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Les vrais comptes de Bygmalion

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Chaque fois qu’un téléphone sonne, les visages se crispent. Presque toujours, c’est le signe d’une mauvaise nouvelle : un client annonce son départ. Ce matin-là, c’est l’Union nationale des professions libérales (UNAPL) – près de 460 000 euros de contrats en quatre ans. Et il faut raccrocher, un peu plus accablé. Au siège de Bygmalion, le groupe de communication devenu le cauchemar de l’UMP, il y a des semaines que les jours se ressemblent. Entre ces murs discrets et chics d’un hôtel particulier parisien, employés et patrons tentent de supporter le poids des aveux. Le 26 mai dernier, Me Patrick Maisonneuve, avocat du groupe, dévoile l’arrangement illégal passé entre Bygmalion et l’UMP : plus de 17 millions d’euros de frais de réunions publiques dus par le candidat Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012 ont été « sortis » des comptes officiels de la campagne et payés par le parti, pour éviter des sanctions liées aux dépassements. Depuis, la justice s’est saisie de l’affaire et les révélations se multiplient, valant à Bygmalion les peu glorieux surnoms de « Bigmillion » ou de « bande à Copé », du nom de l’ancien président de l’UMP, proche des fondateurs du groupe, Guy Alves et Bastien Millot.

 

L’examen des comptes officiels de 2008 à 2013, saisis sur une clef USB lors d’une perquisition et que L’Express a pu intégralement consulter, ne fait pas apparaître a priori d’irrégularités comptables. Celles-ci, à ce stade des investigations, sont le seul fait d’Event & Cie, filiale à 75 % de Bygmalion et organisatrice d’une quarantaine de meetings de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Mais la lecture des grands livres de l’entreprise phare du groupe apporte un éclairage édifiant sur la société. Ces centaines de feuillets dévoilent l’intégralité des clients et des fournisseurs. Des noms attendus, quelques-uns plus insolites et, surtout, des millions d’euros. L’UMP y est omniprésente. Dès sa création, en 2008, par deux des collaborateurs de Jean-François Copé à la mairie de Meaux (Seine-et-Marne) et dans les ministères, Bygmalion doit sa prospérité au groupe UMP de l’Assemblée nationale. Les députés sont des clients fidèles et réguliers. Beaucoup connaissent Guy Alves et mieux encore Bastien Millot, le plus politique du duo. Pour l’entreprise, l’environnement est idéal : jusqu’en 2010, Copé dirige lui-même le groupe parlementaire, puis lui succède un proche, Christian Jacob.

Les documents ne précisent pas toujours la nature des travaux effectués. Pour l’essentiel, il s’agit de la production et de l’entretien de sites Internet, newsletters, revues de presse, colloques, vidéos, bilans de mandat ou surveillance de l’e-réputation. Quelques opérations sortent de l’ordinaire. Ainsi, en 2009, le groupe de communication crée pour 35 210 euros un site consacré à la souffrance au travail. En 2009, 2011 et 2012, il assure des hébergements de sites de députés au tarif unique de 3 588 euros. En un peu moins de cinq ans (de 2008 à 2013), les parlementaires UMP ont ainsi rapporté 5 418 695 euros à Bygmalion. En 2012, année record, le montant s’est élevé à 1 271 136 euros.

Au-delà des « troupes » parlementaires, Bygmalion a également ses entrées au sein du parti. L’arrivée de Jean-François Copé au secrétariat général, en 2010, puis son élection controversée à la présidence, en 2012, en font un partenaire privilégié. Selon une source interne désireuse de rester anonyme, les élus étaient vivement incités à recourir aux services du duo Alves-Millot, y compris pour des missions de formation jusque-là dévolues à l’Association nationale pour la démocratie locale (ANDL). En juin 2012, la campagne des élections législatives offre un nouveau marché. Au moins une quinzaine de candidats UMP deviennent clients de Bygmalion : parmi eux, pour 35 791 euros, le chef d’entreprise Charles Beigbeder, aspirant malheureux à un siège dans la 8e circonscription de Paris.

 

 

 

 

Faut-il y voir une énième illustration du vieil adage « on n’est jamais mieux servi que par soi-même » ? Génération France, le club de réflexion de Jean-François Copé, a eu recours aux services de Bygmalion. De 2008 à 2013, il dépense 479 724 euros pour la mise à jour de son site, les Cahiers de Génération France, l’envoi d’« infolettres » pour les élections, ainsi que pour des « brochures fondateur » ou « présentations fondateur », en référence au maire de Meaux. Il est vrai que l’un des créateurs de Bygmalion, Guy Alves, a été étroitement associé à la naissance du club copéiste à l’automne 2006. Alors collaborateur du ministre, il en dépose lui-même les statuts et occupe un temps la fonction de trésorier. Cette proximité a alimenté les soupçons d’une caisse noire constituée au profit de Jean­François Copé.

Concentré sur l’UMP et les médias, le carnet d’adresses des fondateurs de Bygmalion déborde rarement sur d’autres terrains. Après le parti, les élus locaux fournissent l’essentiel de la clientèle. Ce sont en majorité des maires UMP qui paient le plus souvent pour des conseils et accompagnements en communication, tel Patrick Balkany à Levallois-Perret. En 2013, l’élu des Hauts-de-Seine a versé 166 543 euros dans les caisses de l’entreprise. Le Cannet (Alpes-Maritimes), Coulommiers, Montereau et Melun, trois villes de Seine-et-Marne, sont autant d’autres clients.

Un autre pilier de la réussite s’appelle France Télévisions. Ce groupe verse en cinq ans 1 864 696 euros à l’entreprise. L’activité porte notamment sur la gestion du courrier et des e-mails des téléspectateurs, sur l’e-reputation et l’accompagnement stratégique (17 940 euros en 2010). L’année 2013 marque toutefois une rupture nette. Le nombre des contrats est réduit à deux par le président de France Télévisions, Rémy Pflimlin. Le montant total s’élève à 110 630 euros, au lieu de 399 464 l’année précédente.

Est-ce parce qu’affleure un soupçon d’irrégularités ? L’audiovisuel public traite-t-il trop généreusement Bastien Millot, qui fut son n° 3 de l’été 2005 à l’automne 2008, époque à ­laquelle il est parti fonder Bygmalion ? En avril 2014, le juge Renaud Van Ruymbeke met en examen pour favoritisme celui qui fut président de France Télévisions de 2005 à 2010, Patrick de Carolis. Entre 2008 et 2010, sous son autorité, la société de Millot et d’Alves obtient ses meilleurs résultats dans le groupe audiovisuel, avec 1 139 940 euros de contrats. Redevenu producteur et animateur après son départ de la présidence, en août 2010, Patrick de Carolis apparaît à plusieurs reprises dans les comptes en son nom personnel, à titre de fournisseur. Au 31 décembre 2010, il est destinataire de deux versements de 20 000 euros sous la rubrique « honoraires ». En 2012, il reçoit la somme de 143 520 euros en six versements de 23 920 euros, sous la même mention.

A la lecture des documents, les incursions dans le monde de l’économie demeurent limitées. Le grand-livre des comptes de 2010 porte ainsi la trace d’un contrat avec Dassault (37 315 euros). Plus cocasse, en 2013, Bygmalion empoche 35 880 euros pour la gestion du site du club de football d’Auxerre, l’AJA. L’explication est sans doute à trouver dans l’identité du propriétaire du club, l’homme d’affaires Emmanuel Limido, par ailleurs actionnaire de Bygmalion. S’il ne dispose pas de pouvoirs opérationnels, il a investi 1,2 million d’euros à la création de l’entreprise. De 2008 à 2011, la société de communication travaille aussi avec une concurrente : Com1+. Son dirigeant ? Guillaume Peltier, l’un des animateurs du courant la Droite forte au sein de l’UMP. En 2009 et 2010, celui-ci loue des bureaux à Bygmalion. En 2011, il apparaît comme le fournisseur de cartes de circonscriptions électorales. Dans les deux cas, les montants engagés ne dépassent pas quelques centaines d’euros.

Le train de vie des dirigeants et de l’entreprise ressemble à celui d’une société prospère dans la communication : 15 963 euros de frais de réception en 2010, 17 426 euros en 2012. En 2008 et 2009, Guy Alves et Bastien Millot s’accordent un salaire mensuel d’environ 12 000 euros. Après, le montant de leurs émoluments disparaît des comptes.

Aujourd’hui, Bygmalion tourne au ralenti. Millot a quitté l’entreprise en août 2013 pour devenir avocat, mais possède toujours 23,5 % des parts de la société. Guy Alves se débat dans les tracas judiciaires, dans l’attente d’une probable mise en examen. Et, dans les locaux parisiens, un appel téléphonique est toujours perçu comme un mauvais présage. • P. C. et R. R.

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3 Comments
  • isa
    juillet 8, 2014

    Pourquoi écrire en caractère gras ? C’est si important que cela ?

  • droitfinance
    juillet 23, 2014

    Cette affaire Bygmalion ne fait que confirmer la réalité économique de notre pays:
    corruption au sommet, impôts qui assèchent la population. Tout cela ne fait que refroidir le climat social qui règne en France aujourd’hui et malheureusement.
    J’ai beaucoup aimé le livre « Le capital au XXIème siècle » de Piketty qui donne un autre regard sur la société capitaliste.

    Merci pour ton article fort intéressant.

    à bientôt,

    julien

  • Avocat Genève
    août 1, 2014

    Merci pour votre article et ce complément d’informations, même si il nous faudra encore quelques temps pour vraiment voir la totalité de ce qu’implique cette « affaire ».