Le réalisateur Jérôme Revon à propos de l'image Obama-Poutine: "J'ai vécu quelque chose d'inouï"

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http://youtu.be/SG4ZtXiHH_w

 

Jérôme  Revon aura été le grand ordonnateur des retransmissions des cérémonies organisées autour du Débarquement. L’une des opérations les plus importantes de sa carrière pour ce réalisateur parmi les plus capés du métier. Un homme au registre duquel  l’on trouve, pêle-mêle, le Canal Football Club de Canal+, les cérémonies des Césars et des Victoires de la musique, l’émission Touches pas à mon Poste, sur D8. Ainsi qu’une flopée  d’allocutions présidentielles, sans oublier les JO de Barcelone, d’Atlanta, d’Athènes ou encore de Pékin. Ou, sans compter, de multiples 14 juillet, ainsi que les débats d’entre-deux tours, lors des présidentielles de 2007 et de 2012.

Ce magicien du petit écran, passionné et enthousiaste, revient sur ce « D Day ». Et notamment, sur une image qui a fait le tour du monde: celle d’Obama et Poutine s’observant à distance sur un écran géant. Explications.

 

 


 

 

 

 

 

 

Cette opération a-t-elle été particulièrement difficile à monter?

Sur le plan technique, non. Pas plus qu’un 14 juillet. J’avais pour donneurs d’ordres TF1 et France 2 et à mes côtés, en régie, 40 personnes, pour un dispositif de 18 caméras. Après, ce ne sont que des arbitrages budgétaires. J’ai par exemple souhaité un hélicoptère pour survoler le château de Bénouville, où avaient été réunis les 19 chefs d’état. Cela n’a pas été possible pour des raisons de coûts. Mais il est vrai qu’il a fallu tenir compte des observations des services de sécurité des uns et des autres. Et notamment des équipes d’Obama, qui ont débarqué deux jours avant, en Normandie. Tout comme, nous avons longuement répété, 48 heures plus tôt, l’arrivée des cortèges officiels. Ce qui n’a pas empêché quelques petits couacs et retards.

Compte tenu du contexte politico-diplomatique, avez-vous eu des consignes quant à certains plans ou images non souhaités à l’antenne?
Absolument aucunes. Ni de l’Elysée, ni d’ailleurs. J’ai eu une liberté absolue et pas la moindre interférence. La matière était telle, les cérémonies tellement riches et tellement denses et le nombre de délégations si nombreuses, que je ne vois pas comment on aurait pu travailler sans une complète liberté de choix et de manœuvre. Ce qui a été le cas. Je crois que tout le monde a été satisfait. Jusqu’à l’Elysée, où l’on me dit avoir été très heureux de la manière dont ces retransmissions se sont déroulées.

 

Reste une image qui restera: celle de Poutine et Obama s’épiant à distance, qui a fait le tour du monde. Comment l’avez-vous créée, voire suscitée ?

J’avais entendu le matin même Bruce Toussaint dire sur I>Télé dire, comme ce fut le cas sur l’ensemble des médias français , que la question qui restait en suspend était cette fameuse rencontre, qui aurait lieu ou non, entre Obama et Poutine. Je savais que les deux hommes ne seraient pas officiellement amenés à se croiser. Et qu’ils seraient même installés à l’opposé, l’un de l’autre, sur la tribune officielle. Je les ai donc bien observé, plaçant sur chacun d’eux une caméra. Des plans que j’ai tout de suite accolé et diffusé tel que à l’antenne.

Mais je n’ai rien suscité, c’est la clameur montée des tribunes, où l’on a découvert les visages de ces deux chefs d’état se toisant à distance sur un écran géant, qui a en vérité déclenché chez ces derniers les sourires furtifs que l’on a vu ensuite et qui a créé l’évènement. Même s’il est vrai que sans ce plan raccord, Obama et Poutine n’auraient pas dialogué ainsicomme on l’a vu,  à distance.

Quel moment de télévision! Je regrette seulement d’avoir insisté un peu trop longtemps sur ce plan: on voit à un moment donné qu’Obama s’en agace, d’ailleurs. Il y a sans doute eu une seconde de trop dans cette image qui restera dans mes annales personnelles Oui, c’est vrai, j’ai vécu quelques secondes inouies.

 
Que ressent-on quand on parvient à saisir un instant comme celui-ci ?

 
Bien évidemment, de l’émotion et beaucoup de joie. C’est pour cela que l’on fait ce métier. Je n’ai pas vu et ressenti une telle émotion en 30 ans de carrière. Cela restera un instant unique et presque magique. Le seul moment où j’ai approché ce plaisir, c’est lors de l’élection de Jacques Chirac, en 1995 : Quand nous avions réussi, par un dispositif innovant à l’époque, à suivre le président nouvellement élu dans Paris en voiture. Quand Chirac avait décidé de baisser sa vitre, offrant une scène inédite dans les annales de la Cinquième République. J’en garde un souvenir précis, mais qui n’a pas la saveur et la force de l’épisode que je viens de vivre en Normandie, avec ces deux géants et cette image qu’ils nous ont offert.

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  • Google
    octobre 18, 2014

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