Les médias à l'heure de l'après Charlie

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On le sait: la couverture des évènements tragiques par les chaines de télévision et de radios a soulevé un tollé jusqu’au plus haut sommet de l’Etat où François Hollande en a longuement débattu avec Olivier Schrameck au CSA, et devant un parterre de dirigeants de médias réunis face à lui à l’occasion du 60e anniversaire de l’AFP.
Que faire à l’avenir ? Quels enseignements tirer des nombreux dérapages observés? Force est d’admettre que l’on n’est passé très loin de la catastrophe. Que l’inconscience avec laquelle les chaines ont œuvré en toute liberté, sans filets ni, garde-fous, au mépris de toutes le règles de prudence ou d’éthique, mettant en danger otages et forces de l’ordre, oblige à réfléchir. Un exemple, non pas de dérapage, mais d’aberration absolu: lors de l’assaut de l’Hyper Kacher un journaliste d’une chaine tout-info, dont on ne citera pas le nom, disposait du portale de l’un des hommes du RAID. De celui-là même qui fut en première ligne. « Il est mort ? » A peine Coulibaly tué, le journaliste eut en direct le policier qui lui expliqua avoir le pied posé sur le cadavre du preneur d’otages !
Si le CSA semble bien placé pour remettre de l’ordre et édicter ce qui pourrait ressembler à une sorte de cahier des charges auquel devraient se soumettre les chaines à l’avenir en pareille circonstance, il ne devrait pas être le seul à se saisir du problème.
Si l’on prend en effet l’exemple américain, on s’aperçoit que de tout temps, depuis la guerre du Vietnam, après chaque conflit ou tragédie, qu’ils soient d’ordre militaire ou terroriste, les medias américains ont eu à débriefer avec les autorités militaires ou policières la manière dont avaient été couverts les dits conflits ou tragédies. C’est une règle aux Etats-Unis : on tire les enseignements de ce qui vient de se produire au lendemain même et on adapte les dispositifs médiatiques. C’est ainsi que durant le premier conflit irakien on vit apparaitre la notion de journalistes «embedded », embarqués, cornaqués et encadrés par les militaires. On s’étonne ainsi qu’au-delà des réactions d’indignation élyséennes ou du CSA , les états-majors en charge n’aient pas pris le mors aux dents et engagé d’ores et déjà des discussions avec les chaines où quelques pieds-nickelés ont joué avec la vie d’un grands nombre. Ainsi et comme on le sait il aura fallu l’intervention de Manuel Valls lui-même pour que les ultimes préparatifs de l’assaut donné contre Amédy Coulibaly, ne soient pas diffusés en direct.
La question du direct est ainsi posée. En 1968, ils furent à un moment interdits par le pouvoir gaulliste, mais pour des raisons politiques cette-fois-ci, quand s’embrasait le Quartier Latin et que l’Etat ne voulait pas que radios et télés publiques s’en fassent l’écho en « live». Aujourd’hui, la question prend une toute autre ampleur. Regardés à l’aune de ce qui vient de se produire en France, toute prise d’otages, tout évènement à venir, sera forcément traité différemment. Mais s’il y a un avant et un après Charlie, la multiplication des sources d’informations, les technologies et le poids des réseaux sociaux, rendent l’exercice difficile. C’est la raison pour laquelle à l’Elysée et à Matignon on insiste sur l’autorégulation des médias. Sur l’esprit de responsabilité des chaines qui au nom de l’intérêt national devront oublier l’esprit de surenchères indignes qui les animent.

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