France Télévisions à la sauce grecque …

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La fermeture de la télévision publique grecque a jeté comme un froid polaire, jusqu’aux limites du boulevard périphérique parisien, où le spectre cauchemardesque d’un carambolage du même type appliqué à France Télévisions serait parfaitement envisageable, si cette entreprise évoluait dans le monde réel.

Car si cette décision peut apparaître surréaliste aux yeux d’un microcosme médiatico-culturel, l’état de santé flageolant de ces entreprises aux effectifs pléthoriques,- en Grèce, comme en France-, oblige en effet à se poser la question: a-t-on réellement besoin d’un groupe de chaînes publiques aux audiences déclinantes quand à l’heure d’internet, de la TNT et des chaînes du câble et du satellite, les téléspectateurs désertent des chaînes dont ils ne comprennent plus tout à fait la fonction et la signification?

A cela, les dirigeants de France Télévisions et quelques chapelles d’intellos et de créateurs vous répondront, «création », «devoir » « missions » «culture», «identité» et que sais-je…Un chapelet d’incantations et de slogans qui sonnent aujourd’hui bien creux quand on les confronte à la réalité économique d’une entreprise devenue un mammouth ingérable.

Car quelle entreprise privée résisterait aujourd’hui à une telle dégradation de son activité ? Aucune. Quel patron tiendrait-il à son poste, quand les déficits s’accumulent et que les bilans témoignent d’un lent effondrement ? Aucun. Quel actionnaire privée tolérerait une telle dérive, sans exiger une remise à plat ? L’irruption de la TNT, – véritable boite de Pandore-, dans notre paysage télé est en passe de définitivement achever France Télévisions, dont le modèle éditoriale et économique devient obsolète. Comment tolérer, en effet, que des micro-PME  aux budgets lilliputiens, comme D8 ou W9, dament le pion, à l’heure de l’accès prime time et au-delà, certains soirs, à France 3, ce paquebot que pas une majorité politique, pas un dirigeant de France Télévisions, n’a eu le courage de réformer?

Les beaux discours ne tiennent plus et le maintien en l’état d’un audiovisuel public auquel les français ne s’identifient pas, ne se justifie plus. Or les années qui viennent vont accentuer ce fossé et ce divorce, quand ayant atteint l’âge adulte deux générations de téléspectateurs, convertis de longue date à Internet et autres supports audiovisuels, auront définitivement déserté une télévision d’un autre âge.

Notre télévision publique se meurt et tout le monde s’en contrefiche : l’imaginant éternelle, parce que génétiquement arrimée à la République et financée par une redevance devenue un impôt insolite aux yeux de bons nombre de contribuables, les politiques feignent de s’intéresser à la question : de piètres architectes face à un mécano sur lequel ils n’ont jamais vraiment voulu se pencher.

En vérité, il y a le feu. Mais il n’est pas un pompier, -d’Aurélie Filippetti, aux cabinets de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, où l’on bricole sans la moindre réflexion d’ensemble sur le sujet- pour éteindre l’incendie. A savoir, dessiner une stratégie ; repenser le périmètre aberrant de ce groupe composé de six chaînes ; revoir ses effectifs et mettre un projet derrière ce qualificatif, aujourd’hui vide de sens: Télévision de service public. Kesako ? Les récentes Assises de l’audiovisuel ont permis à quelques cols blancs de l’Etat et du Paf de soliloquer à coups d’effets de manches et de propos de tribune. Du vent…

L’exemple d’Athènes peut paraître d’une brutalité sans fondements, mais ce qui vient de se produire est simplement la conséquence logique d’un constat d’échec et de l’incurie d’une classe politique condamnée à tirer dans l’urgence les enseignements de ses erreurs passées. Dame BBC (2 chaines) s’est restructurée à la hache. Idem en Allemagne ou en Espagne. Le cap a été rude, mais il a été franchi.

Et croyez-vous que les grecques vont défiler pour sauver leur télévision publique? Après l’effet de surprise, c’est l’indifférence qui prédomine dans une opinion décimée par la crise, exsangue, où chacun, « zapette » en mains, peut aller butiner à sa guise sur des dizaines d’autres chaînes privées dans un paysage foisonnant.

France Télévisions n’échappera donc pas à un aggiornamento. Et c’est tout le mal qu’on souhaite à ce groupe, du moment que l’on ne prononce pas le mot fatidique de dépôt de bilan.

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14 Comments
  • moz32
    juin 12, 2013

    « Dame BBC (2 chaines) »

    Ah bon, BBC1, BBC2, BBC3, BBC4, Cbeebies, CBBC, BBC news, BBC parliament + Toutes les régionales dont une chaîne en gallois et une en écossais).
    Sans compter l’antenne qui peut se démultiplier lors de certains événements (24 Chaines en HD pour les jeux olympiques, une chaîne en 3D pour la finale de Wimbledon).

    La différence avec la France, c’est que la différence entre le contenu de la BBC et celui des chaines privées est évidente et que l’audience est là avec des programmes qui peuvent être pointus et variés.

  • Sullivan Le Postec
    juin 12, 2013

    C’est invraisemblable ! Comment un journaliste spécialisé média, ou auto-proclamé tel, peut-il écrire sans sourciller que la BBC n’a que deux chaînes ? Le commentateur précédent a même oublié le canal BBC HD qui reprend en HD les programmes compatibles des différentes chaînes du groupe. Sans compter toutes les radios du groupe !

    Ce billet est digne du café du commerce à vingt minutes de la fermeture. Il ne contient que des on-dit, des contrevérités et des approximations.

    Au lieu de répéter ce que vous avez vaguement entendu ici ou là (la BBC « restructurée à la hache ») pourriez vous faire l’effort incroyable d’aller aux faits ? De combien de millions le budget de la BBC restructurée est-il supérieur à celui de France Télévisions ? De combien de dizaines d’euros la redevance britannique est-elle plus élevée ?

    Ironique de dénoncer la gestion de l’audiovisuel public quand la gabegie est visiblement la règle, puisque l’emploi fictif de Renaud Revel y perdure depuis des années.

    P.S: A l’instant où j’envois ce message, les (vrais) journalistes du Monde rapportent l’appel à la grève générale en Grèce à propos de l’arrêt de la télévision publique. Pourtant, selon Renaud Revel — après, je n’en doute pas, une longue enquête — l’indifférence générale régnait déjà sur le sujet dans l’opinion publique!

    • moz32
      juin 12, 2013

      @Sullivan Le Postec :
      BBC HD n’existe plus depuis un ou 2 mois, elle a été remplacée par BBC2 HD qui reprend l’intégralité de BBC2 en HD, ce n’est donc pas une autre chaîne (idem pour BBC1 et BBC1 HD).

      Mais c’est vrai que le commentaire de R Revel à ce sujet fait un peu peur. Surtout quand on sait que tous ces programmes sont accessibles gratuitement en France (via la transmission par satellite Freesat) et qu’il n’est pas très difficile, ni très cher de se faire une idée par soi même.

      Par contre il y a fort à parier que si les français étaient anglophones et que les deux services publics pouvaient être réellement en concurrence FranceTV mourrait de ridicule (ce qui n’est pas le cas des radios de Radio France).

    • Hermès
      juin 12, 2013

      @Sullivan Le Postec : La BBC a fait passer ses effectifs de 26 000 en 2007 à 22 000 aujourd’hui et les fera passer à 19 000 dans trois ans.
      France Télévisions compte, elle, 10 000 salariés. C’est à l’échelle de ses consoeurs britannique et allemande, un « petit » service public avec une des redevances les plus basses d’Europe. Renaud Revel n’a pas l’air de le savoir…

      • Mart_075
        juin 12, 2013

        @Hermès :
        Vous oubliez que la BBC c’est tout le service public soit aussi Radio France + l’audiovisuel extérieur + les chaînes parlementaires + Arte.
        Les effectifs se rejoignent largement : pensez donc à la seule puissance de la radio et BBC world.
        La BBC a aussi économisé 1,5 milliard récemment. Les comptes sont publiés et la répartition des coûts est claire. Où sont les chiffres de FTV ? et des autres services publics français ? Inaccessibles aux contribuables moyens qui s’acquittent de leurs redevances.

  • crimeunier
    juin 12, 2013

    Quelle ingratitude, où donc M. Revel irait-il faire l’après-vente de ses oeuvres sans le service public ???
    Et en regardant l’état flamboyant de la presse magazine, pourquoi ne pas la supprimer aussi ???

    • Gorgibus
      juin 12, 2013

      @crimeunier : Mr Revel n’est pas du tout gêné : il irait sans doute sur une micro -chaine ;

      Comme d’habitude il y en a une bonne : Mr Revel n’imagine pas « les grecques  » ( sic) (!!!!!) défiler dans la rue .
      C’est qui  » les grecques  » ? Pénélope et ses soeurs ?
      En revanche demain il y aura plein de Grecs en grève .

  • jeanmax
    juin 12, 2013

    La Ministre de la culture expliquera qu’il faut surtout pas toucher au service public d’ailleurs comme le Président de la république. Il faut augmenter la redevance de façon plus importante que l’inflation pour la création etc …. et par contre augmenter la CSG et diminuer les pensions des retraités pour satisfaire tout le monde !!!!!!!!

  • Hermès
    juin 12, 2013

    De billet en billet, Renaud Revel s’enfonce de plus en plus. Où cela s’arrêtera-t-il ?
    Il est comme pris dans un cercle vicieux où il faut être de plus en plus « cash » dans ses appréciations pour se faire « entendre ». Or justement, de moins en moins de gens continuent à lui accorder du crédit, notamment dans sa profession.

    On ne compte plus les erreurs dans ce billet qui prouvent la méconnaissance par son auteur des audiovisuels publics européens tous plus différents les uns que les autres (cf. les contributions de mes collègues ci-dessous). Et voilà qu’il rapproche maintenant l’audiovisuel public français de son homologue grec…

    Un tel déluge d’insanités (inédit de sa part) contre le service public audiovisuel français (voire parfois mâtiné de haine), est la conséquence de quelque chose qui a dû se passer récemment.

  • yenamarre
    juin 12, 2013

    Ce qui est marrant la dedans c’est que REVEL semble se réveiller comme de par hasard quand ses amis ne sont plus aux manettes. Il me semble que depuis mai 2012 rien n’a changé à France Télévision, même patron, mêmes journalistes, même type de programmes etc…
    Donc qu’il aurait pu écrire sa diatribe populiste et non constructive avant 2012.
    Mais chez ces gens là la politique finit toujours par prendre le dessus au détriment du bon sens et tout cela est très négatif.
    Autre chose il est temps d’arrêter les comparaisons avec les autres pays, quand on n’y vit pas on à l’impression que l’herbe y est plus verte, demandez donc aux fameux « travailleurs à 500 € » ce qu’ils vont gagner à la retraite qui n’est pas à 87 ans mais à partir d’environ 35 ans de cotisation avec une (décote bien entendu).

  • Leolo
    juin 12, 2013

    M. Revel a raison:
    « quelle entreprise privée résisterait aujourd’hui à une telle dégradation de son activité ? Aucune. Quel patron tiendrait-il à son poste, quand les déficits s’accumulent et que les bilans témoignent d’un lent effondrement ? Aucun. Quel actionnaire privée tolérerait une telle dérive, sans exiger une remise à plat ? »

    Sauf que justement, la télévision publique n’est pas une entreprise privée.

    C’est cette vision du fric comme seul critère de validité qui fait que vendre des chars est une bonne nouvelle, alors que soigner un malade est une gabegie ….

  • pehache
    juin 13, 2013

    RR : « Et croyez-vous que les grecques vont défiler pour sauver leur télévision publique? »

    Et aujourd’hui la Grèce est en grève générale pour défendre sa télé publique…

    Quelle perspicacité ce Revel, mort de rire 🙂 !!!

  • Anneso62
    juin 16, 2013

    Pour monsieur Revel, »intello »,c’est une insulte…ça veut tout dire…

  • TRICARD
    juin 16, 2013

    Non, mais allo? France 3, c’est comme D8 ou W9. Non mais allo? T’es un journaliste et t’as pas de cerveau. C’est comme si je te disais, je sais pas, moi, t’es un journaliste et t’as plus de réseau. Non, mais allo, quoi!

    Non, sérieusement, vous êtes journaliste? Enfin, vous savez, quelqu’un qui vérifie une information avant de la publier, quelqu’un qui compare des choses qui sont comparables, quelqu’un qui tente de prendre un peu de recul avant d’écrire?

    Rassurez-moi. Rassurez-nous.

    Ou pas, on s’en fout.