Quand Le Monde cible les « cumulards »

par 17commentaires No tags 0

« Samedi, le quotidien Le Monde avait des allures de torchon ». C’est le ton choisi à l’entame du billet publié par Jean-Michel Aphatie sur son blog, lundi matin. L’avant-veille, sur Twitter, le même journaliste, à l’évidence en colère, avait parlé de « poujadisme grossier ».

« Mais qu’avait donc bien pu écrire Le Monde pour susciter une telle réaction chez celui qui, sur RTL, est à la fois directeur adjoint de la rédaction, interviewer politique du dimanche soir (dans le Grand Jury-RTL-Le Figaro-LCI), et de tous les matins, duelliste du jeudi dans le « face à face Aphatie-Duhamel », qu’il peut parfois retrouver au « Grand Journal » de Canal + où il officie quotidiennement comme chroniqueur politique, s’interroge le site Acrimed, qui surfe sur ce début de polémique ?

Il est des vieilles rengaines usantes, parce que racornies avec le temps. Longtemps, en effet, il fut de bon ton de fustiger celles et ceux qui cachetonnaient ici et là : ces stakhanovistes du journalisme que l’on retrouvait un peu partout, de Christine Ockrent à Serge July, en passant par Alain Duhamel ou Jean-Marie Colombani. Et les années passant, rien n’a vraiment changé, si  ce n’est l’identité de ces confrères à qui l’on fait le même procès, celui de squatter les antennes. Zemmour, Nauleau, Aphatie…Ainsi, Le Monde s’offre à bon compte une partie de balltrap, sans poser la seule question qui importe: Pourquoi certaines figures de ce métier sont-ils systématiquement sous les projecteurs, quand d’autres sont sous l’éteignoir ? Parce qu’ils sont tout simplement meilleurs. A la fois originaux, par leur style et leur ton. Et parce qu’ils incarnent une forme de modernité qui cadre avec les évolutions de ce métier, où l’image prime. Bref, ils ont tous à l’évidence un talent qui les distingue de leurs confrères.

Je comprends ainsi la vive réaction de Jean-Michel Aphatie qui réalise chaque jour la prouesse d’éditorialiser sur Canal+ et d’interroger sur RTL, en direct, des personnalités de tous horizons. Il n’est de voir la médiocrité et le caractère besogneux de certaines interventions de journalistes à la télévision ou à la radio pour mesurer la qualité du travail des quelques journalistes ciblés par Le Monde. On peut ne pas aimer Eric Zemmour ou Jean-Michel Aphatie, mais on ne peut pas leur enlever du talent, de l’agilité, de la vélocité et une forme d’impertinence rare. C’est ainsi que la question n’est pas de savoir si ces derniers sont d’infâmes « cumulards», mais si le paysage médiatique possède en son sein des professionnels capables, à l’instar d’un Christophe Barbier, à l’Express, d’un Laurent Joffrin, au Nouvel Observateur ou d’un Franz Olivier Giesbert au Point, d’éclairer intelligemment les téléspectateurs, sans pour autant verser dans le café du commerce. C’est méconnaitre l’extrême difficulté de ce type d’exercice, sans filets aucun, pour stigmatiser les quelques rares funambules de ce métier qui requiert encore quelques compétences .

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17 Comments
  • Ferula
    novembre 14, 2011

    Bravo pour votre article qui exprime avec justesse et pertinence exactement ce que je pense.

  • Luvely
    novembre 14, 2011

    C’était donc vrai : la presse française n’est composée que de nuls et d’incompétents à l’exception d’une dizaine de journalistes. Et personne ne s’en était aperçu !

    Bravo Renaud ! Euh, vous ne seriez pas cumulard par hasard ?

  • zapt
    novembre 14, 2011

    Que c’est nombriliste journalistique et français !

    Allez voir à l’étranger, notamment à la BBC, pour vous faire une idée de ce qu’est le talent d’interviewer.

    Évidemment, si la seule comparaison, c’est Jean-Pierre Pernaut, c’est pas bien difficile de briller.

  • jacquou
    novembre 14, 2011

    Talent ou pas, on ne devrait pas cumuler. Apathie et quelques autres profitent de leur position dominante. Dire que les milliers d’autres journalistes n’ont aucun talent, c’est un peu gros, non ?

  • Cafe du commerce
    novembre 14, 2011

    C’est si vrai !
    Merci pour la citation Mr Revel.
    A la votre,
    Cafe du commerce

  • Daniel Chevrier
    novembre 14, 2011

    Bravo Monsieur Revel. Belle preuve de corporatisme. Donc les hommes politiques doivent renoncer à cumuler les mandats et les journalistes ont parfaitement le droit d’émarger à la télé, à la radio et dans la presse écrite. Résultat, une pensée unique distillée au fil des prestations de ces journalistes qui ont tant de talent. Qui ont surtout un bon carnet d’adresse. Comme en politique, renouvelont les têtes…

  • Gilbert Duroux
    novembre 15, 2011

    Merci Renaud Revel pour le lien vers ce superbe article d’Acrimed.

  • jean
    novembre 15, 2011

    Conseil de lecture à l’auteur de l’article : les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi

  • Gilbert Duroux
    novembre 15, 2011

    C’est tellement énorme ce que vous racontez (en gros, on voit toujours les mêmes tronches parce que ce sont les meilleurs) que je me demande si vous ne jouez pas à l’idiot rien que pour donner le lien vers l’article d’Acrimed et vous payer la fiole d’Aphatie et autres éditocrates à la manière des « fatals flatteurs » :
    http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=1438

  • Carine
    novembre 15, 2011

    Votre billet ne cadre pas avec votre lucidité habituelle et du coup certains s’interrogent: http://vanessa-schlouma.blogspot.com/2011/11/renaud-revel-de-lexpress-sagenouille.html

  • Syndrome
    novembre 15, 2011

    Prenons le cas d’Elkabbach: champion du cumul entre le privé et le public. Son talent est la flatterie des gens de pouvoir.

  • Air One
    novembre 15, 2011

    C’est toujours un bonheur de lire les commentateurs du blog de Revel le dézinguer avec autant de pertinence dès qu’il donne dans le corporatisme le plus éhonté.
    Notez que pas un seul exemple concret ne vient appuyer cet article laudateur, contrairement à ACRIMED qui liste à propos des concernés une série de casseroles qui mobiliserait la journée pour la parcourir dans son intégralité.
    Merci Mr Revel, pour ce grand moment de fou rire déclenché à la lecture de cette note.

  • tomagui
    novembre 15, 2011

    Et puis c’est si bien de cumuler plusieurs postes, plusieurs salaires, dans un secteur en crise. Les armées de pigistes même pas smicards ne sont sans doute pas de votre avis. Ce qui voudrait juste dire qu’ils sont mauvais. Et donc que vous avez raison de ne pas être d’accord avec eux.

    La presse est en train de muter en marques, non pas de presse, mais de journalistes. A part eux, personne n’y gagne.

  • bégé
    novembre 15, 2011

    Bonjour,

    Ce n’est pas moins le cumul qui me gêne que l’omniscience de ces cumulards; M. Barbier, par exemple, est capable d’intervenir sur n’importe quels sujets et ce à ryhtme quotidien. Je dis bravo ! Mais je suggère de relire, écouter et voir, ses chroniques pour mettre en « perspective » ses propos. C’est édifiant. M. Barbier et autres cumulards sont des experts en généralités (banalités).
    Cordialement

  • Gilbert Duroux
    novembre 15, 2011

    On me souffle dans mon oreillette que Renaud Revel ne joue pas à faire l’idiot, mais qu’en fait, s’il lèche aussi éhontément ses collègues, c’est une façon de se défendre lui-même. C’est pas con comme hypothèse.

  • fandu
    novembre 15, 2011

    alors voilà ce serait donc parce que parmi le 40000 titulaires d’une carte de presse, 10 seraient les meilleurs.

    pourquoi pas ? curieuse notion mais admettons .

    pour autant, ça n’enlève en rien l’intérêt e poser le débat sur le fait qu’ils, ces 10, répètent à satiété les mêmes message, leur pensée, unique, répétitive. Chroniquer, éditorialiser mais pour dire quoi : la même chose sur trois antennes différentes, qu’ils savent des choses mais qu’ils ne peuvent tout nous dire, qu’il faut protéger ses sources, que Hollande/Sarkozy est le bon duel « que les Français attendent », bref, une logorée continue et qui laisse éloignés d’autres très bons journalistes, si si il en existe, tenez vous par exemple,…

  • Erlikhan
    novembre 22, 2011

    Aphatie et Revel, tous deux droits dans leurs bottes pour balayer toute critique. Ah ces gens qui se croient une élite parce que plus connus que d’autres. Etre connu, ou plutôt reconnu par un petit microcosme qui s’auto-congratule, n’est en rien synonyme de talent, surtout dans les médias.
    Traiter un journal qui vous déplait de « torchon », quel talent, en effet ! Zemmour n’aurait pas dit mieux, lui qui se complait dans la moquerie méprisante. Au moins Aphatie a la vulgarité franche et directe.