A gauche, les clichés ont la vie rude.

par 4commentaires No tags 0

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«Une chose est certaine, c’est que, si je suis élu Président, je défendrai la remise au pot de la concession de TF1 (et celle de M6) dans le domaine hertzien. Pour les appels d’offres, il sera interdit de concourir aux groupes vivant de la commande publique. La mise en concurrence se fera au niveau européen. Les cahiers des charges de TF1 seront durcis au niveau culturel, en termes de pluralisme, la téléréalité sera interdite… Pour la presse écrite, un actionnaire qui vit de la commande publique ne pourra qu’être minoritaire. Enfin, les sociétés de rédacteurs auront un statut qui les protégera des ingérences de leur actionnaire.» Extraites d’une interview accordée en fin de semaine dernière dans Libération, ces propositions signées d’Arnaud Montebourg font un peu froid dans le dos. Interdiction, encadrement, remise au pas, coercition…les coups de menton du centurion Montebourg nous renvoient à une époque que l’on pensait révolue et qui voyait le PS, au début des années Mitterrand, enrégimenter un paysage audiovisuel diabolisé et corseté de textes et d’obligations en tous genres.

Interdire la téléréalité? La belle affaire ! Oui mais laquelle ? Et au nom de quels arguments et de quels critères? Devenu un genre populaire, de Master Chef à Secret Story, en passant par un Diner presque parfait ou Kho Lanta, celle-ci mêle le meilleur et le pire. Et n’y a-t-il pas quelque chose d’incongru à invoquer le pluralisme, tout en stigmatisant un genre que l’on interdirait d’antenne au nom d’arguments fumeux! Arnaud Montebourg prend également bille en tête les groupes de médias dont l’actionnaire principal vit de commandes publiques. Là aussi, tout cela ne veut rien dire. Si Serge Dassault a fait du Figaro un organe de combat mis au service de l’UMP, c’est d’abord en raison de convictions ancrées: la gauche au pouvoir, l’industriel promoteur du Rafale, ne deviendrait pas socialiste pour autant et n’irait pas transformer son journal en une feuille socialiste pour mieux vendre ses avions ! Un temps propriétaire de l’Express, Serge Dassault n’eut pas d’autre choix que d’accepter sans broncher la ligne éditoriale imposée par une rédaction qui ne s’en laissa jamais compter. Et interrogez donc les équipes de rédaction de Direct Matin ou des Echos : propriétés de Vincent Bolloré et de Bernard Arnault, dont les empires n’ont pas de liens avec l’Etat, ces différents journaux vivent sous tension permanente. De même à France  Soir, c’est un fils d’oligarque russe qui est en passe d’envoyer à l’ANPE toute une rédaction. Et si la Tribune s’apprête à disparaitre, c’est en raison de l’inexpérience de ceux qui l’auront conduit à sa perte. Ainsi va la vie de ces entreprises de presse, qui dépendent plus du profil et des convictions, affichées ou non, de leurs propriétaires et de la capacité de réaction et de mobilisation des journalistes qu’ils emploient, que des liens qu’entretiennent ces mêmes patrons avec l’appareil d’Etat. Tout le reste n’est que clichés. On aurait préféré qu’Arnaud Montebourg, qui n’y connait à l’évidence RIEN, s’exprime sur quelques points bien plus importants que ces idées surannées et rebattues. Quid, par exemple, de la réforme, vitale pour la presse écrite, de ses circuits de distribution à l’agonie, à travers Prestalis? Un chantier technique et englué depuis des années. Quid également du mode de nomination des PDG de chaînes et du rôle du CSA: des questions face auxquelles le PS reste discret, car si celui-ci affirme sa ferme intention de revernir sur la réforme de Nicolas Sarkozy, certes, il demeure bien timide quant au mode de nomination des patrons de chaînes et du rôle du politique. Lequel, on le sait, ne devrait plus apparaitre, à quelque niveau que ce soit, y compris parlementaire, dans le processus. Car à l’heure d’Internet et de la télévision connectée à l’ordinateur, à l’heure de la globalisation d’une télévision transfrontière, ces batailles d’arrière-garde et ces slogans de campagne à l’emporte-pièce sont semblent en effet bien démagos, bien archéos, bien dérisoires.

0
4 Comments
  • thor
    octobre 3, 2011

    J’ai écouté Montebourg sur RTL hier, avant la publication de votre article.
    Il ne veut pas interdire la télé-réalité mais la réglementer (pour ne pas porter atteinte à la dignité des personnes). Il rappelle que les chaînes de télé utilisent un réseau public payé par les contribuables, qui ont donc leur mot à dire. En ce qui concerne le CSA : il veut que les téléspectateurs soient représentés, alors que pour le moment tous ses membres sont désignés par le pouvoir.

    Cordialement

  • Newstaf
    octobre 3, 2011

    Toute cette gesticulation electoralo-démago liée à la campagne des primaires socialistes n’a pas grand intérêt et tout le monde sait que les propos et les idées émis par Arnaud Montebourg ne l’ont été que pour rassurer ses partisans qui forment l’aile gauche du PS. A noter le paradoxe qui fait que ce nouvel idéologue pur et dur de l’orthodoxie médiatique ne trouve rien à redire sur le fait que sa compagne, Audrey Pulvar, participe tous les samedi soir à une émission dont la probité déontologique ne correspond pas vraiment à ses grandes et nobles idées sur une télévision de qualité.

  • dc
    octobre 3, 2011

    Vincent Bolloré et de Bernard Arnault, dont les empires n’ont pas de liens avec l’Etat…

    C’est une blague ?

    Et pourquoi ne pas faire un point sur le cahier des charges de TF1 et de son respect. C’est trop de boulot ?

  • cochard
    octobre 5, 2011

    montebourg est peut-etre excessif mais ne faudrait-il pas limiter les concentrations? QUAND ON VOIT LA TNT QUI N A QUE 5 ANS PASSER ….AUX ANCIENS DE L HERSIEN,tfI , ,m6 et canal plus?
    quid du pluralisme?