Nicolas Sarkozy et la guillotine médiatique

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L’image a fait le tour de tous les médias et elle est proprement insupportable. Emprisonné sous l’œil d’une forêt de caméras, Nicolas Sarkozy, dont la convocation,  puis la garde à vue, ont été l’occasion d’une théâtralisation voulue par les magistrats, a été, toute la journée d’hier, l’otage d’une justice spectacle qui déshonore la magistrature.
Il n’est pas ici question de se prononcer sur le fond d’une affaire qui occupe la justice et qu’il serait malvenu de commenter, n’ayant pas  accès au dossier. Non, ce qui est en question ici, c’est l’instrumentalisation faite par la justice de médias devenus les supplétifs d’une procédure destinée à humilier.
Nous vivons à l’époque des guillotines cathodiques : conduit en place de grève médiatique par une nuée, l’ancien chef de l’Etat a été placé sous écrous, bien avant qu’il ne pénètre dans le bureau des policiers qui l’ont entendu hier durant 17 heures. Alertées, – convoqués-, par les magistrats et enquêteurs eux-mêmes, les chaînes de télévision qui l’ont fouillé et traqué au sortir de son domicile ont apposé un bracelet numérique à la cheville de celui qu’une meute a embastillé.
On a saisi hier à quel point notre démocratie est devenue médio-dépendante et donc soumise au nouveau pouvoir spirituel de la société civile, c’est-à dire celui de l’image. L’idéologie d’une époque se définit par ce qu’elle accorde à tenir pour réel. Et en ce sens les médias, par leur puissance de feu, définissent globalement ce qu’il convient de tenir pour réel et donc juste.
La justice, qui a depuis longtemps intégré cet état de fait, utilise ainsi journaux et télés en fixant ce sur quoi il convient d’opiner. Et l’opinion, qui abonde, prononce pour finir le verdict. Attendu, guetté et traqué, Nicolas Sarkozy était hier dans la peau d’un coupable, bien avant que ne démarre une garde à vue dont le contenu devrait être intégralement retranscrit par la presse dans les jours qui viennent, le secret de l’instruction étant désormais de Polichinelle.

Images avant, déballage et réquisitoire, ensuite : greffiers et supplétifs d’une affaire retentissante, les médias ont déjà fait le procès d’un homme mis au ban. Il en va aujourd’hui des médias comme autrefois des directeurs de consciences ou des tribunaux populaires. Le devoir de vitesse a tué l’obligation de réserve  et la distance requise: journalistes, juges et policiers se donnent la main et fixent ensemble le tempo.
D’aucuns argueront, à l’inverse, que le propre du pouvoir est de se croire persécuté,  que la paranoïa est le propre des puissants : sans doute. Mais ce haro sur le baudet, cette « karcherisation » médiatique de Nicolas Sarkozy,  voulue et scénarisée par deux juges  est une honte dans une démocratie. Car si le principe de publicité est essentiel à celle-ci, les maux propres à la surpuissance médiatique, surtout quand elle est détournée par des magistrats, sont les pires. Aux vertus qu’on exige d’un ministre ou d’un président de la République, combien de patrons de presse ou de juges d’instruction seraient encore en piste aujourd’hui?  Posons-nous la question.

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3 Comments
  • Bougassas
    juillet 3, 2014

    Monsieur Revel, vous auriez écrit cet article à propos de l’un de ces justiciables dont la vie a été brisé par les média et la justice pour des faits qu’il n’avait pas commis et il y en a , vous auriez été crédible, mais montez en premier ligne, comme d’autres comme vous dans d’autres circonstances, pour ne défendre que les cols blancs et ne s’émouvoir que lorsque un homme politique ou star (qui a toujours couru après la presse) pour nous faire une leçon de démocratie sent trop l’appartenance à un clan. Connaissez-vous beaucoup qui le lendemain de leur mise en examen trouvent un plateau de télévision qui les attends pour s’adresser au français de cette manière. Là en revanche vous ne condamner les médias, pour TF 1 en fait partie. Alors cesser de jouer le vertueux et le défenseur de la démocratie…

  • joubert
    juillet 3, 2014

    Monsieur Revel, vous auriez écrit cet article à propos de l’un de ces justiciables dont la vie a été brisée par les média et la justice pour des faits qu’il n’avait pas commis et il y en a , vous auriez été crédible, mais montez en premier ligne, comme d’autres comme vous dans d’autres circonstances, pour ne défendre que les cols blancs et ne s’émouvoir que lorsque un homme politique ou star (qui a toujours couru après la presse) pour nous faire une leçon de démocratie sent trop l’appartenance à un clan. Connaissez-vous beaucoup qui le lendemain de leur mise en examen trouvent un plateau de télévision qui les attends pour s’adresser aux français de cette manière. Là en revanche vous ne condamnez les médias, pourtant TF 1 en fait partie. Alors cesser de jouer le vertueux et le défenseur de la démocratie…

  • Sotsmedias
    juillet 3, 2014

    Plus l’on s’expose, plus l’on est exposé en retour.
    Curieux qu’un spécialiste auto-revendiqué des médias semble le découvrir seulement maintenant, après les gardes à vues ultra-médiatisées de Berlusconi ou DSK en leur temps…
    Quand a affirmer que ce sont les juges en charge du dossier qui ont emballés les médias, c’est oublier que ce sont souvent des plantons qui arrondissent leurs fins de mois en prévenant les journaleux d’un placé en garde a vue people.