quand il dirigeait Antenne 2: la pièce était monacale et sa table vide. Nue. Pas un dossier, pas un papier, pas un crayon, pas une épingle. Et je lui avais demandé : Pourquoi un tel minimalisme? Il m’avait répondu : «Je n’ai pas besoin de parapheurs pour penser aux programmes. Seuls les hommes et les idées comptent».

La belle image. Le vieux Desgraupes, qui en son temps était allé chercher, avec culot, à la radio, les plus jeunes, – la génération Pierre Lescure-, c’est à dire ceux qui incarnaient à l’époque ce qu’Internet est aujourd’hui, avait tout dit. Les hommes d’abord.

L’exemple de Canal+ est à ce titre riche d’enseignement.  Exsangue, en 2001,  la chaîne fut reprise à la casse par un sombre inconnu venu de  l’industrie des pesticides : Bertrabnd Méheut. Lequel, parachuté du jour au lendemain à sa tête, avait pour toute feuille de route, l’ardente obligation de réussir un pari difficile, celui de redresser la boutique.

Tout autre dirigeant à sa place, afin de limiter les risques, aurait, en parfait néophyte, fait appel à quelques vieux briscards du métier sur lesquels il se serait appuyé, après que ces derniers lui aient promis la quadrature cercle. Or Méheut fit l’inverse. Tournant le dos au sérail, il embaucha deux parfaits inconnus: Rodolphe Belmer et Alexandre Bompard. Le premier, jeune diplômé d’HEC et homme de marketing, venait de l’univers d’un grand lessivier, Procter & Gamble. Le second, un énarque de 30 ans, était passé par le cabinet de François Fillon aux Affaires sociales.

Deux complets débutants, mais deux belles mécaniques. Successful, le premier est devenu le patron de chaîne le plus accompli et le plus doué de sa génération. Le second, surnommé depuis «Pentium 12 » pour sa vélocité, a été l’un des rouages clé de Canal+, avant de diriger Europe 1, puis la FNAC, aujourd’hui. Sans autres commentaires.

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14 Comments
  • bertrand
    avril 7, 2011

    Vous ne cesserez jamais de me surprendre et c’est pour ça que je viens régulièrement vous rendre visite sur ce blog.

    Ce n’est pas possible d’être à chaque fois à côté de la plaque comme vous l’êtes!

    Vous n’avez pas bien regardé les organigrammes: aujourd’hui, ce sont des quarantenaires qui sont aux directions des programmes des principales chaînes.

    Et c’est bien cette génération qui bloque tout processus créatif à l’antenne. Les enjeux économiques et les pressions qu’ils imposent font que ces hommes sont pétrifiés par le changement et n’osent plus rien. C’est une génération de froussards entourés de pleutres et d’incompétents qui ne sont intéressés que par les courbes d’audiences.

    Bompard, c’est le type qui a fait revenir Nagui le matin sur Europe 1 et Drucker le week-end, qui a conforté Morandini le midi…
    Belmer, c’est celui qui a conforté Denisot, appelé Ardisson…

    Que du neuf, Bravo!

    Je comprends que vous vouliez cirer les pompes de tous ces messieurs pour faire votre trou à la télé. mais il y a des jours où ça se voit beaucoup.

  • Ludo8866
    avril 7, 2011

    Votre papier est intéressant ; seulement voila, les lauriers adressés à canal + sont excessifs. Car les fameuses « créations originales » ne sont que de vagues resucées de ce qu’on a déjà vu ailleurs un millier de fois : du racoleur, du sexe, du polar, de la BD

    Bref, le serpent se mord la queue

  • Charles
    avril 7, 2011

    Bonjour,

    étant un peu dans ce milieu, je trouve votre analyse très pertinente. Merci de le dire.

  • oblomov
    avril 7, 2011

    « La seule et unique raison est tout simplement générationnelle. »
    Pas uniquement. Là où le web enterre la télé, surtout dans les plateaux talking heads, c’est dans la forme, c’est à dire la possibilité d’interactivité.
    À la télé, celui qui tient le micro est roi. Pas de droit de réponse, la parole est à celui qui a la plus grande gueule.
    Sur le net il est de bon ton d’avoir les arguments lucides, de pouvoir raisonner ; il ne suffit pas d’écrire en majuscules.
    La diatribe est vite disqualifiée, le déblatéreur démasqué.
    C’est pour cette raison que les politicards de droite se contentent de twitter…ailleurs ils sont étrangement inefficaces/absents !

  • Gizardin
    avril 7, 2011

    TF1 a la palme du copié-collé. un peu d’effort sur la 2. mais effectivement la télévision nous assène des séries américaines jusqu’à indigestion. Arte et Canal font me semble-t-il exception. il y a de la production originale sur canal : « Mafiosa », « Les Tudors » et quelques autres.

  • Michael
    avril 7, 2011

    Avez vous essayé de déposer un projet à une chaîne si vous n’avez pas un nom ou une boite ayant pignon sur rue? Votre projet finira en haut d’une pile et ne sera jamais lu hélas. Quand je vois les jeunes talents d’aujourd’hui, ils sont très lisses et savent très bien lire un prompteur. Je trouve ça regrettable pour ce média. La TNT devait être un vivier de talent, on devait voir du neuf? Le résultat est navrant. Bimbo lisant du prompteur, programme de real tv………..Où est la nouveauté? On me parle du succès de Slam sur la 3 et de son jeune animateur Cyril Féraud? Si c’est pour dire à chaque fin de phrase « coquinou » en effet c’est original….

  • Martino
    avril 8, 2011

    L’explication de la pauvreté et de la médiocrité des chaînes actuelle est simple.

    La génération des « jeunes » arrivés dans les années 1980 a désormais plus de 50 ans : Sabatier, Dechavanne, Delarue, Nagui, etc…

    Depuis leur apparition, sur les grandes chaînes nationales, il n’y a quasiment aucun animateur, créatif ou producteur de moins de 50 ans.

    La télé de papa est bien loin des préoccupations des « vrais gens » et des jeunes, à l’heure des podcasts et de l’interactivité immédiate.

    Place aux djeun’s !

  • fumisterie
    avril 8, 2011

    Vous oubliez de parler des Pernaut et Chazal, complètement statufiés voire momifiés dans leurs sièges, tous indéboulonnables qu’ils se croient… JUSQU’À QUAND????? De tout évidence, le « boulot », entrepris en 2008, n’a pas été fait à fond!

  • peeters
    avril 9, 2011

    où voyez vous de louables efforts faits par TF1 dans le domaine de la fiction????Belles audiences pour Docteur House? TF1 demande d’imaginer le même personnage mais dans la peau d’un juge d’instruction..et j’en passe et des meilleurs..Ah oui, une nouveauté « camping paradis »,une honte
    Et que penser de jeunes journalistes sur les chaînes toute info, qui parlent de François Mitterand notre ministre de la culture, qui se trompent à maintes reprises en citant des hommes politiques étrangers..
    La télévision française n’est plus regardable!Et on parle de créer de nouvelles chaînes généralistes…

  • Roddenberry
    avril 10, 2011

    Et si tout simplement la TV était un terme anachronique à l’age connecté.Tous Les contenus (audios, videos, texte)deviennent digitaux et interactifs(via des interfaces naturelles ou touchscreen) et leur accés à la forme d’applications sur les appareils connectés (ipod; smartphone, tablettes, machine to machine).

  • Jacelyn Teats
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