Décapitation et passage à tabac: une bien belle journée sur la toile.

par 4commentaires No tags 0

 

 

 

 

 

 

Pour ceux qui l’ont vu, l’image est insoutenable. Une femme agenouillée face caméra, mains liées derrière le dos se fait trancher la gorge jusqu’à la décapitation par un homme cagoulé. Le lieu et la date de l’exécution restent flous, mais des indices laissent à penser qu’il s’agirait d’un membre d’un cartel de la drogue mexicain, une organisation criminelle connue pour sa violence et la cruauté de ses mises en scène.

 Des milliers d’internautes ont signalé cette vidéo afin qu’elle soit retirée d’Internet, mais Facebook a dit non au nom de la liberté d’expression et d’information: « Cette décision est basée sur le fait que les gens ont le droit de décrire le monde dans lequel nous vivons »,  se justifie l’opérateur, qui ajoute  vouloir « attirer l’attention sur les injustices». Quelle impudence!

 La transparence a bon dos. Au nom d’une liberté d’information brandie comme un missel ou épinglée comme l’œillet à la boutonnière, on se vautre dans ce qu’il y a de plus de gratuit et de plus tragiquement racoleur, abject et voyeuriste. Au nom d’on ne sait quels arguments cache-sexe, on jette en pâture le tout-venant, sans tamis, ni recul nécessaires. On est là en pleine politique du clic et du fric à n’importe quel prix ! Au nom d’une dictature de l’audience, on s’autorise ainsi tous les excès. Quand le même Facebook joue aux censeurs au premier sein nu apparent: par peur que ses internautes soient pris de priapisme ? Une paire de seins non ! Mais une nuque décapitée, oui!

 Tout cela ne date d’aujourd’hui. On se souvient des images de la petite Omayra Sánchez, cette petit fille colombienne, morte enlisée dans une gangue de boue et dont l’agonie avait été filmée à la fin des années 80 : des images diffusées à l’époque sur les chaines du monde entier. Au nom là, déjà, du fameux droit à l’information.

 On a encore en mémoire plus récemment les images terribles d’otages exécutés par leurs ravisseurs, (notamment par Al-Qaïda) et diffusés sur la toile et par des dizaines de chaînes. Tout comme les images, non moins glauques, de l’assassin cannibale, Lucas Roko Maniota, qui firent le  tour de la toile, alimentant les fantasmes les plus malsains d’une communauté d’internautes aux premières loges, comme les tricoteuses au pied de l’échafaud durant la Révolution.

On le sait: avec Internet il n’y a plus de règles, ni de barrières, ni d’interdits. Une fois sur la toile, le pire s’y enracine et y prospère, comme du chiendent.

 

Mais le plus odieux, c’est que ces images nous soient imposées au nom d’un pseudo droit à l’information. Cette déferlante d’immondices tend à se banaliser. Les chanteurs du groupe Indochine trouvent ainsi parfaitement normal de produire un clip d’une cruauté gratuite montrant le passage à tabac d’un gamin, crucifié après qu’il ait subi tous les outrages. Une  « démarche éducative» ose le leader du groupe, Nicolas Sirkis.

QI d’huitre ou prince de pacotille de la provoc’?

0
4 Comments
  • ChristopheNYC
    mai 2, 2013

    Cher Renaud,
    Ne mélange pas tout ! L’exécution atroce que tu décris est réelle, elle n’a rien à faire sur la toile et les gens de Facebook sont des hypocrites. Les mêmes images ont circulé il y a des années lorsque les Balkans se déchiraient, la même nausée, la même colère.
    Mais, car il y a un mais, le clip d’Indochine (pas mon groupe préféré) est une fiction, tout est truquage et effets spéciaux. Tu as le droit de le trouver détestable mais pas de le comparer à la mort en direct.
    Faudrait-il, par exemple, censurer Orange Mécanique ?
    Pour le reste je suis d’accord, internet est le vilain reflet de l’âme humaine, mais tant qu’il y aura des gardiens pour le signaler tout n’est pas perdu 🙂

    • Antoine
      mai 2, 2013

      @ChristopheNYC : Je plussoie totalement à votre commentaire. Cet article compare ce qui n’est pas comparable. Le clip d’Indochine est une œuvre, la décapitation est une abomination. Faire un article pour lier les deux est une grosse erreur journalistique.

      Peut-être briguez vous la place de mémé Laborde (a.k.a j’ai un livre à vendre sur ma mère et plein de conneries à dire sur la télé) au CSA cher Renaud ?

  • Christian Hubert
    mai 4, 2013

    « QI d’huitre, (…) prince de pacotille de la provoc’ » ou souverain de l’hypocrisie crasse?

  • Perpignan Communication
    juillet 1, 2013

    Tant que le crime lui meme ne reste pas inpuni.