Municipales: fiasco des sondeurs et noyade des médias

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Noyade des instituts de sondage, dont les boules de cristal sont restées étrangement déficientes, quant à l’importance du vote du front national ; tapis rouge et succès, dès ce  premier tour des municipales, de la totalité des candidats visés par des procédures, et englués pour certains jusqu’au cou dans les affaires, – Balkany, Bechter, Woerth, Copé…-, désintérêt manifeste des français à l’égard des récents scandales, (les affaires Bygmalion, Buisson et des écoutes), qui n’ont eu absolument aucun impact sur le scrutin: les premiers résultats des municipales montrent à quel point l’électorat est en complet décalage (ou divorce) avec les médias.

Paris n’est pas la France, on le savait. Mais le désintérêt que semblent avoir manifesté les électeurs à l’égard du tombereau d’affaires de toutes sortes, labourées, rabâchées, épluchées, ânonnées, quotidiennement et jusqu’à plus soif,; depuis des semaines, sur internet et par les principaux médias audiovisuels de ce pays, – la cathédrale du Grand Journal de Canal+ en tête et les journaux de 20 heures, ensuite-, s’apparente à un joli bras d’honneur.
L’index pointé vers le haut en érection, nos concitoyens auront donc observé les journalistes tenir régulièrement salon sur leurs plateaux: des gloses à n’en plus finir, entre des experts, (champions de l’investigation et politologues, nos cardinaux de l’explication politique). Ceux-là mêmes qui ne parlent le plus souvent qu’entre eux. Comme dans un huis-clos, dont le téléspectateur, partagé entre l’indifférence et l’exaspération, se sent le plus souvent exclu. Journaux et talk-show d’informations auront ainsi tourné en boucle autour d’affaires, dont chacun disait, sur ces même plateaux, qu’elles auraient nécessairement de lourdes conséquences sur le scrutin: résultat, l’UMP, dont les principales têtes de gondole (Copé et Sarkozy) devaient finir enduits de plume et de goudron, se retrouve ce matin auréolée de résultats inespérés.

L’humilité, la nuance et la raison auront du donc prévaloir. Et  ceux qui estimaient qu’il y aurait, en France, un avant et un après Buisson ; un avant ou un après Sarkozy -et ses propos à l’emporte-pièce tirés de ses écoutes -, en sont donc pour leurs frais.
Il y a belle lurette que les médias sont en complet décalage avec les Français. Les journalistes forment une chapelle indécrottable qui fonctionne en circuit fermé. Animée par les mêmes tropismes, cette profession se parle qu’à elle-même. Ratisse les mêmes sujets à n’en plus finir, convaincue qu’elle incarne un quatrième pouvoir, dont elle n’a plus que les oripeaux.
Chaque soir que Dieu fait depuis plus d’un mois, nous avons donc assisté au défilé ininterrompu d’une cohorte de spécialistes de l’investigation nous expliquant que ces affaires, de par leur gravité, entrainaient par le fond  toute une génération de responsables politiques. Oubliant pour les plus jeunes d’entre eux que François Mitterrand survécut, sans encombres, à quelques-uns des scandales les plus bruyants de la Cinquième République. Et que Jacques Chirac, aujourd’hui canonisé, échappa de la même manière à la bastonnade, malgré un mille-feuille d’affaires autrement roboratif.

L’égo système médiatique fait qu’aujourd’hui, les journalistes regardent plus leur nombril, que leurs téléspectateurs ou auditeurs. On cause entre soi. On redouble d’effets de manche. On exécute, affirme, assène, sur des plateaux transformés en tréteaux, face à un public, sommé  de faire la claque, sur instruction d’un chauffeur de salle. Et parce que ce grand Barnum fait de l’audience, on en surajoute le lendemain, avec la même voracité. Mais savent-ils qu’ils soliloquent dans le vent ?
Les journaux d’infos sont également de la fête : ils surfent sur la vague. Problème : le citoyen, qui a décroché depuis longtemps, est au bord du collapsus. Le score à la cubaine d’un Copé à Meaux, dont les semelles de plomb devaient  l’entrainer par le fond, nous disait-on, laisse songeur…

Serions-nous tous, au sein de nos rédactions, déconnectés de la réalité ? Serions-nous à ce point obnubilés par les mêmes sujets, que l’on en finit par oublier ce qui fait l’essentiel des préoccupations des Français. C’est-à-dire, leur pouvoir d’achat et l’emploi?  Bref, vivons-nous sur la même planète  et dans une bulle?
J’ai posé la question à David Pujadas et ce dernier m’a fait cette seule réponse :

« Les médias font leur boulot. On n’est pas là pour influencer les électeurs, ou leur dicter les critères du vote. Notre rôle est de donner ou de dévoiler des infos, agréables ou pas. Ensuite, chacun en tire les conséquences qu’il souhaite ».

Les médias font leur boulot. Certes, mais le font-ils bien?

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3 Comments
  • Naoned-BBB
    mars 24, 2014

    Ahahahahahah … Bien dit ! Mais soyons mesurés. Les citoyens prennent leur destin en main, avec somme toute la pauvreté politique qu’il leur est offerte. Force est de constater que les 20 millions d’abstentionistes se ralient à ceux qui votent, parce qu’ils ne trouvent pas leur compte dans l’hémisphère politique proposée. Les journalistes nationaux s’emparent de débats locaux, dont seule la presse de proximité pourrait dresser un vrai portrait sociétal. Ou se retrouve donc la fameuse « politique participative », alors que l’on nous rabache sans nulle cesse les conflits égocentriques des partisans de partis qui se battent pour un pouvoir qui ne concernent qu’eux !? Le tapage médiatique s’évertue à démontrer les non exemplaires communes qui représentent à peine 1/3 du pourcent qui cartographie les communes de France. Stoppons alors la politisation politicarde des municipales. Que ces municipales n’agissent aucunement en faveur d’une couleur ou d’une autre, mais simplement sur les préoccupations de nous autres, simples « concitoyens », inquiets pour nos écoles, notre vie associative et sportive, nos commerçants, du développement serein de nos quartiers ou de notre centre ville, de la diminution de nos taxes locales, de la sécurité routière et autres pour que nos enfants se rendent à l’école sans crainte, que nos adolescents évoluent par leur propre expérience sans abus de toute sorte, que l’harmonie sociale règne par la pré occupation de la précarité de nos propres voisins, etc ….. Voyez comme certains journalistes – M. Pujadas comme les autres -, omettent leur métier premier : rapporter avant tout notre vie, ses joies et ses peines. Et non l’affaire machin-chose, qui doit faire en sorte de punir le 1er pour effet de souiller le second, lequel entâchera le troisième, ( etc.) pour qu’au final le 1er soit réélu. Drôle de XXIeme siecle et fade saveur de l’engagement pour nos progénitures : bel exemple !

  • Martino
    mars 24, 2014

    L’escroquerie des instituts de sondages et des médias consiste à publier non pas les données statistiques réellement obtenues mais des interprétations « corrigées ».

    Pourquoi ne pas préciser le fameux taux d’erreur qui dépasse très souvent les 6% ?

    Pourquoi ne pas publier les fourchettes de résultats plutôt que des données moyennes corrigées ?

    Pourquoi ne pas procéder à des sondages sur plus de 1500 personnes garantissant un meilleur rendement ?

    Pourquoi ne pas publier qui commande (et paye) ces sondages ?

  • Vercoquin
    mars 25, 2014

    « Les médias font leur boulot. Certes, mais le font-ils bien? ». Très bonne question.
    Je dis bravo à cet article qui a tendance à me réconcilier avec le monde médiatique. Mais il faut approfondir.
    J’ai écouté votre intervention chez Morandini ce-matin, j’ai donc entendu des choses très intéressantes. En particulier le fait que la classe politique est en complet décalage avec les français. Je considère cela comme un bel exemple de lucidité médiatique. Mais ne vous arrêtez pas à ce simple constat.
    Je suis un simple citoyen et je peux vous donner quelques pistes d’investigation :
    – Les affaires Buisson, Takkiedine, écoutes, mensonges ou pas de Taubira, Vals et autres… même si certaines sont susceptibles d’entrainer des conséquences non négligeables, tout le monde s’en fout. Le principal souci, c’est LE CHOMAGE. Les médias ne sont pas pertinents dans le choix des « UNES ». On nous a rebattu les oreilles ces dernières semaines sur des sujets non pertinents pour les français.
    – On sent vraiment que les médias sont surpris par la montée du FN. Mais de qui se moque-t-on ? Le programme du CNR mis en place au lendemain de la guerre était destiné à empêcher le peuple de se tourner vers le fascisme en proposant une sécurité dans la vie sociale, le travail. On a donc créé l’assurance maladie, l’assurance chômage, la retraite et autres avantages sociaux. Aujourd’hui, ces acquis sont attaqués de toute part : obéissant à l’ UE, au FMI, à la commission le gouvernement de Hollande réduit les retraites, réduit le social en général. C’est clair, suivant les préceptes qui ont conduit au CNR, les conséquences sont évidentes : les français se tournent vers l’extrême droite. CQFD.
    – Il y a certaines constatations que l’on entend très rarement dans les médias : dans les dix dernières années, les salaires sont en stagnation, pendant le même temps, les entreprises du CAC40 ont vu leurs dividendes progresser de 14% en moyenne par an. Est-ce normal, alors que le taux de croissance est de 2% en moyenne ? Et on s’étonne que l’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de grandir. Messieurs les journalistes, réveillez-vous. Posez les bonnes questions.
    – Hollande fait la danse du ventre devant la courbe du chômage en espérant la voir s’inverser. Qui peut croire que ça peut marcher ? Messieurs les journalistes, quand vous interviewez le président ou un ministre, demandez-lui les preuves que ça peut marcher. Des dates, des mesures, combien, les paramètres de leurs modèles de calcul, le suivi des résultats etc… ayez le sens de l’approfondissement.
    – Hollande fait n’importe-quoi. Il donne aux entreprises sans contrepartie. Il ne s’agit pas de demander des emplois contre des réductions d’impôts ou des réductions de charges sociales car si une entreprise n’a pas de commandes, ça ne changera rien. Il faut prendre des mesures pour inciter les entreprises à investir dans l’économie (la vraie), et contrôler ces bons investissements. Il faut savoir que 1 point d’investissement supplémentaire dans les sociétés non financières suppriment 1 point de chômage. Soit 18 milliards supplémentaires. Si les 18 milliards vont dans les bonnes entreprises : novatrices, exportatrices, ça doit être efficace. Avec les mesures de crédit d’impôt et autres pacte de compétitivité, les entreprises qui n’en ont pas besoin augmentent leurs dividendes au lieu de répercuter ces avantages sur leurs prix de vente.
    – Ou trouver les 18 milliards supplémentaires par point de chômage à gagner ? « Mon ennemie c’est la finance » disait Hollande dans son discours du Bourget. Ce n’est pas à l’état de payer. C’est aux voleurs de restituer l’argent. Taxer l’argent de la spéculation qui est de l’argent volé aux peuples. Réguler les marchés. Revenir au new deal et au Glass Steagle act. Réduire par quelque moyen l’écart entre les riches et les pauvres. Si madame Bettencourt cédait la moitié de sa fortune, on pourrait gagner 1 point de chômage. Etc…