Quand un journal Allemand envoie bouler le patron de BNP Paribas.

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Faut-il y voir une belle leçon d’indépendance et une preuve d’autorité ? C’est en tous les cas un geste qui mérite d’être relevé et dont la presse française pourrait s’inspirer. Le quotidien allemand Handelsblatt  a publié deux pages d’une longue interview de Baudouin Prot, (photo), le directeur général de BNP Paribas, où les réponses de l’intéressé n’ont pas été imprimées, laissant ainsi le journal truffé de longs espaces blancs. Ulcérés par les incessantes interventions et retouches pratiquées sur cet article par le patron Français et ses communicants, les responsables de ce journal d’outre-Rhin ont finit par exploser et publier un texte entièrement tronqué.  

L’entretien avait été réalisé il y a de cela quatre semaines et le journal, en accord avec le service communication de la banque française, avait accepté que celui-ci soit relu à Paris, avant  publication. Mais, en pleine tourmente financière, BNP Paribas et ses scribes ont rédigé différentes moutures, toutes amendées au fil des jours : Des navettes qui ont fini par épuiser les responsables d’un quotidien Allemand au bord de la crise de nerf.

Et bien, bravo! Les journalistes Français que nous sommes devraient en prendre de la graine. Car combien d’entretiens réalisés avec des grands patrons ne devraient pas voir le jour, car passés à la moulinette. Combien de fois me suis-je trouvé dans la très inconfortable situation d’avoir à imposer la publication d’une interview dans les colonnes de l’Express, en raison d’un engagement passé avec l’interviewé. Or relu par ses soins, l’interview en question, édulcoré, biseauté, ripoliné, n’avait plus rien à voir avec l’entretien original. Il est, en effet, de tradition de faire relire aux intéressés, quand ils le souhaitent ou l’exigent, l’interview qu’il vous a accordée et que vous avez pourtant retranscrite, le plus méticuleusement du monde. Or cette tradition non écrite permet le plus souvent à l’interviewé de se lâcher lors du tête à tête: Un exercice de défoulement d’autant plus dérisoire et gratuit que le patron en question sait qu’il aura en dernier ressort le dernier mot, le «Final cut », comme on dit dans le monde du cinéma. Ne faudrait-il pas instaurer une règle intangible appliquée à  toute la profession et gravée de le marbre, qui interdise la relecture de propos dument tenus et enregistrés? L’exercice aurait ainsi le mérite d’obliger ces patrons à prendre leurs responsabilités et à ne pas considérer que les journalistes sont leurs supplétifs : des relais dociles pour leur communication.

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13 Comments
  • cp
    octobre 14, 2011

    Vous pouvez vous permettre ce genre d’audace si votre journal n’est pas sous perfusion… Des banques !

    Le Monde est sous la tutelle de la banque Lazard et pour Libération, c’est Rothschild ! Aux lecteurs de le savoir…

  • Anita
    octobre 14, 2011

    Pour comprendre la servilité des journalistes français avec les dominants on peut lire ceci: http://vanessa-schlouma.blogspot.com/2011/07/journalistes-ou-animateurs-de-cocktails.html

  • ed Vedder
    octobre 14, 2011

    Je ne crois pas que les grands anglo-saxons (WSJ, FT, NYT) pratiquent ce sport…

  • Hélène de Biare
    octobre 14, 2011

    Les journaliste ne sont plus indépendants. La meilleure preuve est que pas un seul n’a lâché DSK au mépris d’une information indépendante. Critiquer un homme politique entraîne immédiatement son exclusion des déjeuners « off », ou bien de l’avion présidentiel. Une autre preuve c’est le battage médiatique des primaires PS. Pourquoi pas un seul journaliste n’a critiqué ce système ? Car cela permet de faire du gras.

    • azise.b
      octobre 15, 2011

      Sarkozy ne s’est pas géné depuis 2007 pour utiliser les médias pour sa famille UMP, en faisant de la propagande ignoble anti démocratique. En ce moment même dans sa fonction de Président, il fait sa campagne au frais de la nation et se garde bien de se déclarer pour que l’on ne comptabilise pas son temps de parole! Alors arrêtez le baratin! Il faut être honnête jusqu’au bout! Vive Jaurès!

      • Hélène de Biare
        novembre 4, 2011

        Vous ne lisez pas toutes mes remarques et vous constaterez que je ne fais pas de différence entre la médiocrité à gauche et la médiocrité à droite, les uns ne rattrapent pas les autres. Qui nous a mis dans la situation actuelle ? La doite mais aussi la gauche. Tout ce gentil monde nous a endetté jusqu’à plus soif et ce sont les mêmes qui veulent nous sortir de cette crise. Et bien je ne souhaite ni les uns ni les autres. Ceux qui ont voté des budgets en déficit doivent démissionner et être écartés de la vie politique. On ne fait pas du neuf avec du vieux. La politique a montré toute sa médiocrité et ce n’est pas fini, on essaie de nous en mettre une nouvelle couche avec le PS. Je ne parlerai pas de DSK qui faisait visiter le FMI à des prostituées sans doute pour glorifier l’image de la France !!

  • Blanc Cassis
    octobre 14, 2011

    « faudrait-il pas instaurer une règle intangible appliquée à toute la profession et gravée de le marbre, qui interdise la relecture de propos dument tenus et enregistrés? »

    Et je suppose que ceci est valable pour les politiques, car il y en a marre des passeurs de soupe qui sévissent dans les journaux et sur les plateaux télé

  • azise.b
    octobre 15, 2011

    Si les journalistes sont piégés, c’est qu’ils ont depuis longtemps, acceptés , intégrés la neutralité. Ils se sont positionnés comme des relais, sans pensée. Ils se sont tout simplement éliminés de la pensée critique. A partir de ce moment là, tout texte, tout dire, leur échappait. Ils sont devenu, pas tous, devenu donc, des zombies avec des cerveaux disponibles pas pour vendre du coca, mais pour véhiculer la pensée dominante, c’est à dire, la pensée des puissants, la finance.Le journal allemand a bien eu raison de faire ce qu’il a fait, il démontre ainsi comment la finance s’assoie sur la démocratie et le droit de l’information.

  • zapt
    octobre 16, 2011

    C’est quand même magnifique ! Vous approuvez la façon de faire, mais vous vous couchez devant votre patron. Tous les journalistes acceptent, sans doute pour pouvoir être journaliste et avoir un salaire (je comprends, évidemment). Mais après, c’est pas la peine de venir faire des leçons de morale et de prétendre vouloir faire comme les Allemands : vous avez choisi votre camp, et vous avez trahi. Le mieux, après cette trahison, c’est quand même d’avoir la décence de se taire. Vous voulez le beurre, l’argent du beurre et le cul de la fermière (c’est-à-dire conserver votre honneur en prétendant adhérer profondément à l’éthique journalistique alors même que vous l’avez vendu pour un plat de lentilles). Les protestations de morale, c’est une chose ; les actes, c’en est une autre.

  • M. T.
    octobre 17, 2011

    La presse en France est moribonde et lèche-cul.

  • Annie
    octobre 17, 2011

    Bonjour

    Tous les journalistes ne font pas systématiquement relire les textes et même généralement s’emploient à ne pas le faire ! C’est quoi, ces patrons qui acceptent de parler mais revoient la copie ? Une intoxication américaine ! Dans les années 70 et 80, un journaliste qui envoyait un texte à relire était voué aux gémonies par ses camares de la rédaction !!!!

  • Jacques-André Bondy
    octobre 18, 2011

    Et en TV, il veulent aussi faire le montage? ahaha. C’est nouveau ce délire de laisser relire? Il y a 15 ans, aux USA en tout cas, c’était tout simplement absolument inenvisageable, même avec les plus grandes stars de cinéma les plus control freak. Et on ne peut pas dire qu’ils ne s’y connaissent pas en com et en ‘control’ à Hollywood. C’était aussi évident que le sacro-saint droit de protéger ses sources. Seuls quelques publicists débutants amateurs osaient le demander avant de comprendre. S’ils insistaient, pas d’interview et pis c’est tout. Et dans le pire des cas, jamais survenu justement, restent les enregistrements. Idem pour les photos! Là ils pouvaient en éliminer à l’issue du shoot mais ensuite on choisit librement. J’étais dans une bulle ou quoi? Très bonne réaction allemande. Très bonne reprise française. Merci. Quelle bande d’amateurs ces services com de banques!! A vouloir jouer les pros ‘à l’américaine’, ils passent finalement pour de grands guignols à l’international. Si des allemands ne l’avaient pas fait, des ricains s’en seraient gaussé. Même ces control freak de chez Facebook ne procèdent pas ainsi. C’est vrai qu’on peut imprimer quelques conneries mais laisser relire ne devrait même pas être une faveur secrète avec de bons amis AP ou interviewés. On ne s’en sort plus, comme le démontre cet exemple. Très instructif cette illustration. Je n’imaginais pas qu’on en était encore là ici. Déprimant! Les communiquants sérieux devraient former leurs élites interviewées ou alors ne pas rentrer dans le jeu pour ensuite en truquer les règles.

  • NetCrusader
    octobre 19, 2011

    Je vais être « contrarian ». Si vous ne donnez pas la possibilité aux interviewés de relire leurs entretiens… vous aurez tout simplement moins de gens qui accepteront de donner des interviews, surtout quand il s’agit de sujets complexes. Je parle d’expérience: malgré tout le respect que je porte à la profession de journaliste, les pratiquant depuis une vingtaine d’années, nombre d’entre eux ne sont pas toujours équipés pour traiter des sujets techniques et l’absence de relecture peut donner lieu à une mauvaise compréhension et une catastrophe d’interprétation. Bien sûr, on peut toujours arguer que c’est la faute de l’interviewé s’il n’est pas suffisamment clair pour celui qui ne fait que « retranscrire » ses propos. Mais il faut aussi reconnaître qu’il y a des journalistes qui ne sont pas compétents sur certains sujets dont ils assurent néanmoins la couverture au sein de leur support. Quant au « taclage » de M. Prot par le Handelsblatt, « chapeau bas » aux journalistes allemands, surtout quand on sait à quel point la BNP est un « control freak », à tous les niveaux et pas uniquement à celui des médias…