Olivier Schrameck en ministre du PAF

par 2commentaires No tags 0

Passé à la moulinette du Sénat, le projet de loi sur l’audiovisuel est sorti largement amendé: assorti de quelques modifications judicieuses. C’est ainsi que le PDG de l’audiovisuel extérieur, (rassemblant France 24 et RFI), sera désormais désigné par le CSA et non plus par le chef de l’Etat, ce qui avait été institué par Nicolas Sarkozy. L’initiative est saine et répond à une volonté d’éloigner le politique d’un pouvoir de nomination obsolète.

Autre aménagement entériné par les sénateurs, la nomination des PDG de chaînes 4 mois avant l‘expiration des mandats des patrons en place: une procédure  à l’anglo-saxonne de bonne aloi qui permettra aux nouveaux élus de s’approprier les dossiers et d’appréhender, en amont, l’entreprise qu’ils auront à diriger. Combien de PDG fraîchement nommés ont eu en effet à gérer un héritage, sans grande marge de manœuvre la première année de leur mandat.  Voilà en tous les cas une mesure qui, de fait, va nettement raccourcir les mandats de Jean-Luc Hees (Radio France) et de Rémy Pflimlin, (France Télévisions), et par là-même ouvrir bien plus tôt que prévu la course à leurs successions respectives. Ce qui sera le cas, dés le mois de novembre, pour l’actuel timonier de Radio France.

 

Indiscutablement, le CSA sort renforcé. Et son président, Olivier Schrameck, avec, qui s’impose, mois après mois, comme le vrai patron, (ou vice ministre), de la Communication. Ainsi du récent  rapport de l’institution rédigé sur France Télévisions, (une charge au vitriol), qui a eu son imprimatur, laissant le cabinet d’Aurélie Filippetti et l’intéressée cois. Le silence et l’inaction de l’Etat face à la dérive budgétaire du groupe piloté par Rémy Pflimlin laisse en effet un vrai boulevard à l’ancien directeur de cabinet de Lionel Jospin, devenu l’homme fort et le bras armé du pouvoir dans l’audiovisuel de ce pays. Exit les éminences grises de l’Elysée, de Matignon et de  la rue de Valois, qui vont avoir quelques difficultés à s’immiscer dans un processus de nominations qui verra le CSA défendre farouchement ses prérogatives. Et son président aborder ces questions seul en tête à tête avec François Hollande.

Si bien que ce qui se passe en ce moment est tout simplement une première. Jamais en effet depuis la création de la Haute Autorité, en 1982, l’instance de régulation ne s’était arrogée une telle indépendance. Tenus jusqu’ici bride courte par l’exécutif, la Haute Autorité, la CNCL, puis le CSA, répondaient, peu ou prou, aux vœux de l’Elysée et de ses satellites. Or la composition actuelle du CSA (où siège une majorité de journalistes aux tempéraments bien trempés) comme le profil et la stature d’Olivier Schrameck, ont profondément modifié la donne et les rapports de force. Ce fidèle de Lionel Jospin, dont il a hérité de la rigueur et de la poigne, n’a que faire des conseillers du prince et de ses ministres : sa proximité avec François Hollande, -qui, concernant l’audiovisuel, n’a pas les mêmes tropismes que son prédécesseur-, lui suffit. Même si le chef de l’Etat, secondé par Emmanuel Macron,  a suivi de près deux dossiers cet été: ceux de la fusion dans la pub du français Publicis avec l’Américain Omnicom. Ainsi que plus récemment, les grandes manœuvres  chez Vivendi.

C’est ainsi que le locataire de l’Elysée laisse à  Olivier Schrameck toute latitude pour manœuvrer à sa guise, même si ce dernier le tient informé. D’autant que l’apparente quasi absence d’Aurélie Filippetti sur ces questions lui laisse le champ libre. Le dernier épisode, surréaliste, du Contrat d’Objectif et de Moyens de France Télévisions en est un savoureux exemple. Cette feuille de route bricolée de la télé publique, signée entre l’Etat et France Télés, a été taillée en pièces par le CSA, ainsi que par un rapport parlementaire. Au motif que compte tenu de l’état calamiteux des comptes de cette entreprise, ce contrat était un marché de dupe. Ce qui est le cas.

Olivier Schrameck, qui a fait mine de trouver la copie de son conseiller en charge de sa rédaction, Sylvie Pierre- Brossolette, un peu rude, a en vérité laissé faire. Trop heureux d’imposer sa marque à l’heure où il fait tourner les cartes, à la recherche de patrons pour Radio France et France Télévisions : une prérogative qu’il ne partagera avec personne.

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2 Comments
  • satmag serge surpin
    octobre 2, 2013

    La nomination du patron de France Medias monde par le CSA a été décidée avant l’arrivée d’Olivier Schrameck à la tête du CSA.
    Ainsi Marie-Christine Saragosse a été désignée par le CSA en septembre 2012 alors que la loi n’était pas encore votée. François Hollande a suivi l’avis du Conseil.
    Il ne faut pas oublier non plus qu’Olivier Schrameck n’est pas le seul au CSA. Il y a aussi 8 conseillers qui aimeraient d’ailleurs que leur président prenne des décisions en les consultant, ce qui n’est pas toujours le cas. Ils apprennent parfois par la presse ce qu’a décidé leur président
    s.

  • cuicui
    octobre 3, 2013

    Cher M. Serge Surpin, il serait bon d’ouvrir, sur votre site, la possibilité de laisser des commentaires. Merci.