Twitter, dopé par la campagne présidentielle: faut-il s’en réjouir?

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Deux membres de l’équipe de campagne de François Hollande viennent de qualifier de « censure » la fermeture par Twitter de comptes parodiant Nicolas Sarkozy. Lorsque la liberté de dérision n’est plus, c’est bien la liberté d’expression qui est menacée », écrit dans une tribune publiée par le Huffington Post le chargé de la campagne sur la toile du candidat PS, Vincent Feltesse. Soit.
Au-delà de cette polémique, c’est bien Twitter qui jour après jour scande à sa manière une campagne qui a pris ses quartiers d’hiver sur ce réseau social. Inexistante en 2007, cette plateforme a trouvé très vite une place solide et inattendue, en marge des grands médias traditionnels, renvoyant Facebook  dans les greniers du Web.
Or il est évident que cette campagne présidentielle va avoir un effet dopant pour ce réseau sur lequel dégoulinent, chaque jour, informations invérifiables, boulettes en tout genre et anecdotes du même tonneau, glanées dans les bas-côtés de ce steeple-chase présidentiel. En témoigne la réactivité des états-majors, qui surveillent ce jeune média comme le lait sur le feu, le doigt sur le clavier, à défaut de gâchette. En témoigne, également, la ruée, depuis quelques semaines, vers Twitter d’un long cortège d’acteurs de la vie médiatico-politique: politologues et journalistes, responsables d’appareils et militants de base, élites de tous calibres et de tous horizons,  se bousculent au portillon. Il ne serait pas étonnant, ainsi, qu’à l’horizon des prochains mois, ce réseau social supplante Facebook, en France, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis, comme en Grande Bretagne.

C’est donc bien d’une force de frappe indéniable dont on parle ici
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Mais quel est le véritable apport de ce fil d’infos et de commentaires, règne du copier-coller, où chacun semble vouloir faire la loi sur son territoire, comme un parrain fait la loi dans son quartier? En quoi la campagne qui nous occupe gagne-t-elle en densité, quand se mélangent sur Twitter le vrai et le faux, l’invraisemblable et le réel, l’anecdotique et l’essentiel, sans validation aucune? De la presse à Internet, nous changeons de registre technique, presque de nature. Aux yeux de beaucoup, nos écrans disent vrai, -au point de triompher de la vérité-, et les acteurs de Twitter confondent liberté d’expression et cacophonie narcissique.
Il n’est pas donné à tout le monde de trier dans ce flux d’informations, de savoir les hiérarchiser et les analyser. « C’est une chose que de produire de la liberté d’expression, c’en est une autre que d’accéder à la liberté de connaissance», écrit le philosophe Fernando Savater.
Technologique, cette campagne présidentielle a quitté la rue pour migrer sur nos consoles, portables ou non. Un meeting non diffusé à la télévision n’existe pas et une polémique non relayée par le net fait «pschitt». Le message, quel qu’il soit, est aujourd’hui démultiplié par le média et la montée en puissance du Net a balayé ceux qu’on appelait hier traditionnellement les intellectuels, grands absents du débat politique. Or l’influence d’un intellectuel ne s’est jamais mesurée à son audience immédiate. Diktat de l’urgence, cette campagne a ainsi changé d’échelle et de support technique. Faut-il parler de fatalité ? Il n’est pas dit, en tous les cas, que le débat public s’enrichisse pour autant et avec lui, notre démocratie.

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2 Comments
  • Kevin Herbivo
    février 21, 2012

    Certes Twitter est dopé par la campagne mais le petit oiseau est encore bien loi du monstrueux Facebook en France. Alors que Facebook compte environ 20,54 millions d’utilisateurs, dans le même temps Twitter n’en compte qu’environ 5 millions.

    De plus le profil des utilisateurs n’est pas le même; alors que Facebook regroupe un large panel de la population – Twitter ne compte que des utilisateurs avertis. Cette microélite de l’internet gazouilleur regroupe des spécialistes de l’internet (blogeur, geek…) et une élite partisane d’intellectuelles (journalistes, politiques, militants, partis, lobbying,…)

    Facebook peut dormir tranquille le petit oiseau est encore loin de le rattraper.

  • Égide
    février 21, 2012

    Vous semblez regretter l’absence des intellectuels.
    Comme l’avait écrit Julien Benda, ces « clercs », avaient trahis pour obtenir, sans doute, quelques privilèges.
    Depuis, la télévision est passé par là, média massue qui fait l’opinion générale.
    Encore aujourd’hui.

    Les intellectuels ? Existent-ils encore ?
    Eux-mêmes se sentent menacés par la dématérialisation des informations. Dépassés par la vitesse avec laquelle se propagent les nouvelles.
    Combien d’entre eux se sont-ils mis à publier des avis sur le web ?
    Presque aucuns.
    Il faut dire que depuis que l’idéologie d’inspiration fasciste, de « l’exception culturelle française » a infecté les pensées, le rayonnement des intellectuels français à l’étranger a cessé après la mort ou la retraite des inventeurs de la « French theory ».
    Et la soi-disant exception culturelle y est pour le principal.

    Nos intellectuels nationaux sont réactionnaires ou néo-conservateurs, leurs paroles n’inquiètent ni ne critiquent l’ordre économique social et politique.

    Si tout allait bien dans la meilleure des France possibles, et pour chacun, on comprendrait leur assoupissement. Il n’est rient tant que les dé&lices pour ralentir l’intelligence.

    Mais non, tout ne va pas bien, loin de là, et nos penseurs, obsédés par leurs statuts, sont plein de colère qui ont le sait, ne rend pas avisé même les panseurs des âmes. Les leurs sont inquiètent et maudissent la modernité.