Pourquoi France Télévisions patine?

par 6commentaires No tags 0

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est un chiffre parmi d’autres, qui donne une simple idée des difficultés de France Télévisions depuis la rentrée de septembre.  « Avant premières ». Le magazine d’Elizabeth Tchoungui, n’a séduit, avant hier soir, que 227 000 personnes, soit 1,9 % du public : un résultat à peine digne des audiences de la TNT, laquelle affiche ces temps-ci des scores plus qu’honorables et préoccupants pour l’ensemble des chaînes généralistes. La déconfiture de la plupart des nouveaux programmes de «France Télés», conjuguée à l’affaissement d’émissions installées de longue date, devraient  contraindre ses responsables à réagir. Mais pour faire quoi? Tailler dans le vif ? Couper les branches malades ? Mais si oui, pour les remplacer par qui, par quoi? S’il faut donner du temps au temps et laisser s’installer des émissions encore jeunes, la faiblesse de leurs audiences constituent une source d’inquiétude. Mais qu’est-ce qui pêche ? Qu’est-ce qui ne va pas à France Télés qui puisse expliquer un tel carambolage. On peut y voir plusieurs raisons.

1.  Une organisation pas au niveau. Force est de constater que les talents ne sont pas toujours là. Au centralisme excessif de l’ancienne équipe dirigeante, incarnée par le tandem Carolis-Duhamel, a succédé une gouvernance décentralisée, où chaque chaîne y va de ses initiatives en matière de programmes, avec souvent aux postes clés des responsables au souffle un peu court et divisés. Et, en bout de course, des concepts d’émissions hasardeux installés à l’antenne à la va-vite et sans réelle politique d’harmonisation entre les différentes chaînes. Si bien que personne ne sait aujourd’hui qui incarne ou impulse une ligne éditoriale souvent illisible : déboussolés, les producteurs, qui s’en plaignent, ne savent plus à quelles portes taper, ou à quels saints se vouer, pour faire avancer une idée ou un projet. Tenue en comparaison par un tandem performant (Thuillier-Pujadas), l’information de France 2 semble à cent coudées au-dessus de la mêlée. Car où sont les nouveaux talents ? Quels programmes et quelles performances peuvent retenir l’attention, à ce jour? Mystère. Il faudra beaucoup de sang-froid dans les semaines qui viennent aux responsables de France 2 et de France 3 pour résister aux critiques et à la bronca. Et sans doute une réforme de management, à laquelle Rémy Pflimlin semble se refuser, pour que les  choses bougent.  

2.  Un PDG géomètre. A l’instar de certains parmi ses prédécesseurs, (dont Marc Tessier),  Rémy Pflimlin est plus un chef d’entreprise, qu’un homme de contenus. Moins journaliste ou saltimbanque, qu’un Hervé Bourges ou qu’un Jean-Pierre Elkabbach, il s’est immergé dans les relations sociales d’une maison, avec les syndicats de laquelle il a signé un chapelet d’accords importants, dont la convention collective des journalistes. Tout en promouvant une révolution numérique ambitieuse, mais invisible pour le grand public.  Là où quelques-uns parmi ses  prédécesseurs s’attachaient à suivre, de près, la confection des différentes grilles de programmes, Rémy Pflimlin semble ainsi s’en détacher ostensiblement, laissant les coudées franches à ses équipes, au risque d’y laisser à son tour des plumes. Roué, homme de réseaux et de consensus, et fin politique, le PDG de France Télévisions a ainsi incontestablement réussi au plan interne, mais échoué, pour l’heure, sur le plan des programmes ou de l’audience, l’autre juge de paix avec l’équilibre budgétaire.

3.  Un PDG sous tutelle. Désigné par le chef de l’Etat, l’intéressé vit sous pressions. Si Nicolas Sarkozy n’a pas avec Rémy Pflimlin les relations volcaniques qu’il entretint avec Patrick de Carolis, le tropisme du chef de l’Etat pour les questions audiovisuelles reste un fardeau. Et à la décharge du PDG de France Télés, le mode de nomination instauré par le locataire de l’Elysée et l’horizon d’une campagne présidentielle sous hautes tensions, ne sont pas faits pour faciliter la tache d’un homme à qui la gauche, en cas de victoire, ne fera pas beaucoup de cadeau. Ainsi, critiqué au Château et observé au PS, Rémy Pflimlin est victime d’un système à bout de souffle, qui voit le politique interférer dans la vie d’une entreprise tenue bride courte. Or cette instabilité chronique rend d’autant plus incompréhensible la déshérence dans laquelle sont laissées les grilles de programme de France 2 ou de France 3, lesquelles collectionnent les rendez-vous en capilotade. Car de quoi est fait le bilan d’un PDG de chaînes, quand il quitte son poste, si ce n’est de quelques émissions-phares, orgueil du service public, inscrit à son palmarès et que les Français pourront citer…Or pour l’heure, nous serions bien en peine d’en relever une seule. Tout comme nous serions bien en peine de citer le nom d’un professionnel en place qui incarne fortement la ligne éditoriale de ce groupe ou de l’un de ses chaînes. Comme ce fut par le passé avec des hommes comme Pascal Josèphe, Jean-Pierre Cottet, Jean-Pierre Dusséaux ou plus récemment, Patrice Duhamel.

4.  Un tsunami à l’horizon. C’est une déferlante inquiétante pour l’ensemble des chaines historiques qui risque de tout submerger et de compliquer la tache du même Pflimlin. Au 31 décembre, en effet,  les quatre dernières régions de France à ne pas être encore raccordées à la TNT entreront dans la danse. Et quand on sait que Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Alpes et Provence-Alpes, puisqu’il s’agit d’elles, sont les coins de France, de par leurs démographies relativement âgées, où l’on regarde le plus la télévision, le risque de transferts massifs de téléspectateurs de l’analogique vers la TNT est important. Première exposée par cette lame de fond? France 3, bien évidemment, dont le niveau d’audience, déjà inquiétant, pourrait de nouveau s’affaisser. Tout comme d’ailleurs ceux de TF1 ou de France 2 qui ont tout à craindre de cette même TNT qui fait déjà des ravages. Or l’entrée sur ce marché d’un géant, Canal+, décidé à créer l’événement, avec les rachats de Direct 8 et de Direct Star, deux chaînes  en voie de complète transformation, n’est pas fait pour éclaircir l’horizon.

0
6 Comments
  • Phoenix
    septembre 30, 2011

    Ce sont toutes les chaînes historiques qui patine…
    De mémoire cher Renaud, avez-vous déjà assisté à autant de « placardisations » sur trois des plus grandes chaînes historiques (Storch à TF1, Sled à France 3 et maintenant Robin à France 2) ?
    Je pense n’avoir jamais vu ça et je crois que ce n’est pas fini. Les chaînes historiques vont encore plus morfler à l’avenir avec la concurrence grandissante.

  • Parnassien
    octobre 1, 2011

    Cette affaire n’est que la partie visible de l’iceberg. La plupart des (petits) producteurs vous le diront : il y a quelque chose de pourri dans la maison FTV. Pillages de projets, appels d’offres pipeautés, cadeaux voire dessous de table pour décrocher un programme, telle est la réalité ! Les maisons de production qui travaillent pour le groupe sont de moins en moins nombreuses et ces grosses structurent qui raflent tout, assurent en cas de problème, un parachutage aux responsables des programmes. Ainsi entre copains on se partage le cadeau et ceux qui protestent sont blacklistés ! Bref à quand une véritable enquête sur ces pratiques plus que douteuses et bien d’autres encore trop longues à développer ici, qui se répandent telle la lèpre dans tout le groupe ?

  • Anonyme
    octobre 1, 2011

    Effectivement, France télévision, après 5 ans de déshérence, est minée par l’incompétence et le népotisme.
    Les responsables à tous les niveaux sont irresponsables. Ils sont tous là pour de mauvaises raisons, où le copinage constitue le principe même.
    Il est même possible que France Télévision ne puisse plus être sauvée.
    Un responsable compétent à France Télévision aujourd’hui serait un intrus.
    France Télévision est devenu le parfait exemple de la France. Une bureaucratie pléthorique, où travailler effectivement 35 heures dans le mois constitue un exploit. Où l’argent que la France emprunte sert à payer grassement une bonne conscience, obligatoirement de gôche, évidemment, qui est complètement coupée de la réalité.
    Résultat, les producteurs américains se frottent les mains.

  • Martino
    octobre 1, 2011

    Bonjour Renaud,

    À quand remonte votre dernier article critique envers Canal+ ?

    Pourquoi ne jamais avoir relaté ni analysé les événements majeurs qui touchent Canal+ depuis quelques jours : fusion avec TPS annulée, chaîne bonus interdite, TF1 qui demande la fin de la publicité sur les émission en clair de Canal+…

    Pourquoi attaquer presque tous les autres sociétés (y compris publiques) du PAF et jamais Canal+ ?

    Merci de votre franchise…

  • FRANCK 83700
    février 20, 2012

    Bonjour,
    Je vais etre court, la seule solution qui existe pour résoudre le problème de l audiovisuel en France c est que l état arrete de s en occuper .Ce n est pas à l etat de faire de la tv mais a des entreprises commerciales pour qui c est le métier .
    On en fait toujours tout un problème en France car l état veut s occuper de désigner les pdg, établir les cahiers des charges ,dire combien de chaines il doit y avoir …..
    laissons faire les professionels et les télespectateurs sauront qui fait du bon et qui fait du mauvais!

    • phoenix
      février 20, 2012

      Je pense exactement le contraire. les entreprises commerciales à la télévision ont tiré le niveau vers le bas comme rarement depuis 25 ans.