Fallait-il laisser passer Lejaby?

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Comme de tradition, l’interview de Nicolas Sarkozy, sur TF1 et France 2 dimanche soir, aura laissé un gout d’inachevé. Pris dans l’étau d’un dispositif médiatique biaisé, qui ne leur a laissé que bien peu d’espace, Claire Chazal et Laurent Delahousse n’auront pas réussi à prendre en défaut un « animal politique», -pour reprendre le mot de la journaliste de TF1- aux qualités de funambule.
Bousculée de manière souvent cavalière, la première aura tenté quelques courageuse sorties, avant de se faire rabrouer avec une même inélégance. Quant au second, dont c’était le baptême du feu, il aura déroulé doctement ses questions sans se risquer en terrain miné, par peur de se prendre lui aussi une avoinée. Et c’est dans ce contexte piégé, qui interdit aux journalistes de ce pays d’exercer ce que l’on appelle un « droit de suite », qu’est intervenu l’épisode Lejaby…
Comme un certain nombre de téléspectateurs, les ouvriers de cette usine sacrifiée par ses actionnaires ont pu entendre Nicolas Sarkozy prendre, en effet, cet engagement : « Je ne laisserai pas tomber les gens de Lejaby » : Une promesse qui rappelle furieusement celle faite aux salariés de l’aciérie de Gandrange, en février 2008. Si bien que beaucoup ont bondi devant leur poste à l’évocation « des Lejaby », quand il y a quatre ans, Nicolas Sarkozy s’était précipité, avec les mêmes accents, au chevet d’un site industriel aujourd’hui rayé de la carte. Pouvait-il en son temps véritablement sauver cette entreprise? Nul ne le sait.
Or depuis jeudi, Internet regorge de réactions indignées, qui renvoient le chef de l’Etat à ses promesses non tenues. Gandrange-Lejaby, ce copié-collé aurait sans doute mérité, de la part de Claire Chazal ou de Laurent Delahousse, une piqure de rappel. Facile à dire après-coup, quand la pression du direct, conjuguée à la tension que dégageait le locataire de l’Elysée, semblaient annihiler toute initiative de ce type…
On en revient, immanquablement, au côté suranné de ces opérations de communication politique qui ne disent par leur nom: des rendez-vous cadenassés qui sont devenus, au fil du temps, ingérables pour des journalistes cantonnés au service minimum.

Inutile ainsi de faire le procès d’une profession entravée: Sauf à créer l’incident et à bouleverser les codes amidonnés, l’ordonnancement, de ces interventions présidentielles millimétrées, il n’y avait en effet peu de marge de manœuvre pour Claire Chazal et Laurent Delahousse, à qui il serait indélicat de jeter la pierre.

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3 Comments
  • Sam
    janvier 31, 2012

    C’est n’importe quoi. En quoi votre profession est-elle entravée? Qu’aurait risqué exactement un ou une de ces journalistes à bousculer ces codes d’un autre âge et à mettre notre petit chef face à ses mensonges et à ses échecs? La prison, le goulag? Des représailles sur ses proches? A supposer que sa carrière en souffre (ce qui n’a rien d’évident), vous et d’autres de ses collègues n’auriez pas manqué de vous ruer pour le/la défendre. Ne venez pas vous plaindre de l’image de votre profession dans l’opinion tant que vous vous aplatirez de la sorte devant les pouvoirs en place.

  • Agence Internet
    janvier 31, 2012

    @Sam : comme je vous comprends… Nous n’avons malheureusement quasiment plus de véritables journalistes dans ce si beau pays que fut la France.
    A la place, nous avons une armée de larbins asservis aux lignes éditoriales (et stratégies économiques) des patrons de grands groupes de « presse » tels que Lagardère & Bouygues.

    Oui, le journalisme Français est bel et bien mort, supplanté par une kyrielle de petits relayeurs de communiqués AFP sans le moindre talent. Cela ne fait pas d’eux des incapables, mais de simples amplificateurs d’une piteuse stratégie de communication gouvernementale, basée sur les oxymores que nos concitoyens semblent adorer (« Les Zones de Solidarité » pour les « Zones Noires », la TVA « sociale » pour « Hausse de la TVA », etc…), le dénigrement systématique, la mise au banc de certaines catégories de la population (chômeurs, immigrés,sans papiers, et autres parias), et l’auto-satisfaction.

    Mais ne nous plaignons pas, nous avons les journalistes que nous méritons et quant à eux, la considération que leur courage professionnel ne manque pas de leur apporter.
    Exploits qui sont bel et bien révélateurs de l’état de délitement culturel dans lequel se trouve notre pays. Révélateurs également de l’anesthésie du sens critique de nos concitoyens. Révélateur de notre bêtise à tous.

    Nous sommes bien loin du travail de véritables journalistes tels Vincent Brown ( http://www.youtube.com/watch?v=6kEqxI1cuUs&feature=player_embedded ) qui n’auraient pas manqué de demander à ce cher Mr Sarkozy si une telle intervention, sur les principaux médias, à une heure de grande écoute, serait décomptée de son temps de parole en tant que candidat. Ils n’auraient pas non plus oublié de se renseigner sur les producteurs de ce « show » (information que je ne peux trouver nul part!) et auraient surement questionné Mr Sarkzoy sur le coût d’une telle intervention pour la communauté. Il auraient également interpellé ce cher président sur son pathétique bilan en matière économique.

    De la à penser qu’aujourd’hui les écoles de journalistes n’enseignent plus que le marketing et le plagia et communiqués de presse, il n’y a qu’un pas.

  • Victor Dumitchenko
    février 1, 2012

    « Fallait-il laisser passer Lejaby? »

    Poser la question, c’est y répondre.

    Les médias ne sont un contre-pouvoir qu’avec des journalistes qui en ont.