Avec The Voice, on n’achève plus les chevaux.

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Il y a des «cartons » d’audience mystérieux, des scores stratosphériques d’une autre époque cathodique. Ainsi des résultats lunaires  de The Voice, le télé-crochet de TF1 et ses huit millions de téléspectateurs de moyenne. Ce programme, dupliqué d’un concept américain, est sans doute le plus gros succès que le petit écran ait enregistré ces quinze dernières années. Or si The Voice semble un Ovni, ses performances détruisent quelques idées reçues et s’expliquent également par des raisons autant sociétales que télévisuelles. Parmi les idées reçues que ce programme envoie au pilon, celle selon laquelle, bousculées par la TNT, les grandes chaînes généralistes seraient inexorablement vouées au déclin: une  idée fausse. Aussi simple que cela puise paraitre, un bon concept fait de bonnes audiences. Et si TF1 connait depuis un certain temps maintenant des problèmes d’audiences, doublés d’une crise de positionnement et même d’identité, c’est moins en raison de l’évolution du paysage télé, que de l’incurie d’une équipe de programmation souvent en panne d’imagination. Formule 1, au moteur parfois encrassé, du petit écran, TF1 redevient un bolide dès lors qu’on lui trouve le bon carburant : concept, casting, mise en scène, tout fonctionne ici avec ce programme achevé. Et La Une reste La Une: antériorité et puissance de la marque, prime au leader: il n’est pas une seule chaîne dans le Paf qui réaliserait les mêmes scores d’audiences avec l’exact même programme, diffusé ailleurs que sur TF1. De quoi rassurer sans doute ses responsables qui pouvaient douter de la pérennité d’une vieille dame du Paf bousculée par les «nouveaux entrants», de W9  à  Direct 8 .

L’autre raison du succès de The Voice tient à l’ergonomie même de cette émission, à ce qu’elle véhicule comme « valeurs », même si me mot peut apparaitre fort. Ecoute de l’autre, empathie palpable et convivialité à tous les étages : ce programme est tout d’abord consensuel.  Dans une société au bord de la crise de nerf, TF1 a intelligemment choisi un concept sans maillons faibles, ni maillons forts, où chaque candidat, écouté et respecté, fait l’objet d’une séance de calinothérapie reposante. Ni forts, ni faibles : la pire des interprétations est saluée comme une prouesse vocale et la meilleure d’entre elles, immédiatement Oscarisée. Terminé, ainsi, les télés-crochets précédents, -tel que la Nouvelle Star, sur M6-, qui voyaient un jury de snipers exécuter des candidats dans des parties de ball-traps qui ne réjouissaient plus que les intéressés. Sous anxiolytique, la France de 2012 ne veut plus des numéros humiliants d’une Laurence Boccolini renvoyée dans ses foyers avec son Maillon faible. Aujourd’jui, on n’achève plus les chevaux.

Et chaque chaîne y va de son programme thérapeutique et hallucinogène. M6 autorise des paysans de l’Ariège à rencontrer des «bombasses » venues de la ville, (L’amour est dans le pré) TF1 fait pleurer dans les chaumières en retapant des taudis transformés en maison-témoin pour familles à la dérive, (Tous Ensemble). Tandis que M6, encore, relooke des quidams à qui on ne ferait pas l’obole d’un regard, mais à qui on offre une cure d’esthétique revigorante : miracle du petit écran. La télévision s’est ainsi imperceptiblement adaptée à une société en quête de valeurs, qui voit le rugby -ce sport des smicards au grands cœurs- supplanter, en terme d’audience, le football et ses nababs : Jamais le Tournoi des Six nations de Rugby n’avait de toute son histoire enregistré de telles scores, dépassant ceux réalisés par un Onze tricolore, symbole d’une génération de footeux bling-bling. La France des riches contre la France des pauvres.                    

 

 

 

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5 Comments
  • béa
    mars 12, 2012

    bien dit !

  • ortho'gaffe
    mars 12, 2012

    Ce programme « américain » nous vient des Pays-Bas, il a été conçu par John De Mol pour RTL4, avant que NBC n’achète le format pour les Etats-Unis…. Pour couronner l’éloge de la célérité, trois belles fautes d’orthographe. Sérieux et blog Immédias n’iront donc jamais de pair ?

  • duffau
    mars 12, 2012

    à propos de  » the voice » il va y avoir au moins un téléspectateur de moins( ce qui ne changera rien); mais je trouve que ceux qui sont sélectionnés sont pour moi avant tout des  » braillards » et surtout ils ne chantent pas en français (pour la plus part des sélectionnés) et dans tout ça que devient la chanson française?!

  • phoenix
    mars 12, 2012

    L’énorme succès de « The Voice » ne doit pas masquer le déclin inexorable de TF1 contrairement à ce que vous affirmez cher Renaud. Pour preuve : les scores du Médiamat hebdomadaire qui font état d’une incessante baisse de l’audience de la Une. Les chiffres sont têtus. Malgré les émormes cartons de prime time, la chaîne est passée sous les 23 % en moyenne sur la période janvier/mi-mars contre 24.2 % pour la même période de l’an dernier et 23.7 % pour l’ensemble de l’année 2011. La chute est là et les phénomèmes conjoncturels du type « The Voice » ne sont qu’un cache-misère que beaucoup dans votre profession de journalistes/médias refusent de voir (vous êtes toutefois au-dessus des insanités de Beretta du Point, de Morandini et de sa trash tv ou de l’inénarrable E. Schwartzenberg de TV mag). Qu’avez-vous à craindre de TF1 ? Il est peut-être plus facile pour la corporation de s’en prendre au service public…
    C’est ainsi que je repense à quel point toute la presse médias/télé s’en est prise à France 2 à la rentrée de septembre. Aujourd’hui la chaîne a reconquis son auditoire et elle ne baisse pas par rapport à l’an dernier contrairement à TF1 en s’accrochant aux 15 %. Qui pour en parler ? Qui pour souligner les capacités de Bertrand Mosca d’avoir remis la chaîne sur ses fondamentaux ? (superbe documentaire sur la Guerre d’Algérie hier soir par exemple). Personne bien évidemment…

  • nechnech
    mars 15, 2012

    Succès d’audience, mais vous avez vu ce qu’il y a sur les autres chaines le samedi ?!