Un journaliste victime de la censure de Balladur

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Pour la seconde fois en quelques semaines, le Canard Enchaîné revient sur les pressions exercées par Edouard Balladur sur l’ancienne dirigeante d’Endemol, Virginie Calmels, afin d’empêcher la réalisation en l’état d’un docu-fiction écrit par le journaliste Claude Ardid, destiné à France 3. Intitulé « Le pouvoir ne se partage pas», cette fresque sur l’ancien Premier ministre abordait dans sa mouture initiale l’affaire Karachi. L’apprenant, Balladur prend sa plus belle plume et écrit à la productrice, -qu’il avait décoré de la légion d’Honneur, si l’on en croit l’hebdomadaire- et obtient non seulement que ce passage soit biffé, mais que Claude Ardid soit débarqué de la réalisation de ce doc. «Je ne vois pas comment l’on pourrait confier à son auteur la responsabilité de concevoir cette émission », assénait alors par écrit « Ballamou», qui obtint la tête du journaliste, dont le nom fut relégué dans les profondeurs du générique.

« Tout cela est incompréhensible, d’autant que j’avais déjà réalisé en 2008 un premier documentaire sur Balladur, diffusé sur France 3 et France 5, dont il avait été très content », me confie Claude Ardid. « Mais le contexte n’est plus le même : quand il s’est agit d’adapter son livre, à l’occasion de ce doc, et de revenir sur la période 93-95, j’ai tout de suite senti une crispation. Mais il n’était pas question dans mon esprit de réaliser une simple fiction patrimoniale sur Edouard Balladur, et d’oblitérer ce qui risquait de faire l’actualité, en 2013, – je le savais- ,à savoir l’affaire Karachi et ses développements inévitables. Pour cela, j’avais eu donc l’intention d’interroger, face caméra, un certain nombre de journalistes, dont le patron de Médiapart, Edwy Plénel.

A partir de là, c’est devenu compliqué. Même l’évocation des rapports Mitterrand-Balladur, à l’époque où ce dernier était à Matignon, semblait poser problème à ce dernier. Bien qu’il les ait longuement évoqués dans son ouvrage!

A vrai dire, je suis assez  soulagé d’être sorti de ce bourbier. J’aurai très mal vécu de voir mon nom associé à un doc à ce point tronqué. Quant à Balladur, je n’ai aucun signe de sa part. Ni d’Endemol et de son ancienne dirigeante, d’ailleurs, qui sont également aux abonnés absents»

 

Chassez le naturel…Englué dans l’affaire Karachi, dont il ne sortira peut-être pas indemne, vu la tournure que prennent les choses, l’ancien locataire de Matignon a donc conservé de vieux réflexes hérités de l’époque où il avait fait de TF1 son pied-à-terre et du Paf son lopin. En effet, on a oublié que se cachait derrière ces rondeurs bonhommes un maniaque de la mise au pas et de l’interventionnisme aiguë. Mais ce qui surprend le plus dans ce lamentable épisode, c’est bien que n’étant plus aux affaires depuis un bail, Balladur ait conservé une telle capacité de persuasion et de nuisance. Et ce qui fait d’autant plus sourire et rend dérisoire ces pressions , c’est qu’elles ne freineront en rien ni les enquêtes en cours, ni le travail d’investigation des journalistes lancés à ses trousses.

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