La mort de Roland Mihaïl

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Il aura marqué ce métier d’une belle empreinte. Pour les plus jeunes, le nom de Roland Mihaïl ne dira rien, mais ce garçon qui m’accorda son amitié créa tout simplement au début des années 80, dans les colonnes du point, la toute première rubrique médias de France, une page de très haute tenue qu’il tint comme personne. Et cet excellentissime journaliste emporté par la maladie a eu l’indélicatesse de nous quitter, quand j’espérais son retour de vacances. Évoquer la mémoire de ce chroniqueur au carnet d’adresse roboratif et à l’expérience rare, c’est revisiter plus de trente ans de la vie d’un secteur -celui des médias- dont il fut le plus brillant des analystes.

Roland avait ce métier chevillé à l’âme. Bien qu’il l’ait quitté pour rejoindre le groupe Vivendi ( puis Thalès) dans le sillage de Jean-Bernard  Lévy, il n’a jamais débranché. J’aimais sa truculence, son appétit, sa curiosité et son insatiable quête de l’anecdote, toujours ciselée et puisée à la meilleure source. Combien de patrons de chaînes ont mangé dans la main de celui qui les tenait bride courte ! Tutoyant François Hollande, qu’il connaissait de longue date et apostrophant dans les dîners en ville tout ce  que le Paf compte de sommités, Roland Mihaïl était une boule d’énergie jetée dans un jeu de quilles.

Il y a quelques semaines encore nous déjeunions ensemble et j’ignorai le mal qui le rongeait. Ensemble, nous avions refait le monde et le dérisoire milieu qui nous cernait et nous occupait : le monde des médias et ses petits marquis boursouflés d’eux-mêmes. Il y avait chez lui une distance réjouissante et jubilatoire. Et c’est en le côtoyant au fil du temps, depuis nos premiers échanges au tout début des années 80, que je m’en étais imprégné. Ne jamais succomber aux mirages de cet univers, fait d’apparences et de faux-semblants, garder de la hauteur et rire de tout: Roland n’avait jamais oublié son départ  du Figaro – où il dirigea la page Médias-, quand faisant le tour de ceux qui la veille encore le courtisaient, il avait eu la désagréable surprise de voir que son téléphone ne sonnait plus et que les secrétaires faisaient barrages quand il tentait de joindre ses « copains » d’avant. Nous fîmes à l’époque et ensemble la liste noire de celles et ceux qui lui avaient manqué. Si j’ai gardé ces noms en mémoire, estomaqué par le cynisme, le manque d’élégance et la couardise de bons nombres, Roland pardonna et oublia. Fidèle en amitié et toujours à l’écoute des autres, ce garçon, qui dégageait un enthousiasme communicatif, ne connaissait ni la rancœur, ni l’aigreur. Il avait l’aplomb et le courage des seigneurs dans un métier où ces qualités ne sont pas les premières. Cet homme, exubérant, brillant et attachant va nous manquer. J’ai une pensée toute particulière pour sa femme, Ève,  et sa jeune fille.

Roland avait 60 ans. Et nous l’aimions.

 

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5 Comments
  • antoine-silber
    août 8, 2013

    RIP Roland.

  • Frank Lanoux
    août 8, 2013

    Je n’aurai pas pu en écrire autant, mais j’aurai bien dit la même chose.
    Roland était rare, précieux et riche.
    Je suis fier d’avoir pu passer des bons moments avec lui.

  • Jacques Bouzerand
    août 11, 2013

    Quand j’ai vu Roland débarquer au Point, en 1972, tout jeune journaliste, j’ai tout de suite compris – et bien d’autres comme moi – que ce garçon était exceptionnel. Il a tracé une route de plus en plus large. J’adorais son sérieux extrême dans le travail et son sens indéfectible de l’humour dans la vie. Nous avons beaucoup travaillé ensemble pour Le Point, Le Figaro, La Lettre de l’Expansion, Capital… Nous avons eu des rires homériques, nous avons beaucoup parlé. J’aimais ses analyses pénétrantes, j’admirais sa connaissance parfaite des rouages des médias et j’appréciais plus que tout son sens de l’amitié perdurante. Comme il nous manque.

  • boissonnet
    août 19, 2013

    Bravo Renaud pour cet article sensible et vrai. A l’évidence, il vient du coeur. Et ex-journaliste moi-même, je partage totalement vos commentaires ironiques et distancés sur le petit monde de la presse parisienne. Cordialement.

  • Percq
    octobre 31, 2013

    Le plus tuyauté des journalistes… On en a eu des fous rires avec Roland du temps de Ville environnement au point avec Denis. On devait se voir avec Arnaud au bar de l’Olympia… et ce fut partie remise… C’est un choc .