PDDA au pays des Immortels.

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L’inattendu et insolite parcours d’obstacles dans lequel s’est lancé PPDA, à l’assaut de l’Académie française, suscite depuis quelques semaines un mélange de perplexité, d’étonnement et de ricanements. Mais passées certaines railleries cruelles, qui font immanquablement écho à l’affaire de plagiat, dont la journaliste a été accusé, – et dont il s’est férocement défendu-, se pose, pour l’intéressé la question de la campagne qu’il doit maintenant mener auprès des académiciens. Car briguer un rond de serviette à la table des locataires de cette vénérable institution exige de se plier à un rituel, dont personne, ni « Poivre » lui-même, n’a sans doute vraiment conscience. Car décrocher le graal, c’est accepter en effet de sacrifier à un cérémonial obscur, où se mêlent les intrigues de palais, les démarches d’antichambres et les gestes d’allégeances. Lancé dans cette quête de l’immortalité, Patrick Poivre d’Arvor a-t-il bien conscience de l’endroit où il a mis les pieds?

Il se trouve que je viens de relire, avec délice, un très joli petit ouvrage, réédité en livre de Poche, signé de ce magnifique journaliste et écrivain disparu que fut Jean Cau. Lequel, sollicité de manière insistante par des amis flagorneurs et pas forcément toujours bienveillants, entreprit en 1989, c’est-à-dire peu avant sa mort, la démarche la plus absurde et la plus contraire aux principes de cet figure de la littérature, (ancien secrétaire de Jean-Paul Sartre), frondeur, asocial, misanthrope et réfractaire aux honneurs : briguer le siège d’Edgar Faure à l’Académie Française.

Le Candidat est ainsi le récit décapant de cette aventure incongrue et burlesque qui vit Jean Cau se plier à un cérémonial qui tient de l’adoubement à une loge franc-maçonne et dont il fait un récit désopilant et magistralement écrit. Visites à la nuit tombée, ronds de jambes, en veux-tu, en voilà, contorsions de toute nature, gestes d’allégeance et d’une courtisanerie éhontée, diners en ville, lettres au style ampoulé…Il lui fallut déployer toute la panoplie du flagorneur pour subir, in fine, un échec cuisant qu’il précipita lui-même, sans se l’avouer vraiment, trop conscient de ce qu’il endurait et trop heureux d’assister à son propre naufrage: la comédie humaine dans ce qu’elle a de plus dérisoire et affligeante était devenue insupportable à Jean Cau.
Or ce dernier fait le récit minutieux d’une campagne qui s’acheva en vraie déroute: Quelle humiliation pour celui qui avait côtoyé durant sa vie quelques uns des géants du monde du théâtre, de la politique ou de la littérature, que de faire allégeance face à des cacochymes qui le passèrent à la question: « Croyez-vous en Dieu ?, «Etes-vous homosexuel?», « Pensez-vous être un écrivain ? », «Quelles valeurs défendez-vous ?» Un quart du siècle plus tard, rien n’a changé sous la Coupole. Et l’entretien avec le Perpétuel reste un grand moment : Une génuflexion mentale tout aussi humiliante pour les impétrants que les indispensables séances de racolage auprès des membres d’un collège à la duplicité tout aussi Immortelle que leur statut

Passé ainsi à la question par de vieux cardinaux, Jean Cau (photo) raconte dans son livre qu’il tutoya la détresse et la honte quand on lui imposa d’écrire 37 lettres de tartuffe à des académiciens dont il méprisait, secrètement et somptueusement, et le style d’écriture et la production littéraire : autant de professions de foi auxquelles il ne croyait pas un mot, mais qu’il enrubanna de son meilleur style avant de les adresser à ceux dont il quémandait le vote et la protection : « Quiconque n’est pas passé par là, ignorera toujours l’horreur de ce supplice », écrit alors celui dont les efforts de courtisanerie furent vain, puisque ce « mouton noir » de la littérature française n’obtint que 15 voix sur 37. Crucifié 22 fois, le Candidat garda de cet épisode un souvenir cruel, dont il fit un savoureux ouvrage. « (…) l’Académie ne serait pas chose humaine si quarante messieurs, à moins d’y être complètement ramollis par de cotonneuses indulgences, n’ contredisaient la vision rousseauiste que chante son Perpétuel. Elle est humaine, l’Académie. On s’y déteste, on s’y jalouse, on s’y guette, on y intrigue, on y ment, c’est humain et ça n’empêche pas de se serrer la main. La nature humaine étant pour moins abs surprises et l’éthologie m’ayant donné quelques lumières sur le comportement des hardes, hordes, groupes, troupeaux, clans et tribus, aucune pâleur n,’envahissait mon visage lorsque j’entendais : « X est un con,Y un vieux gâteux, Z un fouteur de merde, Y un intriguant fébrile, Q un menteur, B un opportuniste, T un caractériel, S un pauvre type, R une girouette, L un traitre né, etc.(…) Et vlan!

Quant à PPDA…Souhaitons à ce dernier qu’il n’entende pas tout.

Mais qu’est-ce qu’il est allé faire dans cette aventure ? 23 ans après Jean Cau, et après tant d’autres papabile tout aussi rudoyés, c’est donc à « Poivre » d’emprunter ce chemin de croix parsemé d’embuches et de chausse-trappes.

C’est à « Poivre » d’écrire au Perpétuel, c’est à lui d’entamer sa campagne, en allant visiter, un à un, les Immortels d’une institution dont l’ancien journaliste de TF1 va pouvoir apprécier les mœurs byzantins.
Faut-il que PPDA postule à l’immortalité pour qu’il accepte de se plier à un tel rituel! Une lecture de Jean Cau l’en aurait peut-être dissuadé.

 

 

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2 Comments
  • aj
    mars 19, 2012

    65 ans de genuflexions ; ppda le talent naturel pour continuer encore un peu .la lecture de larticle confirme qu il a toutes les acracterisques pour reussir sa demarche ; il lui suffit de trouver un negre pour ecrire ses lettres car il ne semble a avoir l habitude de l exercice de l ecriture !!!

  • Limonet
    mars 19, 2012

    Si cette élection devait se faire ce serait bien la confirmation de la médiocrité médiacratique de notre pseudo culture contemporaine.