Audiovisuel public: les tentations de reprise en mains de la gauche

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C’est l’histoire d’un PDG encalminé qu’une poignée de salariés chassent au son de la Carmagnole: un safari encouragé par un pouvoir politique décidé à accrocher à son carquois la tête de ce garçon au pedigree jugé indigne. Etiqueté de droite, en raison de ses fonctions occupées dans des cabinets peu fréquentables pour la gauche, -Christine Albanel, Frédéric Mitterrand-, Mathieu Gallet fait depuis sa nomination à la tête de Radio France l’objet d’une fatwa qui rappelle les pires pratiques.

 

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C’est l’histoire d’un pouvoir qui se radicalise à mesure qu’il se rapproche d’échéances électorales majeures et que la déconfiture des Cantonales dresse sur ses ergots. 7,21% de grévistes de Radio France suffisent ainsi à ébranler un PDG dont la tête ne tient plus qu’à un fil: celui tenu par un CSA sous hautes pressions que Fleur Pellerin, aiguillonnée par l’Elysée, tente de pousser à démettre un Gallet en perdition.

 
C’est l’histoire enfin d’un Président de la République qui s’était publiquement engagé à tourner la page des pratiques interventionnistes de son prédécesseur, mais dont les manœuvres en coulisses nous ramènent aux pires errements de la gauche : quand celle-ci ourdit des plans destinés à abattre d’un côté un homme à la dérive et de l’autre, à installer à France Télévisions le candidat de son choix. Indécrottable, l’exécutif, – quelle que soit la couleur de sa casaque-, renoue de manière inusable avec des réflexes de type pavlovien : quand le climat politique se tend soudainement l’audiovisuel redevient un enjeu.

 

Or ce qui pouvait déjà difficilement s’entendre avant l’éclosion d’Internet, quand le paysage audiovisuel se résumait à un bouquet de chaines rabougri, devient totalement irrationnel à l’heure où l’audiovisuel public n’est plus qu’une petite planète perdue dans cette immensité médiatique qui voit le web et les chaines tout-infos rythmer notre quotidien. A défaut de pouvoir contrôler Google, les artificiers du pouvoir tentent de contrôler les chaines publiques : comme si dégager de son poste Mathieu Gallet et le faire remplacer par un proche de la majorité en place avait un sens et constituait une réponse à la crise financière que traverse Radio France, une crise dont ses deux prédécesseurs portent l’entière responsabilité.

 

II y a encore deux mois de cela le chef de l’Etat rameutait à Paris la planète, au nom de la défense d’une liberté d’expression mise à mal par une poignée de fanatiques assassins de « Charlie » . Juché sur un tréteau imaginaire, François Hollande était à la fois Jaurès et Beuve-Méry. La profession à laquelle j’appartiens applaudissait alors des deux mains aux discours de celui qui rappelait quelques fondamentaux gravés au fronton de nos entreprises de presse: pluralisme et liberté d’informer. Le chef de l’Etat aurait pu y ajouter, responsabilité et indépendance des dirigeants de chaines. Deux mois ont passé et tout cela a été bel et bien balayé. Manœuvres et combines en tous genres rythment cette séquence médiatique qui voit le CSA soumis à rude épreuve: c’est dans les huis-clos des palais de la République que se dessine en effet le sort de l’audiovisuel public. Comment sortir de ce piège ? Pris en étau entre un pouvoir de plus en plus pressant et une opinion qui ne comprend pas que les antennes de Radio France soient à ce point aphones, le CSA joue bien plus que son image: sa survie. Car sacrifier Mathieu Gallet, qui n’a eu de cesse depuis vendredi dernier de proposer à l’Etat des propositions de sortie de crise, toutes rejetées à ce jour, serait céder aux oukases du gouvernement. Mais le susnommé n’aura-t-il pas d’autre choix que de jeter l’éponge, parce que condamné le dos au mur et abandonnné de toute part ?

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3 Comments
  • samod47
    avril 1, 2015

    Il faut caser tous les « camarades » que les français n’ont pas réélus ! c’est ça le « Président normal ».

  • Sasa
    avril 2, 2015

    On ne peut pas non plus totalement exclure l’hypothèse que Mathieu Gallet n’est pas à la hauteur et qu’il s’intéresse davantage à son destin personnel qu’à celui des organisations qu’il est censé diriger.

  • Jean-Pierre
    août 23, 2015

    C’est vraiment du n’importe quoi je trouve..