Manoeuvres et tripatouillages autour de la présidence de Radio France

par 1 No tags 0

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est une élection à la française. Comme on les connait. Avec ses « combinazione », ses liens de consanguinité insupportables, entre politiques aux abois et responsables de médias sur le qui-vive. Avec ses manœuvres aussi. Et ses  jeux de couloirs ; ses chausse-trappes et interventions en tous genres , enfin; et ses coups bas et pressions politiques.

L’élection du prochain président de Radio France donne ainsi lieu à une bataille feutrée des plus détestables.
Car l’enjeu du moment n’est pas simplement la désignation d’un nouveau patron pour la Maison ronde, mais c’est  aussi, dans son prolongement, (à l’hivers 2015)), la nomination du successeur de Rémy Pflimlin à la tête de France Télévisions: deux scrutins étroitement liés, totalement imbriquées, presque indissociables dans l’esprit de ceux qui tentent d’en être aujourd’hui les artificiers et chefs d’orchestre: c’est-à-dire au premier chef, Aurélie Filippetti et l’Elysée.
C’est ainsi que les six candidats en lice pour la présidence de Radio France – Anne Brucy, Anne Durupty, Jean-Luc Hess, Martin Ajdari, Mathieu Gallet et Philippe Gault- se retrouvent otages d’une partie de billard à multiples bandes, où les hommes comme les réseaux s’affrontent depuis quelques jours. Avec pour enjeu, à l’horizon, non seulement la gouvernance de Radio France, – un zakouski pour le CSA-, mais également, celle France Télés. Et quel jeu de massacre!

Les réseaux donc.
Il y a d’abord ceux de Michel Boyon:
On pensait l’ancien président du CSA rangé des voitures, loin de tout cela. Mais en coulisses, celui-ci  fait discrètement campagne pour l’homme que Nicolas Sarkozy lui avait imposé à la tête Radio France: Jean-Luc Hees. La réélection de ce dernier, candidat à un second mandat, ferait taire définitivement les critiques et les soupçons d’allégeance au pouvoir précédent, critiques que Michel Boyon dut essuyer en son temps. Comme le collège qu’il présidait à l’époque : un CSA perçu comme une simple chambre d’enregistrement.
Mais Michel Boyon n’est pas le seul à tenter de sauver le soldat Hess. Lequel s’est décidé à se représenter, encouragé par quelques sénateurs amis peu lucides: l’autre ancien PDG de Radio France, Jean-Marie Cavada, est également venu en renfort. Ça bouchonne  dans le comité de soutien. Mais tout cela pèsera-t-il ?

Il y a aussi les réseaux Hervé Bourges:

Bon pied, bon œil, cet autre ancien président du CSA mène une campagne active en faveur de celle qui dirigea son cabinet: Anne Durupty. Non pas qu’Hervé Bourges soit totalement convaincu par cette candidature, mais la nomination de cette femme de gauche à la tête Radio France permettrait, – parité oblige-, de nommer un homme à la tête de France Télévisions. C’est en tous les cas le schéma en vogue.
Radio-France ? Une étape, ici encore, accessoire. Car c’est encore une fois le coup d’après qui mobilise toutes les énergies. Or Hervé Bourges compte dans son premier cercle quelques professionnels de l’audiovisuel de talent, tel que l’ancien directeur des programmes de TF1, puis de France Télés, Pascal Josèphe :  des hommes qu’il verrait volontiers dans le fauteuil de Rémy Pflimlin le moment venu.
Il y a enfin une ministre de la Culture, en première ligne

Aurélie Filippetti est décidée à imposer son candidat. En l’occurrence, sa candidate, la même Anne Durupty. Argument affichée de la ministre, c’est une femme : un atout majeur aux yeux celle qui souhaite  ouvrir ces postes, jusqu’ici préemptés par la gent masculine, à des candidatES!
Voilà qui serait de bon aloi, si la ministre voyait, elle encore, plus loin: à l’été 2015, c’est à dire le terme du mandat de l’actuel PDG de France Télévisions. Un poste qui serait dévolu, selon ses vœux et si tout va bien, à un homme, cette-fois-ci, en l’occurrence le patron de l’AFP, Emmanuel Hoog.
Une femme à Radio-France, un homme à France Télés
Voilà donc la rue de Valois et sa locatrice décidés à défendre ce schéma. Soutenu par cette dernière, Emmanuel Hoog, -un patron de gauche habile à la manœuvre, qui a survécu jusqu’ici à tous les changements de majorité et ce depuis plus de 10 ans-, mène une campagne discrète en vue de la conquête de la présidence de France Télés. Epaulés en cela par quelques soutiens actifs.
Ainsi de l’écrivain, producteur à France Culture et chargé d’une mission sur le numérique par Aurélie Filippetti : Fréderic Martel. Lequel se dépense  sans compter aux côtés d’Emanuel Hoog, distillant …
L’Elysée, enfin.

Où tout se noue et se joue. Car le Château n’est pas en reste dans ce rocambolesque feuilleton. Ainsi du  conseiller en charge de ces dossiers, David Kessler, qui pousse son candidat, Martin Ajdari : un homme auprès duquel il travailla à Radio-France, quand le premier cité était en charge des finances d’une maison alors présidée par Jean-Paul Cluzel. Ceci expliquant cela.
Or le dit conseiller a dû convaincre, au préalable, un autre cadre dirigeant de France Télévisions, Bruno Patino, afin qu’il renonce à briguer à son tour la présidence de Radio-France : au motif que le PDG de France Télés, Rémy Pflimin, se serait  retrouver bien seul dans ce cas de figure, avec ses deux principaux bras droits en campagne. Pas terrible.
Tous les coups semblent bons dans ce climat d’opacité absolu, l’objectif  étant de flinguer tel ou tel candidat potentiellement dangereux.  Ainsi a-t-on vu débouler ces jours-ci, comme de par hasard, dans certains médias, – BFM TV, La Tribune…- des sujets, à l’évidence très inspirés, sur le cas Mathieu Gallet.

PDG de l’Institut nationale de l’audiovisuel, ce jeune quadra plutôt brillant, – un proche de Bertrand Delanoë passé par les cabinets de Christine Albanel et de Frédéric Mitterrand-, s’était vu reprocher, lors de sa nomination à la tête de l’INA, ses anciennes fonctions au ministère de la Culture et de la Communication.

Si bien qu’une Commission de déontologie, saisie à l’époque, s’était penchée sur la question. Avant que celle-ci ne close son instruction en prononçant l’équivalent d’un «non-lieu » Fin de la partie ! Mais pas pour tout le monde, puisque BFM TV a bien voulu prêter une oreille attentive aux quelques goupillons généreusement déposés dans sa boite aux lettres…

C’est dans ce contexte, contrasté et affriolant, que le CSA rendra sa décision : entre le 5 et le 7 mars prochain. Et ce après avoir auditionné, à huis-clos, les six candidats en lice : Une confidentialité des auditions éminemment contestable, compte tenu de ce que je viens d’écrire plus haut . Comment en effet ne pas s’interroger, demain, sur les conditions de la nomination de telle ou tel, sachant que personne n’aura pu juger sur pièces des qualités de la personnalité désignée?
Le CSA, qui a beaucoup à perdre dans cette élection, aura sans doute à cœur de marquer à la fois son territoire et son indépendance. Car une chose est certaine : Quelle que soit sa décision, celle-ci sera examinée et décryptée à la loupe. Et à l’aune des pressions amicales et autres interventions, dont chacun de ses membres aura fait forcément l’objet.

Un CSA sous surveillance : car tout soupçon de  faiblesse de sa part l’entachera durablement. Tout soupçon de connivence, supposée, avec  tel ou tel, au plus haut niveau de l’Etat, serait désastreux pour ce Conseil que préside aujourd’hui Olivier Schrameck.

Mais il est un enseignement que l’on peut d’ores déjà tirer de cette séquence pitoyable : rien n’a changé sous le soleil. Indécrottables, les politiques perpétuent de vieux réflexes hérités de l’ORTF : on  décide, on dicte et on piétine, les hommes comme les institutions. Aurélie Filippetti et le cabinet de François Hollande sont ainsi à la manœuvre, comme l’étaient leurs prédécesseurs. Et la réforme consistant à redonner au CSA et au Parlement les prérogatives de nominations, – cette réforme si ardemment défendue et  voulue par le chef de l’Etat-, n’est qu’un vaste trompe-l’œil.

Au sages du Conseil supérieur de l’audiovisuel de nous le démentir, pourtant. Allez, on y croit! Rêvons peu…

0
1 Comment
  • Dr Sin
    février 20, 2014

    A chaque nouvelle nomination, il y a les manœuvres en coulisses que vous décrivez et les mêmes billets identiques que vous écrivez. Ce billet (avec ce qu’il a de juste et de délirant à la fois) est un marronnier.
    Les acteurs du dossier (l’appareil d’Etat, le CSA, les personnalités de l’audiovisuel) ne doivent pas souvent lire vos billets ou alors ils s’en fichent complètement, ce qui est à la fois regrettable et compréhensible.