Le CSA et la tentation de l'opacité

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Le Conseil supérieur de l’audiovisuel peut-il se permettre d’avancer masqué dans le processus de désignation du prochain PDG de France Télévisions? C’est la question qui est posée ce matin au CSA avec l’initiative prise par son président, Olivier Schrameck de suggérer à son collège d’examiner l’instauration d’une procédure la plus fermée possible, – uniquement sur dossiers et sans auditions, serait l’idéal, contrairement à celle utilisée pour Radio-France où l’identité des candidats auditionnés en conclave avait été dévoilée.
Si Olivier Schrameck penche pour cette solution, c’est pour mieux assurer la confidentialité à celles ou ceux qui hésitent encore à se lancer dans la course : embarrassés à l’idée que leurs noms soit connus et atterrissent dans la presse certaines pointures supposées du Paf peinent à s’enrôler. Ainsi pour exemple de Denis Olivennes, (patron de Lagardère Active), ou de Rodolphe Bellmer, (timonier de Canal+ France, et grand manitou des contenus chez Vivendi), qui tournent en pèlerinage autour de France Télévisions, sans avoir pour l’heure définitivement franchi le pas ou même posé un premier jalon, malgré les œillades appuyés de certains membres du CSA. On pourrait d’ailleurs arguer que France Télévisions mérite quelques risques et que ces personnalités hésitantes prennent à un moment leur responsabilité et assument en toute clarté leur choix, mais il n’en est pas ainsi : un pied dedans, un pied dehors. Un pied dehors a finalement tranché Denis Olivennes qui jette l’éponge ce matin dans les colonnes des Echos.fr
Cette confidentialité de la procédure n’est en tous les cas pas du goût, ni le vœu, de l’Elysée où l’on souhaite la plus grande transparence dans ce dossier ultra-sensible: A trois ans de l’élection présidentielle, cette élection du PDG de France Télévisions prend en effet un tour politique majeur : Pas question pour l’exécutif, comme pour l’UMP d’ailleurs, de laisser les choses se dérouler en catimini, à l’abri des tentures du CSA. Imaginer que cette désignation se déroule en conclave et à huis-clos semble totalement impossible à leurs yeux. La classe politique, -à travers le système des primaires et de leurs médiatisations- n’a-t-elle pas d’ailleurs montré la voie en plaidant pour la plus grande clarté, le PS acceptant même des débats publiques diffusés en son temps sur Public Sénat, sous la houlette de Jean-Pierre Elkabbach?
Autre argument : Cathédrale de l’audiovisuel public, France Télévisions appartient d’abord à ceux qui en sont les dépositaires, c’est à dire les contribuables. Et à ce titre ces derniers ne peuvent être totalement écartés de ce processus de désignation, entend-t-on à gauche comme à droite. Si le CSA a raison de vouloir protéger un tant soit peu les candidats qu’il a scanné, il serait illusoire d’imaginer que cette élection se déroule comme une partie de bonneteau ».

Qu’en pense d’ailleurs les parlementaires les plus en pointe sur ces questions? Député UMP, en charge de l’audiovisuel, Franck Riester estime d’abord « anormal » que ce soit le régulateur de l’audiovisuel qui désigne ceux-là même qu’ils contrôlent. Et de plaider « pour l’instauration d’un système à l’allemande qui voit une autorité admirative indépendante désigner les patrons de l’ARD et de la ZDF ». Quant à la procédure choisie, si c’est au CSA d’en décider « il faut que celle-ci ne soit pas l’objet de manœuvres et permette la nomination des meilleurs à ce poste ». Quant au socialiste et président de la Commission des affaires culturelles à l’Assemblée, Patrick Bloche, il se veut plus incisif : « La question de la procédure ne se poserait pas et la suspicion, si suspicion il y a, n’existerait pas si le CSA motivait et expliquait ses choix. Personne n’a su par exemple pourquoi le collège d’Olivier Schrameck avait installé Mathieu Gallet à la présidence de Radio-France, si ce n’est sur sa bonne mine. On aurait aimé quelques explications à posteriori, plutôt qu’un simple communiqué annonçant cette nomination. Résultat ce jeune quadragénaire désigné à partir d’on ne sait quels arguments semble déjà rencontrer quelques difficultés à la tête de cette entreprise. J’espère qu’il en sera différemment pour France Télévisions qui a besoin à sa tête d’un manager solide. On sait qu’Olivier Schrameck en faiseur de roi aura sans doute à cœur de vouloir créer la surprise. Souhaitons qu’il ne se trompe pas !».

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