Elysée: le malentendu Sérillon

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Doit-on parler d’une fin de règne, qui n’aura finalement jamais démarré? D’une sortie de route prématurée  pour celui qui n’aura finalement jamais pris toute la mesure d’un poste, dont il n’a aujourd’hui plus que les oripeaux ? Claude Sérillon, qui est, dit-on, sur le départ, à l’Elysée, est sans doute l’une des premières victimes et symbole de la chute dans les sondages de l’exécutif. Et la victimes des multiples couacs de communication à répétition du locataire de l’Elysée.
N’est pas Jacques Pilhan qui veut, il est vrai. L’ancien communicant, disparu, de François Mitterrand, puis de Jacques Chirac, oblitère encore, de par son talent, sa prééminence et l’influence qu’il exerça à ce poste, celles et ceux qui le précédèrent ou lui succédèrent dans ces mêmes fonctions. Un beau carambolage.
En poussant un beau matin de l’automne 2012 les grilles de l’Elysée, comme celles d’un simple square d’arrondissement, Claude Sérillon pensait sans doute que sa seule carte de visite et sa trombine reconnue, suffiraient. Que ses années passées sur les plateaux du 20 heures de France 2 lui conféreraient un rôle taillé sur mesures. Et que sa position au sein du cabinet de François Hollande, comme sa proximité avec ce dernier, l’assureraient d’un poids prééminent et d’une invulnérabilité.
Sanglé de quelques certitudes héritées de son passage à la télé, il s’attelait énergiquement à la tâche. Mais la politique est un tout autre univers que celui de l’audiovisuel. Sa faune y est moins égotique et plus cruelle. Là où télé n’est qu’apparences et strass, la politique est une école de combats et d’asservissement, d’humilité et de sacrifices.  Quant au chef de la meute, François Hollande, assermenté à lui-même il ne laisse aucun espace à quiconque et se considère depuis le premier jour comme son seul et premier communicant. Un homme qui n’entend pas. Qui n’écoute pas. Et sur lequel glissent les sondages et son impopularité croissante comme sur les ailes d’un canard.
A la décharge de Sérillon, l’extraordinaire confusion, le mot est mince, qui règne jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, n’était pas faite pour lui faciliter la tâche. Quelles rustines posées et où, quand le navire prend l’eau à ce point ? Que dire à la presse quand on a ni message, ni feuille de route, ni traducteur? Quel discours faire passer quand on rentre chaque soir, chez soi, avec une tête de marin ivre : sonné par l’accumulation de mauvaises nouvelles ? On le devine: assiégés, les fidèles du chef de l’Etat resserrent aujourd’hui les rangs autour de leur figure tutélaire. N’ayant pas trouvé sa place au sein de ce premier cercle où l’énarchie règne en maitre, Claude Sérillon semble condamné à l’exil. Au moment même où un remaniement s’apprête à jouer un rôle de lessiveuse, de bas en haut.
On se souvient que sous l’ère Sarkozy, le publicitaire Thierry Saussez avait fini par jeter l’éponge, essoré par cet autre locataire. Jean-Claude Goudard, autre communicant de l’écurie « Sarko », n’aura pas lui non plus brillé. Et ceux qui tentèrent d’apprendre à Jacques Chirac, en son temps, quelques rudiments ou éléments de langage, se cassèrent également les dents : castrés par Claude Chirac et contraints à l’exil.
Claude Sérillon n’a donc aucun reproche à se faire, puisque la mission était impossible. Retranché dans sa tour d’ivoire, l’ancien journaliste de France 2 ne fréquentait pas ses confrères: une anomalie pour quelqu’un qui était supposé prêcher la bonne parole de celui qui l’emploie! On le croisait néanmoins dans quelques restaurants parisiens, attablés avec certains de ses anciens compagnons de route. Et ses éclats de rire reconnaissants témoignaient d’apartés croustillants sur sa vie à l’Elysée…Ses convives s’esclaffaient. Interrogé, l’un d’entre eux me confia un jour que Sérillon, très en verve, lui avait raconté le royaume d’Ubu: l’Elysée, où il s’était à son regret, encagé. Et dont il révait de s’échapper…

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