Un Monde qui peine à faire sa mue

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Cette nouvelle crise au Monde, qui voit une brochette de rédacteurs en chef rendre leurs tabliers, sur fond de conflit ouvert avec celle qui dirige ce titre depuis maintenant quinze mois, Natalie Nougayrède, pose une double question: les difficultés que rencontrent les entreprises de presse à opérer, sans heurts, leur mutation numérique, d’abord. Et l’inadaptabilité de bien de  patrons de presse à prendre cet enjeu à bras-le-corps, avec la sérénité qui s’impose. Cathédrale de la presse française, Le Monde a vu son environnement capitalistique chamboulé, avec l’arrivée d’un trio d’investisseurs, -Bergé-Niel-Pigasse-, décidé à faire basculer, à marche forcée ce groupe dans une nouvelle ère.
C’était sans doute oublier l’ADN de cette marque, son histoire et sa culture. Parachutée à la tête de ce groupe, Natalie Nougayrède avait  pour feuille de route, à sa nomination, d’accélérer cette mutation : ignorant, semble-t-il, que les fantômes de Gutenberg et d’Hubert Beuve-Méry hantaient toujours les murs de cet illustre quotidien et que l’on ne transforme pas d’un claquement de doigt l’encre en pixels, l’intéressée s’est lancée tête baissée.
C’est ainsi qu’au fil des mois, et de manière comminatoire, un certain nombres de plumes de ce quotidien ont été priés de migrer vers le net, sans autre sauf-conduit. Si bien que le climat s’en est vite ressenti. Parallèlement, celles et ceux qui présidaient à la destinée du Monde.fr n’ont pas adhéré à la stratégie indiquée, considérant que les méthodes caporalistes de la susnommée n’étaient pas les bonnes. D’où le clash d’aujourd’hui.
Voilà donc le Monde confronté à une crise de gouvernance et ses actionnaires, bien embarrassés. On a souvent tendance à oublier que les entreprises de presse restent des entreprises à part. Que leur matière première est d’abord grise. Et que le capital humain prime. Force est de constater que malgré les sommes conséquentes investies pour redresser ce groupe, son trio d’actionnaires, à la « qatarie», n’est pas parvenu à faire, à ce jour, de cette entreprise une affaire rentable. Faute d’une stratégie claire. La presse écrite va mal on le sait et ce n’est pas à coups de boutoirs et d’oukases qu’on en règlera ses difficultés. Un seul quotidien français semble avoir trouvé à ce jour son modèle économique: Le Figaro. Avec 20 millions d’euros de résultats en 2013, ce groupe a réussi sa mutation. Non pas, par un développement forcené de son site d’information, mais par le rachat en rafale de sites marchands adjacents, -immobiliers et autres- qui dopent l’activité d’un groupe aujourd’hui en pleine forme.
Approuvée par Serge Dassault, cette stratégie a été payante. Si bien que les pertes du quotidien ont été largement épongées et compensées par les gains engrangés par des sites voisins, véritables cash-machines : des relais de croissance qui assurent pour l’heure la pérennité de la version papier du Figaro.
Il est étonnant que venu de la sphère numérique et des nouvelles technos, Xavier Niel n’est pas pris le même chemin pour un groupe dont il reste le premier bailleur de fonds! Comme quoi, nul n’est prophète…

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