Vie privée, vie publique: Sarkozy,Hollande et le "voyeurisme d'état"

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Journaliste et patron de presse passé par M6, Gala ou VSD, Philippe Labi publie chez First Document, « Vie privée vie publique, un voyeurisme d’Etat, Le roman vrai des Présidents » : une plongée dans les coulisses privatives des différents locataires de l’Elysée, – François Hollande et Nicolas Sarkozy au premier chef-, dont il dépeint et décrypte les mœurs. Interview…

 

Quel est le sens de votre ouvrage?

Journaliste, j’ai toujours été subjugué, comme beaucoup de nos concitoyens, par ces fauves qui nous gouvernent et qui ont aspiré à être un jour premier parmi leurs pairs en politique. Or cette monarchie républicaine qui est la nôtre fascine autant qu’elle exaspère. Quelle est la mécanique de ces hommes? Quels sont leurs modes de fonctionnement? En quoi leur vie privée interfère-t-elle ou non dans leurs processus de décision ? Ce sont là toutes les questions auxquelles j’ai tenté de répondre.
Depuis 2005 et ce que l’on a appelé avec Nicolas Sarkozy « L’affaire Cécilia » force est de constater que les questions de vie privée n’ont cessé de saturer l’espace publique. Jamais dirigeant politique dans toute l’histoire de la Cinquième République n’avait jusqu‘à cette date instrumentalisé à ce point son intimité à des fins politiques. Sarkozy est sans doute à ce titre le seul homme politique à avoir assumer une transparence à ce point revendiquée.
L’autre grand transgressif de la « Cinquième », c’est naturellement François Hollande qui dès ses premiers pas aux côtés de Ségolène Royale donnera en pâture aux médias des pans entiers de son intimité à travers des reportages généreusement offerts aux magazines. A la réserve près qu’il y a chez ce dernier un formidable paradoxe: longtemps François Hollande, qui n’a officialisé sa liaison avec Valérie Trierweiler dans les colonnes de Gala qu’en 2010, prônera publiquement son refus absolu de l’exhibitionnisme, alors que tout dans sa démarche et ses comportements va démontrer le contraire. Le dernier épisode en date remonte aux commémorations du 18 juin où on l’a vu assister à une cérémonie en compagnie de Julie Gayet. Résultat : les médias n’ont retenu ce jour-là que la présence de cette dernière, oblitérant la cérémonie elle-même et les propos du chef de l’Etat.
Il rejoindrait là Nicolas Sarkozy…
Tout à fait dans la mesure où avec François Hollande on bascule également dans le voyeurisme assumé. Valérie Trierweiler, Julie Gayet…Celui qui s’offusque en publique que l’on fouille sa vie privée joue en fait de sa relation avec la première et de sa liaison avec la seconde. Jusqu’au spectacle inouï, souvenons-nous, de cette Première dame qui n’en est pas une, saluant les corps constitués sous les ors de l’Elysée au lendemain de l’élection de François Hollande en 2012 ! Avec Hollande nous avons là face à nous quelqu’un qui est passé maitre dans l’art de l’esquive, un homme en permanence sur le fil du rasoir, qui ne veut pas trancher. Qui va jusqu’à rejoindre sa belle, (Julie Gayet), à deux pas de son bureau, rue du Cirque, c’est-à-dire pratiquement sous les fenêtres de l’Elysée ! Je revisite d’ailleurs dans ce livre toute cette séquence qui rappelons-nous provoqua un véritable séisme en France.
Pour revenir à Nicolas Sarkozy et François Hollande, je dirai que ce sont deux jumeaux inversés : Ils sont dans les deux cas toujours dans la démonstration. Et ils auront contribué à désacraliser la fonction présidentielle. Autre similitude gémellaire : Tous deux auront loupé la première marche au lendemain de leur élection, qu’il s’agisse de Nicolas Sarkozy, englué dans sa relation avec son épouse Cécilia, ou de François Hollande, pris au piège de sa liaison avec Valérie Trierweiler.

 

Vous avez rencontré Carla Bruni lors de votre enquête ?
Oui et elle tient des propos plutôt inattendus sur Valérie Trierweiler. Elle dit comprendre la femme. Et accepte l’ouvrage qu’elle a commis, en expliquant qu’il « répond à une humiliation. Elle a été dévastée, aucune femme n’aurait tenu le choc« , dit-elle. Elle confie également regretter avec le recul Pétra et ces photos de son fils juché sur les épaules de Nicolas Sarkozy, publiées dans Match, une erreur dit-elle. Et elle tient par ailleurs des propos extrêmement sévères sur les médias, ce qui n’est pas fait pour nous surprendre.

Il est étonnant d’entendre à la mi-août Valérie Trierweiler refuser d’aborder devant les médias qui l’interrogent les questions politique ou de vie privée, au prétexte qu’elle participe à une opération humanitaire pour le Secours Populaire, alors qu’elle a monétisé sa vie privée à travers un livre devenu un best-seller…

Et qu’elle en prépare sans doute un second…Tout à fait. L’ambivalence de son attitude confine à l’hypocrisie. Au cours de cette opération humanitaire on l’aura vu verrouiller le cadre de ses interventions médiatiques en interdisant aux journalistes toutes questions d’ordre privé ou politique : s’en est presque indécent quand on sait que cette journaliste a exploité plus que de raison pour certains son intimité. Mais c’est aussi l’époque qui veut  sans doute cela.

« Vie privée vie publique, un voyeurisme d’Etat, Le roman vrai des Présidents » Editions First, 14,95 euros.

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