L'Express en vente et Charlie assassiné

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Par un improbable et tragique, autant que déconcertant, concours de circonstance, l’annonce de la tragédie qui vient de frapper Charlie Hebdo et l’ensemble de la communauté journalistique est intervenue avant-hier, alors même que la rédaction de l’Express, réunie en assemblée générale, débattait du projet de reprise, -très avancé-, du journal par l’industriel des télécoms  et actionnaire influent de Libération, Patrick Drahi.
Par un terrible et déstabilisant télescopage, les journalistes de l’Express, propriété du groupe de presse belge Roularta, débattaient de leur avenir quand à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau  « Charlie » se noyait dans le sang, les larmes et la désolation.
Double peine, dans tous les sens du terme. L’immense émoi suscité en France et dans le monde par cette barbarie, vécue comme une atteinte portée non seulement à la liberté d’expression, mais à la démocratie et aux valeurs républicaines, a mis en lumière une notion que l’on pensait reléguée bien loin sur l’échelle de Richter des préoccupations des français, – qui stipendient régulièrement une classe journalistique régulièrement suspectée de toutes les compromissions-, qui se sont pourtant massivement portés à ses côtés: la sacralité de la presse reste un dogme inviolable.
Les dizaines de milliers de personnes qui se sont spontanément réunies en communion dans un très grand nombre de villes de France l’ont en effet crié : dans une démocratie d’opinion, la fabrication de l’opinion doit être sanctuarisée, protégée, magnifiée, défendue bec et ongle, c’est notre bien commun le plus précieux. Ces communautés d’esprit que sont les rédactions rassemblées autour d’un même crédo et de mêmes valeurs communes, doivent être protégées au nom d’un principe démocratique.
« Nous ne sommes pas une marque, nous sommes un journal» martelaient les journalistes de Libération lors de leur récent rachat à l’été dernier. Le slogan prend aujourd’hui tout son sens avec cette vague d’indignation formidablement revigorante,- malgré la douleur qui étreint cette communauté-,  qui rappelle que l’information n’est pas un « produit » comme les autres, une marchandise manufacturée, un entonnoir amorphe et uniforme dupliqué à l’infini, une activité que l’on met en équation et paramètres au nom de seuls arguments économiques.
Aussi l’honneur de ceux qui s’apprêtent à reprendre les rênes de l’Express serait dans un monde idéal d’écouter ce que nous disent les français depuis deux jours. Que la presse a une fonction politique et citoyenne centrale dans toute société démocratique. Que les journaux appartiennent d’abord aux journalistes. Et qu’une entreprise de presse a des spécificités à nulle autre pareille.  Recherche de l’audience maximale pour le financement publicitaire, réduction et rabotage des coûts, modernisation des process de fabrication de l’information: confrontée à une révolution copernicienne et plongée dans un univers concurrentiel jamais vu cette industrie a certes ses logiques et contraintes économiques. Ce qui ne veut pas dire que les nouveaux modèles de presse qui se dessinent ou qui restent à inventer, et dont Internet est désormais le vecteur, doivent se faire par de la destruction de valeur, au sens économique du terme. Et par la destruction des valeurs qui fondent ce métier. Hegel dit une bêtise quand il affirme que « la lecture des journaux est la prière du matin des philosophes». C’est bien plus que cela et les français le disent. Barbarie, fanatisme odieux : on reste effaré et affecté par les dérives d’une frange d’intégristes musulmans. Mais il aura fallu cette tragédie pour que nos concitoyens fassent ce que les journalistes, – souvent attaqués, critiqués, étrillés-, ne sont pas parvenus à faire depuis des lustres: remettre le journaliste au cœur de l’enjeu démocratique.

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5 Comments
  • cestmonavis je le donne
    janvier 9, 2015

    j ai pas compris.
    lexpress veut racheter Charlie ou Libe?
    pour moi le Canard et Charlie ne peuvent etre rachetes par un concurrent sinon ils perdront leur personnalité.
    il vaut mieux les vendre au public genre aficionados de Barca.. OU les couler.

  • cestmonavis je le donne
    janvier 9, 2015

    hein? Charlie racheté par Lexpress?

  • bojojo
    janvier 10, 2015

    Je souhaite bien du courage aux équipes de l’Express. Vous pouvez demander aux salariés de SFR ce qu’ils pensent des méthodes de P. Drahi…

  • Air One
    janvier 10, 2015

    « Dans une démocratie d’opinion, la fabrication de l’opinion doit être sanctuarisée, protégée, magnifiée, défendue bec et ongle, c’est notre bien commun le plus précieux ».
    « La fabrication de l’opinion » renvoie à un ouvrage de Chomsky, « La Fabrication du consentement ». Je pense que vous n’avez pas mesuré la portée de cette expression qui dit précisément l’inverse de ce que vous vouliez exprimer.

    • Churchill76
      janvier 13, 2015

      @Air One : Outre ses multiples fautes d’orthographe et de grammaire, monsieur Revel est un spécialiste de l’usage intempestif des mots et un grand amateur de contresens… C’est ainsi que, pour lui, les français (sans majuscule !) « stipendient régulièrement une classe journalistique régulièrement suspectée de toutes les compromissions »… Je passe sur la répétition de l’adverbe (fort laid, au demeurant), et je rappelle à monsieur Revel que stipendier, en français, veut dire… acheter, corrompre. Je suppose qu’il voulait dire plutôt « dénoncer ».

      Bref, comme d’habitude, c’est du charabia. Et même ce que mon professeur d’anglais de khâgne appelait du « traduidu ».