La Corée du Nord entrebâille une porte à la presse

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Début d’ouverture du régime ou simple opération de propagande? La Corée du Nord, jusqu’ici très fermée, a pour la première fois délivré des visas à près de 200 journalistes étrangers et ouvert grand les portes de ses centres spatiaux ultrasecrets. Officiellement, l’invitation sans précédent d’un aussi grand nombre de reporters coïncide avec les célébrations imposantes prévues pour marquer le 100e anniversaire dimanche de la naissance du président Kim Il-Sung, fondateur de la République Populaire Démocratique de Corée (RPDC).

Mais la raison principale d’une telle affluence dans une capitale habituée au calme est le lancement du satellite d’observation terrestre, Kwangmyongson-3, en l’honneur du héros national mort en 1994.
Les Etats-Unis et leurs alliés sud-coréens, japonais, mais aussi européens, accusent la Corée du Nord de préparer en fait un essai de missile balistique.
Afin de démentir ces accusations, plusieurs dizaines de journalistes étrangers ont été autorisés pour la première fois à visiter le 8 avril le Centre spatial de Tongchang-ri (nord-ouest), où ils ont pu voir de près le satellite et la fusée Unha-3. Hier, mercredi, ils ont eu droit à une autre visite inédite au Centre de contrôle des satellites, dans la banlieue nord de Pyongyang, gardée par l’armée. Un ancien ingénieur de la NASA, aujourd’hui consultant, James E. Oberg, était du voyage avec une équipe de la télévision américaine NBC.
Interrogé par ses hôtes nord-coréens, il a déclaré devant les caméras du monde entier: « Je crois qu’il ne s’agit pas d’un tir militaire ». Un autre expert, Christian Lardier, chef de la rubrique espace au magazine français Air et Cosmos, estime lui aussi que les Nord-Coréens ont montré à la presse un lanceur spatial et un satellite. « Mais il n’en reste pas moins que les deux premiers étages de la fusée utilisent la technologie des missiles balistiques, comme c’est souvent le cas », a dit Christian Lardier, qui est également membre de l’Académie internationale d’Astronautique (IAA).
Irrité de voir les responsables du programme spatial nord-coréen s’exprimer devant les caméras de télévision, le Département d’Etat américain a accusé les médias étrangers de faire le jeu de la propagande de Pyongyang.
« Notre inquiétude évidemment, c’est que les Nord-Coréens puissent utiliser ça à des fins de propagande et que (..) les médias qui en font une large couverture rentrent dans leur jeu », a dit la porte-parole, Victoria Nuland.
« Mais il est évident que c’est à vous de décider comment couvrir ça », a-t-elle ajouté lors d’une conférence de presse.
Lors des deux visites organisées aux centres spatiaux, les médias nord-coréens ne sont pas privés de filmer et photographier les journalistes étrangers. La télévision d’Etat, KRT, a largement diffusé ces images, avec un commentaire affirmant que les reporters avaient été convaincus que la Corée du Nord voulait effectuer un lancement de satellite à usage civil.
Lors des deux visites, les responsables ont affirmé que ces opérations de « transparence » avaient été décidées par le nouveau dirigeant du pays, Kim Jong-Un, nommé mercredi à la tête du Parti du Travail de Corée et de la toute-puissante Commission militaire centrale du parti.
Le professeur Yang Moo-Jin, de l’université d’Etudes Nord-Coréennes de Séoul, ne croit pas à une ouverture réelle du régime.
« Le Nord cherche à convaincre de l’ouverture d’une nouvelle ère sous la direction de Kim Jong-Un », a-t-il dit à l’AFP. « Il utilise cette occasion comme un coup de propagande, en disant aux Nord-Coréens que Kim et la Corée du Nord, qui est en train de devenir un pays socialiste puissant et prospère, est maintenant au centre de l’attention de la presse internationale. » Baek Seung Joo, expert de la Corée du Nord à l’Institut d’analyses de défense de Corée, estime, lui, que la nouvelle direction politique va tenter de jouer la carte de l’ouverture.
« Cette ouverture sans précédent indique aussi que la nouvelle direction sous la conduite de (Kim) Jong-Un pourrait envisager les relations avec le monde extérieur avec un esprit plus ouvert que du temps de Kim Jong-Il », son père décédé en décembre dernier, a-t-il confié à l’AFP.
L’ouverture a toutefois ses limites: les reporters doivent toujours être accompagnés d’un guide dans leur déplacement, même pour sortir de leur hôtel. (AFP)

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