Jean-Pierre Jouyet, télécommande de François Hollande

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Epicentre du pouvoir et carrefour fréquenté, le secrétariat général de l’Elysée est depuis quelques années un point d’eau et le passage obligé pour les responsables de l’audiovisuel. Même si cela dépend du profil de son occupant et de son appétence pour ces questions.

Ce fut le cas avec l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, dont le bureau se transforma au fil des mois en une annexe de Pôle Emploi et ce pour un grand nombre de cadres dirigeant du secteur: un guichet particulièrement prisé par des patrons de chaine encalminés dans tel ou tel dossier, que Guéant démêlait à sa guise.
Et c’est pour ainsi dire le cas également depuis quelques mois avec Jean-Pierre Jouyet, ce nouvel homme fort de l’Elysée installé par François Hollande, qui voit s’approcher, à pas comptés, tout ce que le paysage télé compte d’aspirants PDG de France Télévisions ou de patrons en poste, sébile et lettres de créances à la main.

Ce jospinien a pour lui d’avoir non seulement la confiance du chef de l’Etat, mais également d’entretenir des liens étroits avec le président du CSA, Olivier Schrameck, un homme qu’il côtoya à Matignon, de 1997 à 2000. Et à l’heure où le locataire de l’Elysée s’empare du dossier France Télévisions, (dossier qu’il entend suivre de près, contrairement aux déclarations d’entourages assermentés, avec la volonté de peser sur le choix du CSA, lors de la nomination du successeur de Rémy Pflimlin, en mars prochain), cette relation directe entre le secrétariat général de l’Elysée, dans le rôle de chasseur de têtes, et la présidence du CSA est loin d’être anodine.
François Hollande qui se garde bien de se prononcer en public sur telle ou telle question, tel ou tel aspect, ayant trait à l’univers des médias, -rupture oblige avec les mœurs affichés de la présidence Sarkozy-, est en vérité à la manœuvre : la question de la future présidence de France Télévisions, qui enjambera la présidentielle de 2017, est l’objet de toutes les attentions. L’enjeu est de fait de taille.
Tout comme le sort de LCI, sur la TNT : les négociations entre l’Etat et le groupe Bouygues, dans le dossier Alsthom, voient en effet Martin Bouygues peser de tout son poids sur l’Elysée. Car si l’industriel est décidé à ne pas entraver la bonne marche de ce dossier, la cession de ses parts à l’Etat ne se fera pas sans contreparties. Suivez son regard, projeté sur la tour de TF1, maison-mère de LCI…

Et c’est l’ancien patron de la Caisse des Dépôts, « JPJ », aujourd’hui à l’Elysée,  qui suit d’un œil expert cette question.
Nicolas de Tavernost, ne s’y est pas trompé: le PDG de M6 et avocat de Paris Première, qui défend le passage de cette chaîne sur la TNT, est allé plaider son dossier dans le bureau du « vice-président ». Et il n’est pas le seul à emprunter ce chemin: des professionnels convaincus, à raison, qu’avec Jouyet, l’épicentre du PAF s’est de nouveau arrimé à l’Elysée, après deux années de tâtonnements et de candeur.
Ces belles constructions politiques ont pourtant leurs limites. Par un pur hasard, qui tient à l’alchimie humaine, le CSA, décideur en dernier ressort, est composé aujourd’hui d’un collège bien plus indépendant et incontrôlable que par le passé. Une « pétaudière » disent certains, que la liberté de ce collège insupporte. L’épisode de la nomination du PDG de Radio France, dévolue à un candidat venu du diable Vauvert, Mathieu Gallet, fut un joli bras d’honneur fait à l’Elysée et à Aurélie Filippetti, dont les candidats furent recalés.

Si bien que les mécanos élyséens, en vue de la future gouvernance de France Télés, risquent de se heurter à cette délicieuse incertitude, si chère aux sportifs: quel que soit l’arbitre, en coulisse à l’Elysée, et la volonté du patron de la Fédération, au plus haut niveau de l’état, rien n’est écrit et rien ne sera acquis, cette-fois-ci, avant le coup de sifflet final.

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