Sarkozy sur TF1 et France 2: A quoi servent ces deux chaînes?

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Comme je l’ai écrit sur le site de l’Express.fr, les conditions de l’organisation de l’entretien télévisé que doit accorder la semaine prochaine Nicolas Sarkozy à France 2 et TF1 ont de quoi interpeller. Et les journalistes et responsables de ces deux chaînes ont de bonnes raisons de vitupérer face à cette opération de communication politique entièrement mise en œuvre à l’extérieur de leurs murs. Car comme je l’ai écrit par ailleurs, c’est bien une société de production extérieure à ces deux chaînes, ramenées au rang de simple diffuseuses, qui sera le maitre d’œuvre de ce programme. Dirigée par l’ancien PDG d’Europe 1 et directeur du Journal du Dimanche, Jérôme Bellay, Maximal va donc produire cette séquence présidentielle, après que Yves Calvi et Jean-Pierre Pernaut aient été désigné par l’Elysée pour interroger le chef de l’Etat. Jérôme Bellay n’est pas en cause. Même si on est obligé de relever que cette figure du journalisme, communément classée à droite, est également le producteur de l’émission d’Yves Calvi, C’dans l’air, sur France 5, les qualités de producteur de l’intéressé ne sont plus à démontrer.

Ce qui choque en revanche, c’est cette OPA  faite par l’Elysée sur un rendez-vous politique auquel, pour la première fois depuis l’éclatement de l’ORTF, les chaînes n’ont pas été associées. Fabriquée en dehors de leurs murs par un prestataire qui sera en liaison directe avec l’équipe de communicants de l’Elysée, emmené par Frank Louvrier, cette émission laisse sur le bord du chemin les services politiques de TF1 et de France 2, comme les patrons de l’info de ces deux chaines. Ne parlons pas de ses deux PDG.  Comme de coutume, également, c’est l’Elysée qui a désigné les deux impétrants chargés d’interroger le chef de l’Etat. Là encore, il n’est pas dans mon esprit de cibler ces deux journalistes, à qui l’on  ne peut reprocher d’accepter l’exercice, bien au contraire. Mais ne faudrait-il pas abroger cette règle archaïque, et insultante pour la profession, qui voit l’interviewé désigner ses intervieweurs. Voilà prés d’un demi-siècle que cette règle perdure : une tradition élimée qui voit un président de République choisir ses interlocuteurs et barrer ceux qui lui déplaisent. Quand est-ce que cette profession, au nom de l’indépendance dont elle ne cesse de se réclamer, de manière incantatoire, dira «Non ! » à l’exécutif ? A quand une initiative corporatiste qui verrait enfin les principaux journalistes politiques de ce pays redéfinir leur relation avec le président de la République et les conditions de ses interventions télévisées?

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10 Comments
  • Liko
    octobre 19, 2011

    Calvi ou Pernault, ça ne servira à rien du tout. Sarkozy a beau choisir ses interviewers, sa maison de production, les chaines et même les reponses bien avant, les français le bouderont et ne voteront pas pour lui en 2012. J’ai diner avec une grande famille de neuilly 100% de droite, sans exception ils voterons tous â gauche en 2012. Ils ne veulent même plus le voir à la télé. Son interet c,est de partir avant l humiliation supreme des français.

  • Pierre Guillery
    octobre 19, 2011

    Peut-on vraiment reprocher à Sarkozy et aux communicants qui sont à ses ordres, aux frais des contribuables soit dit en passant, peut-on donc lui reprocher de faire ce qui lui passe par la tête ? « Je veux reprendre l’initiative, je vais ‘parler aux français’, à ma sauce, via les faire-valoir qui vont bien, à l’heure que je veux, sur les deux chaines qui font la plus forte audience ? » Comme au bon vieux temps de l’ORTF, n’est ce pas… Peut-on vraiment reprocher à Sarkozy d’avoir ce genre d’envie ?

    Peut être, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet est dans votre titre – sauf que (si vous me permettez) vous n’allez pas au bout de votre pensée.

    Car c’est aux patrons des deux chaines en question qu’on doit reprocher de se comporter comme au bon vieux temps de l’ORTF, sans que rien ne les y oblige. Le syndrome de Stockholm appliqué aux médias français ? Pourquoi ces chaines acceptent elles d’être traitées de la sorte ? TF1, mettons qu’on sait pourquoi : Fouquets etc. Et France 2, hum…

    Quelqu’un devrait parler aux deux patrons de ces chaines du journal allemand qui vient de moucher le patron de la BNP qui avait essayé de les instrumentaliser.

    Non ?

  • Alain Tayrnauth
    octobre 19, 2011

    Sous toutes les législatures, les relations entre journalistes et pouvoir ont toujours été complexes. Quelle est la frontière à ne pas dépasser ? Où est le seuil entre le respect de la fonction, la complaisance voire la connivence ? Normalement, le Président de la République ne devrait s’exprimer que sur une chaîne publique, à commencer par France 2. Mais Nicolas Sarkozy ne voudra jamais léser TF1, chaîne avec laquelle il entretient des liens plus qu’étroits. Pourquoi deux chaînes diffusant les mêmes images ? Une seule suffirait, car de toute façon ceux qui voudront écouter le discours du Président iront sur la chaîne en question. Ayant lui-même choisi le président de France 2, il est « normal » qu’il choisisse également les deux impétrants qui l’interrogeront. On peut légitimement le regretter, mais il y a au moins une logique. Les chaînes doivent se soumettre aux ordres du roi. Jean Pierre Pernaut n’a pas la réputation d’être un pitbull. En revanche, Ives Calvi sait se montrer ferme et pugnace. Je l’ai même vu, en direct, renvoyer un invité de son plateau, parce qu’il faisait de la provocation. Espérons tout de même qu’il n’aille pas jusque là, lundi soir.
    Comme la légion d’honneur, une interview présidentielle ne se refuse pas, je suppose. Néanmoins Nicolas Sarkozy ayant tendance a décerner cette rosette à n’importe qui et pas les plus méritants (Servier, Bourgi, Lumbroso…), cette distinction pourrait devenir une tache non pas infâmante, mais indélébile. En gros, ils passent pour des faire-valoir, des passe-plats, des laquais.
    Je ne connais pas de journaliste ayant suffisamment de culot et d’audace pour contredire un ministre, a fortiori un Président, en sachant pertinemment qu’il ment. Vous avez dit ça… vous avez fait ça… Vous niez ? vous persistez ? Top magnéto ! Et l’on repasse en direct, à l’image, le propos ou l’action en question. Là, ils auraient un vrai rôle de contradicteur et de journaliste. Mais comme tout est cadré, verrouillé à la virgule près par l’entourage et les communicants de la présidence, c’est un jeu de dupes. Nous sommes dans le registre de la communication et de la propagande. De mémoire, je ne connais pas davantage de journaliste qui ait refusé d’interviewer un Président, car cela constitue pour eux l’un des fleurons d’une carrière. Celui qui, un jour, osera le faire, en sortira grandi, passera pour un héros médiatique, mais, par la suite, pourrait le payer très cher, y compris au sein sa profession. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

  • Dietlé
    octobre 19, 2011

    Voilà des semaines et des mois que les médias soit-disant à la solde de l’exécutif déversent des commentaires contre l’exécutif ! Quelle contradiction dans la requête de Renaud Revel : « Quand est-ce que cette profession, au nom de l’indépendance dont-elle ne cesse de se réclamer, de manière incantatoire, dira non à l’exécutif ? » La presse indépendante ? Qui peut sincèrement y croire puisqu’elle est influencée par sa couleur politique, par l’opinion, par la recherche du scoop, par la recherche de l’audience, et peut-être pour certains par la rentabilité financière ? Monsieur Revel aurait-il oublié que dans notre pays il existe le droit de réponse ?

  • azise.b
    octobre 19, 2011

    L’embêtant, c’est qu’il a choisit deux journalistes post ringard sauce droite moisi. Le premier Calvi. Bon, Calvi est une sympa rigolo, il n’y a qu’a le voir dans son émission C dans l’air. Calvi est corvéable a souhait et surtout évite de contrarier. C’est un peu la droite molle. A ce propos, il invite, lorsque l’on parle de la gauche, un certain Lefolle du figaro. Un type d’extrême droite et qui n’arrête pas d’en mettre plein la figure a tout ce qui est étranger et la gauche n’en parlons pas. Bon, c’est son droit a Calvi d’inviter ce genre de personne, il n’est pas le seul, mais il y a trop peu de gens de gauche dans son émission, même les flics qu’il invite souvent, se sont souvent des flics du syndicat Alliance, les sarkozystes pure jus. Il a le droit, mais on voudrait voir des flics de gauches ça changerais un peu, surtout que les flics de gauches ont un discours plus équilibrés et non sectaire.Je dis ça, moi qui n’aime pas trop la police. Alors que va faire Calvi? Et bien, il va faire comme d’habitude, il va se faire tout petit, pour une petit c’est déjà une performance, il va aller dans le sens du poil. Il va faire le journaliste ouaf ouaf et auras surement a la fin de l’émission son petit no nos bleu blanc rouge. Bon c’est encore un plan bien foireux que le Président adore, pour continuer a se foutre de notre gueule comme d’habitude en s’asseyant sur les droits des journalistes par exemple en gardant son champion des service secret qui vient d’être mis en examens. Mais c’est comme ça la « répoublique » a la papa, poste RPR bien magouille. Pour le second monsieur Pernaut , il m’est difficile de le critiquer tellement il est nul. Vive Jaures! Vive Proudhon! Vive les anarchistes!!

  • Joseph Londe
    octobre 19, 2011

    Nul, absolument nul, aucune honte, aucune crédibilité. Digne des républiques bananières: toujours la même chose: des journalistes qui ne refusent pas de se prêter à ces manipulations, des présidents ou des ministres esquivant les réponses, des journalistes timides qui « s’écrasent » – et ça ne date pas de Sarkozy: des présidents idolâtrés ou déifiés comme de Gaulle ou Mitterrand traitant les journalistes comme des serpillères et des faire-valoirs et refusant de répondre à de rares questions embarrassantes (comme Mitterrand mettant fin à une interview de journalistes belges ayant eu l’impertinence de lui poser une question sur les écoutes téléphoniques « messieurs l’entretien est terminé »). A quand des journalistes comme dans l’audiovisuel public britannique (BBC ou Channel 4), tel Michael Crick (avant) maître de l’interview embuscade demandant sur l’antenne à Peter Mandelson, alors ministre: « Allez-vous nous dire des mensonges aujourd’hui encore, M. Mandelson? ». Ou Jeremy Paxman, présentateur de Newsnight sur la deuxième chaîne de la BBC répétant 12 fois la même question à l’ex ministre de l’intérieur Michael Howard qui lui donnait une réponse évasive. En France on leur aurait montré la porte, comme à Ulysse Gosset, remercié par France 24 quelques mois après avoir interviewé et irrité B. Kouchner, et beaucoup d’autres à France 24 et RFI (et ailleurs), Richard Labevière, licencié de l’AEF (France 24/RFI) pour faute grave (il avait interviewé… Bachar el-Assad sans en informer sa hiérarchie), ou aussi Bertrand Coq (auteur du livre « Les tribulations de Bernard K. en Yougoslavie ou l’imposture humanitaire »), etc. Au fait c’était bien Christine Ockrent qui occupait le deuxième poste de l’AEF (donc France 24) à l’époque? Preuve supplémentaire (si nécessaire) des relations incestueuses politique-média dont la France n’arrive pas à se débarrasser, mais que les journalistes serviles se rassurent: toute compromission se trouve un jour ou l’autre récompensée par un ruban rouge à la boutonnière, et même plus tard une rosette, si l’on en fait un peu plus…

  • Newstaf
    octobre 19, 2011

    Avant de juger, je veux voir. Pernault dans le rôle du laudateur populiste modéré et Calvi dans celui du curieux de tout, chasseur de vérité, pourquoi pas. Produit par Bellay ? ça vaut peut être mieux qu’en interne avec le risque de collusion (TF1) ou de conflit d’intérêt (FranceTélévisions. Il faut espérer qu’il en sortira quelque chose de neuf et de surprenant: contrition, pragmatisme, ampathie, renoncement… Qui sait ?

  • BERITH
    octobre 19, 2011

    bien, qui disait il y a peu que vous etiez neutre ? Que dire du temps d’antenne donné par ces même chaîne a la gauche « populiste dans son genre », sans que vous vous en offusquiez! Pour sois disant une pré-selection de candidats qui n’ont eut cessent de taoer qui sur l’UMP, qui sur le gouvernement, qui sur le Président en place élu par la majorité des français, comment allez vous réagir, si vous en avez le courage lorsque la gauche sera au pouvoir si c’est le cas, comme du temps du Président Mitterand, silence et bouche cousue,?
    Bien à vous et gardez votre place, elle est bien au chaud et vous ne risuez pas d’être viré sans indemnité vous privilégié toujours responsable mais jamais coupable.

    • Jo
      octobre 20, 2011

      Allez lire le post précédent pour voir… ah oui c’est ça: chute.

  • yoyo
    octobre 20, 2011

    Yves Calvi, voilà bien le seul journaliste que je qualifie de neutre! Son émission « c’dans l’air » est exemplaire (c’est bien la seule. Mr Revel votre patron participe à ses émissions suffisamment souvent pour demandez-lui si ce n’est pas le cas! Beaucoup devrait prendre exemple. Quand à Pernaud le fait qu’il travaille sur TF1 le catalogue d’emblée proche du chef de l’état puisque Bouygues, ami du Président, est le grand argentier de TF1! D’ailleurs les grands patrons de presse Lagardère, Bolloré, Bouygues sont à la botte du pouvoir il n’y a qu’à lire la presse depuis plus de 4 ans que des tapis de roses pour Sarkozy! LOL!