Varoufakis-Montebourg: le couple médiatique de l'été

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MONTEBOURG / VAROUFAKIS

 

 

 

 

 

 

 

La classe politique serait-elle à ce point disqualifiée et terne qu’il faille trouver en Yanis Varoukakis, ancien ministre grecque des Finances et figure de l’europhobie, une personnalité à ce point charismatique pour l’ensemble des médias européens qui en ont fait la vedette de l’été? Ce héraut d’une gauche anti-euro, à l’égo aussi boursouflé qu’une boule de feta, a rejoint, on l’a vu, cet été Arnaud Montebourg à Frangy où ces deux croisés d’une gauche alternative ont donné à la foule de journalistes qui s’était précipitée à leurs pieds le spectacle truculent d’une paire de jumeaux ravis de leurs effets. Dans un même élan toutes les rédactions télés de France et de Navarre avaient dépêché des équipes chargées d’immortaliser cette rencontre, sans attacher la moindre attention au contenu de leurs discours respectifs: une série d’incantations anti-euros, antisystème, mille fois ânonnées sur tous les tréteaux. Au cœur de l’été nous étions donc au spectacle: une pièce de boulevard avec en tête d’affiche deux recalés de la politique dont la médiatisation est inversement proportionnelle à leur audience dans l’opinion. Un petit sondage auprès des français aurait pu donner une idée du fossé qui les séparent de la noria de journalistes parisiens descendue de Paris en escadrille pour rejoindre ces deux vedettes d’un jour.

Même myopie mimétique, mêmes tropismes, mêmes emballements gémellaires engendrés par une concurrence exacerbée, les journalistes politiques ont de cela en commun qu’ils partagent la même gamelle. Dès lors que cette communauté de pensée a désigné la mode du moment, – un homme, une idée, un thème-, elle n’en démord pas. Et le poids de cette doxa est énorme. Il est inouï de se remémorer que 97% des médias, des journalistes et chroniqueurs patentés, se prononcèrent en faveur du « Oui » sur le référendum sur l’Europe en 1995, quand l’opinion votait majoritairement « Non ». Si la pensée journalistique s’est homogénéisée, le pluralisme s’est rétréci. Les journalistes vont à l’encontre de ce que les français pensent. Il suffit que les médias assurent que le dernier disque de Carla Bruni ou la Palme d’or du dernier Festival de Cannes sont de qualité, et ce sont immanquablement des flops. Il suffit que les sites et journaux télé fassent la promo d’Audry Crespo-Mara, la doublure de Claire Chazal au 20 heures de TF1 durant l’été, pour que cette dernière devienne une évidence pour les dirigeants de TF1. Qui est-elle ? Que vaut-elle ? Que pense-t-elle? On s’en moque.
Une mode chasse l’autre. Pourfendeur au langage fleuri et personnage fabriqué par la télé, Jean-Luc Mélenchon eut sa période de gloire, avant que les médias n’ouvrent le yeux et le rejettent, après qu’il eut allégrement piétiné quelques journalistes et bien profité d’un métier qui lui déroula aveuglement le tapis rouge. Autre aberration, plus récente celle-ci, le barnum médiatique organisé autour de la démission du groupe Europe-Ecologie-Les verts de François de Rugy, rejoint quelques jours plus tard dans sa cavale par une autre sommité, Jean-Vincent PLacé: des bisbilles groupusculaires au sein d’un partie politique de la taille d’une cabine téléphonique que les médias ont placé au rang de schisme, après que l’on ait décrété dans les rédactions la mobilisation générale !
Les journalistes qui ont de plus en plus tendance à rester dans leur spécialité et à vivre en vase clos ne sont plus en mesure de sentir les changements et les mutations qui agitent la société française, hors du champs politique classique qu’ils couvrent. Ce qu’a dit François Hollande lors des commémorations du 18 juin au mont Valérien, personne ne s’en souvient et tout le monde s’en fout : ce que les médias ont retenu, c’est la présence de Julie Gayet, source d’interminables exégèses.
Cette gadgétisation de la vie politique, où le règne de la petite phrase et du « buzz » l’emporte sur le tout reste, fait ainsi la joie et le lit de tous les trublions, de tous les « has been », de toutes les comètes. Que reste-t-il du couple Varoukakis-Montebourg depuis ce show d’un jour? Rien ou si peu. Seules quelques images vite oubliées et le souvenir de deux egos dilatés. Un vide sidéral.

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