La presse à l’heure de la Hollandomania

par 7commentaires No tags 0

« Les Français ont choisi. M. François Hollande est devenu dimanche soir le deuxième président socialiste de la Ve République. Désormais, il est donc le président de tous les Français. Ainsi le veut la démocratie. Nous saluons cette élection comme l’expression de la volonté… » Il a du falloir quelques solides contorsions au directeur du Figaro, Etienne Mougeotte, pour rédiger l’éditorial entérinant, lundi matin,  avec une certaine forme d’élégance, l’élection de François Hollande. Lapidé durant des mois dans les colonnes de cette publication, l’ex candidat à la présidentielle, qui avait dit durant la campagne ne pas vouloir parler à ce journal qui le combattait, François Hollande deviendrait-il fréquentable?  C’est aller un peu vite en besogne. Cette inclinaison sémantique du Figaro, d’ordre purement tactique, n’est qu’un réajustement: propriétaire du Figaro et personnalité pragmatique Serge Dassault ne peut plus continuer à cautionner une ligne éditoriale radicale, -qu’il a encouragé-, à l’égard du nouveau locataire de l’Elysée. Et ce au nom d’intérêts industriels bien compris. Etienne Mougeotte fera t-il les frais d’un très éventuel mais sensible recentrage de ce quotidien, mis au service de Nicolas Sarkozy durant 5 années? Sans doute.

 

Mais c’est une grande partie de la presse quotidienne et magazine de ce pays qui se retrouve aujourd’hui en équilibre instable. Libération et Marianne, qui ont construit leurs lignes éditoriales, devenues fond de commerce, sur un journalisme d’opposition franche et de dénonciation, sur un anti-sarkozysme viscéral, se retrouvent aujourd’hui face à une situation bancale et des lecteurs majoritairement acquis à la gauche. Or il n’est jamais bon d’être dans le rôle d’un organe de presse soutien, – même critique-,  d’une majorité politique en place. Même chose pour le Canard Enchainé qui, historiquement, ne vit bien que quand la droite est aux manettes. Vivement les affaires, à gauche ! Il est en revanche certains hebdos, comme Le Point, Valeurs Actuelles ou le Figaro Magazine qui, compte tenu de leurs lectorats très typés, devraient trouver du grain à moudre et fédérer les ressentiments et colères d’une large frange de lecteurs définitivement hostiles à la gauche. L’Express qui échappe à ces classifications devra, quant à lui, rester fidèle à son histoire: un titre au contenu ancré dans une adhésion critique ou une opposition raisonnée à l’égard du pouvoir. Comme ce fut le cas avec François Mitterrand, Jacques Chirac, Lionel Jospin ou encore, Nicolas Sarkozy.

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7 Comments
  • Freeek
    mai 8, 2012

    Ne sous-estimez pas les réserves de bile naturellement produites à gauche. Sarkozy à peine battu, tout ce qui les intéresse, 48 heures après, est de savoir s’il va bel et bien quitter la scène politique, en plus du reste.

    Sarkozy à peine parti, ce sont tous ses anciens conseillers qu’ils vont aujourd’hui poursuivre de leur haine. La façon de négocier avec Merkel ? La gauche s’en fout, en revanche elle aimerait bien que Géant, Guaino ou Buisson finissent aux fers.

    Voilà le portrait de la gauche qui revient au pouvoir aujourd’hui. La presse le dira-t-elle ? Se comportera-t-elle avec la même assiduité de petit procureur qu’elle a démontrée tout au long du quinquennat de Sarkozy, du yacht à la Rollex ?
    J’en doute.

    • SCHMITZ BRUN
      mai 8, 2012

      On n’a pas fini d’en entendre encore sur la méchante droite! Vivement dans 5 ans que l’on puisse allègrement renverser la vapeur et faire comme toute cette gauche malfaisante, que nous déversions notre venin.

  • phoenix
    mai 8, 2012

    Et ça continue à balancer sur les confrères et comme par hasard, il n’y a que l’Express qui va se retrouver au-dessus de la mêlée…
    La journée commence bien après les propos assez malhonnêtes tenus sur l’antenne d’Europe 1 (chez Morandini de surcroît…) à la fois à l’encontre du nouveau pouvoir mais aussi à celle du PDG de France Télévisions que vous voyez écarté alors qu’on lit le contraire partout ailleurs (interview à Paris Match de François Hollande notamment).
    Si vous pouviez arrêter de commenter une bonne fois pour toutes les rumeurs et que vous vous contentiez des déclarations officielles, ce sera une très grande avancée.

    Hollande à Paris-Match :
     » A la différence du Président sortant, je ne nommerai pas moi-même les présidents de chaines publiques.

    Ceux qui sont actuellement en place iront jusqu’au terme de leur mandat « 

    • Freeek
      mai 8, 2012

      Des promesses très imprudentes, à nouveau. Il sera très facile de voir, en effet, si elles seront suivi d’effet. « Ou pas ».

  • elaia
    mai 8, 2012

    Classer le Point parmi les titres préparés à assumer une position d’opposants me paraît une simplification : la ligne a été très ambiguë ces dernières semaines. Quant à l’Express, loin d’être inclassable, il est fidèle, de façon tout à fait respectable, à sa ligne de centre gauche.

    L’intervention du président, rappelée dans un commentaire, dans le choix des directeurs des médias publics est à éviter; mais l’insinuation de F. Hollande tendant à la présenter comme une entrave à leur liberté d’expression prête à sourire, vu la propagande politique assénée à longueur d’antenne, en faveur de la gauche, par les radios de « service public » et les émissions d' »information » de FR3.

    On est frappé par le déséquilibre entre gauche et droite, tant pour le nombre des titres que pour la virulence de l’expression. Les journalistes sont-ils ataviquement de gauche? Qu’est-ce qui explique l’absence d’un journal satirique de droite ou d’un site contrant les manipulations de telle officine faussement indépendante (et de plus en plus proche du caniveau) pour trotskistes à la retraite ?

  • Ln2367
    mai 8, 2012

    Je partage votre avis ELAIA

    • SCHMITZ BRUN
      mai 8, 2012

      Moi aussi, j’approuve votre analyse.