Le patron français de la télévision belge juge France Télévisions.

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Il connait France Télévisions comme sa poche pour en avoir été longtemps l’un des principaux cadres dirigeant. Ancien responsable des programmes de France 2, François Tron dirige depuis trois ans la très performante télévision belge dans un pays où le petit écran est déconnecté du politique. Exilé, mais heureux, ce professionnel averti jette un regard circonspect et critique sur notre audiovisuel publique, corseté et mis sous tutelle. Et à l’heure où France Télés est traversé de soubresauts et que son PDG, Rémy Pflimlin, tente de reprendre la main avec la ferme volonté de remettre l’audience de France 2 d’équerre, François Tron m’a accordé une longue interview publié dans les colonnes de l’Express.fr dont voici un court extrait. L’entretien est d’autant plus intéressant qu’il dresse les portraits comparés de deux systèmes audiovisuels diamétralement opposés. Ainsi nous renvoie-t-il l’image   d’une nation voisine qui, sur le plan de l’indépendance de l’audiovisuel d’Etat, aurait quelques leçons à nous donner.

 

Le mode de nomination des PDG de chaînes par le politique, en France, est-elle une raison suffisante pour expliquer les difficultés? Et qu’en est-il en Belgique ?

 Je reste convaincu que le mode de nomination adopté par la France n’est pas l’idéal, le lien direct avec le pouvoir politique ne correspond pas à deux valeurs consubstantielles à un média public : l’indépendance et la neutralité. Mais le corollaire de l’autonomie, c’est la responsabilité avec des objectifs à atteindre et à évaluer périodiquement voire à sanctionner en cas d’échec. En Belgique les principaux cadres dirigeants sont nommés pour 6 ans avec une phase d’évaluation par le Conseil d’Administration au bout de trois ans.

Le mode de nomination s’appuie sur la représentation des partis mais la situation, aussi paradoxale que cela puisse paraître, si elle est à la fois plus politique, me semble moins politisée. Les appartenances sont clairement affichées au moins c’est plus transparent. En revanche ce qui pourrait inspirer les français c’est le modèle de fonctionnement du Conseil d’administration qui joue pleinement son rôle d’organe stratégique, qui délibère vraiment sur les grandes orientations de l’entreprise, ses choix éditoriaux et sa gestion avec un rythme de réunions mensuel où sont débattues parfois avec des échanges nourris toutes les questions tenant à la vie de l’entreprise. Au fond je constate souvent que les clivages politiques sont transcendés au nom de l’affectio societatis. Les représentants au sein de cette instance ont au moins une vertu, ils savent de quoi ils parlent.

 

Quelles seraient les priorités pour favoriser un redressement significatif de l’entreprise  France Télés, selon vous ?

 Je crois que le grand pari c’est la recomposition des structures d’audiences de la télévision publique. L’audience de FTV ne correspond pas à la structure démographique du pays. On le sait dans la consommation de ce média le poids des plus âgés est important. Mais le déploiement d’autant de moyens financiers et de chaînes devrait permettre de toucher un spectre plus large y compris en travaillant de manière plus étroite avec les autres télévisions publiques notamment ARTE.

Sinon je pense qu’on doit se donner toutes les libertés possibles pour créer sans être dans une logique uniquement fédératrice et consensuelle et peut être retrouver un mot d’ordre : le désir, et faire partager ce désir. En ayant conscience que chaque centimètre carré d’une grille est une victoire sur l’indifférence.

La deuxième priorité est liée à l’évolution plus générale des médias. Notre environnement n’est plus uniquement celui de la Nation, de notre société proche et immédiate. Il s’y mêle de nouveaux repères culturels souvent construits à partir de références exogènes produites par l’industrie des médias mondialisée. Dans cette nouvelle culture qui s’élabore sous nos yeux il faut que la télévision publique y prenne sa part contributive. Comment l’essence du service public peut elle s’exprimer sur Face Book, en smart TV ou smart Phone ?  Bien sûr la télévision média de masse linéaire va encore prendre une part importante de la consommation des images, mais nous entrons dans un une autre ère. Ce questionnement et le choix qu’il appelle seront décisifs pour la télévision publique qui doit entrer dans son temps et non vivre dans un passé mythique et sublimé des « Cinq dernière minutes ».

Cela ne revient pas à nier le patrimoine, son histoire dans la construction de l’inconscient collectif, mais la sédimentation culturelle contemporaine particulièrement des jeunes générations passe par d’autres images. Il me semble que c’est au service public d’être le pionnier dans ce domaine, c’est sa mission de cohésion sociale et c’est là qu’il construira une nouvelle identité. J’en veux pour preuve la dernière annonce de la BBC qui, en plein plan de restructuration, réduit son budget de 20%  mais alloue 40 millions de £ par an par pour le développement de plates forme multimédias.  Avec nos modestes moyens en Belgique nous travaillons aujourd’hui en total imbrication entre télévision linéaire et nouveaux médias. (litre la suite sur le sire de L’Express.fr)

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2 Comments
  • jojo
    octobre 12, 2011

    « un pays où le petit écran est déconnecté du politique »

    C’est une blague??? Je suis belge et je dois dire que cette phrase au début de votre article me fait me demander si nous parlons du même pays….! La télé publique belge francophone est extrêmement politisée, étant donné que son conseil d’administration est composé de 13 représentants des partis politiques siègeant au parlement de la fédératiobn Wallonie-Bruxelles (aussi appelée communauté française de Belgique). Il n’y a pas UNE nomination, jusqu’au simple balayeur qui ne soit pas une décision partisane. La Belgique n’est pas dans la situation de la France où il y a des majorités claires. Quand la droite y est au pouvoir elle vire tous les gens de gauche et vice-versa. En Belgique, les partis membres des coalitions se partagent les postes… C’est ce que l’on appelle une particratie. Bref, ici encore plus qu’ailleurs, on ne fait rien sans le soutien d’un parti politique.

    Il est égalemnt de notoriété publique que la très grande majorité des journalistes de la RTBF sortent de l’Université Libre de Bruxelles dont les options politiques et sociétales sont depuis toujours très marquées à gauche (dans un contexte frnaçais on dirant à la gauche de la gauche)

    Qualques détails légaux ici: http://www.cfwb.be/index.php?id=113

  • Damien
    octobre 18, 2011

    « La très performante télévision belge » …

    Hum hum … Etant belge moi-même, je ne peux décemment considérer la RTBF (1, 2 ou 3) comme étant particulièrement performante …

    Désolé …