Tristane Banon: « Les médias et moi »

par 7commentaires No tags 0

 

«Ce fut un marathon  terriblement instructif…», dit-elle attablée dans un petit restaurant italien, situé non loin de son domicile, à Boulogne Billancourt. Des semaines durant, depuis le retour de DSK en France et sa plainte déposée contre l’ancien patron du FMI, on a vu Tristane Banon, le verbe haut et le regard vrillant, arpenter les tréteaux de télés et occuper le devant de la scène. Télés, radios et salles de rédactions, auront vu cette frêle silhouette occuper comme peu l’espace médiatique sans laisser un interstice de libre, tant l’intéressée a su dérouler un réquisitoire matelassé, dense et comme monté sur chenilles. Quel regard porte-t-elle sur ces mois passés à tenter de convaincre et sur le traitement que les médias français et étrangers ont réservé à son affaire? Celle d’une vie. Quelle image a-t-elle des journalistes qui l’ont interrogée et quel bilan tire-t-elle de sa longue quête médiatique ? Tristane Banon a répondu à mes questions. Un entretien dont vous retrouverez ‘lintégralité sur l’Express.fr

Quelle est d’abord votre impression générale, après ces mois passés sous les projecteurs?

 

On oublie d’abord que l’affaire Strauss-Kahn, puisque c’est aussi cela dont il s’agit à travers mon histoire, est une affaire qui a intéressé les médias du monde entier. Et que le traitement qui lui a été réservé à l’étranger n’a rien à voir avec celui choisi par les médias français. Il est hallucinant de constater à quel point les médias de ce pays ont protégé, épargné, durant des mois, un homme que la presse étrangère, notamment anglo-saxonne, a parfaitement jugé au regard de ce que l’on savait depuis longtemps et que la justice et la police américaines avançaient.

Les journalistes français, politiques le plus souvent, prisonniers de leurs liens de connivence avec celui qui avait toutes les chances de devenir le prochain président de la République, ont appliqué à cette affaire un traitement indigne de leurs cartes de presse. Je n’ai jamais compris l’attitude du Monde, je ne m’explique toujours pas le comportement de Libération ou du Nouvel Observateur, si ce n’est que ces journaux de gauche ne voulaient ni brûler une icône, ni injurier l’avenir. Comme si les faits incriminés n’avaient aucun poids, aucune valeur et que seule l’envergure politique de celui que la justice américaine poursuivait alors importait à leurs yeux. La presse de gauche a voulu protéger DSK.

Quant au positionnement du Point, -qui a publié des articles très durs me concernant-, il faut l’apprécier à l’aune de sa relation à l’Express, journal avec lequel il est en concurrence frontal. On pourrait multiplier les sources d’étonnement à l’infini. Ainsi, je me suis aussi interrogée durant ces semaines sur les silences troublants de l’UMP, qui a laissé un boulevard à Marine Le Pen. Pourquoi cet embarras dans les rangs du parti de Nicolas Sarkozy ? Mystère.

On a pourtant le sentiment que le regard de la presse a évolué au fil des semaines : Regardée comme un être excentrique, une bête curieuse, vous devenez quelqu’un d’audible, de crédible, quand la télévision s’empare de vous et de votre affaire?

Je crois que mon passage sur TF1 et Canal+ n’ont aucun rapport avec cette évolution. Il se trouve seulement que des gens avaient fini par enquêter au sein des rédactions, y compris télés, et qu’une vérité commençait à apparaitre : je n’étais plus cette douce illuminée, cette menteuse, que certains dépeignaient par le passé, mais quelqu’un qui avait subi un jour une agression et que ce crime méritait peut-être réparation.

Mais là où TF1 et Canal+ ont joué  un rôle, c’est au regard de l’opinion: celle-ci a basculé après ces différentes interventions. Si bien que du jour au lendemain, les médias ont à leur tour évolué : convaincante, à leurs yeux, face à Denisot ou à Ferrari, je devenais soudainement crédible et donc fréquentable. Le fait que ces deux grands médias m’aient ouvert leurs portes a légitimé la démarche de ceux qui dans la presse n’osaient m’approcher jusqu’ici. Banon avait soudainement du fond. C’est triste, mais c’est ainsi: après mon passage sur TF1, les SMS tombaient comme à Gravelotte sur mon portable. Ceux dont je n’avais plus de nouvelles depuis des mois dans les médias se sont brutalement réveillés: Banon devenait l’urgence.

Et tout cela tient à quoi? A quelques minutes d’un passage télé! DSK aurait pu être très bon sur TF1 et il a été extraordinairement mauvais. J’aurai pu me vautrer sur cette même chaîne et j’ai été bonne. Imaginez l’inverse dans les deux cas? Est-ce que nous raconterions aujourd’hui la même histoire? A quoi cela tient…Le lendemain, je croisais des gens dans la rue qui me disaient, « Je sais maintenant que vous dites la vérité ». J’avais envie de pleurer, de hurler…Car j’ai mesuré à quel point mon histoire ne tenait qu’à un fil, qu’à la qualité d’une prestation télé et son écho médiatique. La télévision est une caisse de résonnance qui vous sublime ou vous massacre. Un trompe-l’œil aussi. Personne ne s’est posé la question de savoir si j’avais menti ce fameux soir sur TF1, avec tout le talent du monde ou les ressorts d’une comédienne sortie du cours Florent.

Retrouvez la suite de ce long tête à tête sur l’Express.fr  et réagissez!

0
7 Comments
  • lena
    novembre 22, 2011

    « Il est hallucinant de constater à quel point les médias de ce pays ont protégé, épargné, durant des mois, un homme que la presse étrangère »

    C’était AUSSI la présomption d’innocence, merci de le préciser sinon on reste dans des simplifications.
    Les états unis ont même reconnus que la France avait une bonne attitude et qu’ils étaient allé trop loin (et pourquoi le journaliste ne lui fait pas la remarque ???)

    J’ai beaucoup d’admiration pour T Banon, en même temps je me demande pourquoi elle reproche aux autres ce qu’elle même a fait ?
    Il aurait fallu qu’on croit tout de suite son témoignagne alors qu’elle même n’a pas cru celui de N. Diallo ! Tristane Banon ELLE MÊME n’a pas apporté à N. Diallo son soutien, « attendant que la justice se fasse ». Comment maintenant ne peut elle PAS comprendre qu’en France les gens ont fait comme elle ? (et toujours pas de journaliste pour pointer cela).

  • SUBJECTIF
    novembre 22, 2011

    il est indéniable que les journalistes à majorité de sensibilté de gauche protège le pa

  • SUBJECTIF
    novembre 22, 2011

    il est indéniable que les journalistes à majorité de sensibilté de gauche protègent le parti socialiste
    regardez le silence parlant du CANARD ENCHAINE prompt à dégommer les gens de sensibilité de droite et être très compréhensif avec DSK
    c’est pour cela que les journalistes ont une très mauvaise opinion auprès du poublic
    amitiés

  • Martino
    novembre 23, 2011

    Et voici donc le quatorzième sujet traitant de l’affaire DSK dans ce blog !

    Ca commence à faire beaucoup Renaud, surtout que quelques heures plus tard, vous dénoncez vous mêmes l’acharnement des médias au sujet d’un fait divers bien sordide.

    Il y a pourtant d’innombrables sujets qu’ignorent le public et qui l’intéresseraient certainement beaucoup plus que ces thèmes raccoleurs, nauséabonds et aux arrières-goûts de stupre.

    Pourquoi ne pas parler des considérables sommes d’argent en jeux que les puissants lobbies du PAF manoeuvrent à quelques mois des élections : Bouygues-TF1, Vivendi-Canal+, Lagardère, RTL-group / M6, etc… ?

    Pourquoi toujours aucune ligne concernant l’incroyable et totalement sans précédent remise en cause de la fusion TPS + Canalsat ?

    Désolé d’insister sur ces points, mais l’affaire DSK, c’est du passé. Cet homme – quels que soient ses méfaits ou crimes supposés – est un homme à terre. Il fallait dénoncer de telles dérives supposées en 2007 voire avant. Chacun en aurait alors salué le courage.

    Ce n’est plus du courage désormais, c’est de l’acharnement.

  • cassouley
    décembre 3, 2011

    Quelle mytho, celle-là… Elle ferait mieux de se cacher, elle fait psychotique.

    • la grande faucheuse
      décembre 4, 2011

      Heu, vous savez ce que ça veut dire psychotique? 😀

      Prout…

    • la grande faucheuse
      décembre 4, 2011

      Lui il fait nécrotique…