France 2 et les médias pris au piège Le Pen

par 2commentaires No tags 0

 

303130_marine-le-pen-le-11-avril-2012-lors-du-grand-journal-de-canal

 

 

 

 

 

 

 

 

La place de Marine Le Pen dans les médias et l’accueil qui lui ait réservé depuis maintenant plusieurs années sur tous les tréteaux devait tôt ou tard provoquer une crise. C’est chose faite avec la polémique qui vise le rendez-vous politique de France 2 Des paroles et des actes, une émission  qui voit le PS et les Républicains ruer dans les brancards et en appeler au CSA. Dans une lettre adressée au siège des Républicains, le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis demande à Nicolas Sarkozy qu’ils « saisissent ensemble le CSA pour protester contre la cinquième invitation » sur France 2 de la présidente du Front national. « Porter un coup d’arrêt à la promotion morbide de l’extrême droite »: selon le Premier secrétaire du Parti socialiste, qui évoque l’horizon des élections régionales, la participation à « DPDA » de la leader du FN serait synonyme de « distorsion dans l’équité médiatique ». Embarrassés, les responsables de la chaine, qui ne peuvent plus faire machine arrière, tentent d’éteindre l’incendie depuis hier soir en proposant à quelques hussards du PS et des Républicains, -dont Xavier Bertrand-, d’intervenir dans l’émission: pas sûre qu’ils acceptent de jouer les sparring-partners sur un ring dont la vedette est celle dont le carnet de bal médiatique est plus que rempli. En début de matinée, Xavier Bertrand  a fait savoir qu’il acceptait une intervention à minima: un duplex du Nord-Pas-de-Calais.
La télévision comme la politique ayant horreur du vide, Marine Le Pen le comble. Si quelques grandes figures politiques ou « grandes gueules » du sérail drainaient les foules et faisaient l’audience dans les années 80 et 90, – de Jean-Marie Le Pen à Charles Pasqua en passant par François Mitterrand, Bernard Tapie, Jacques Chirac, Jacques Delors ou Philipe Seguin-, la désertification du paysage politique et la médiocrité de son personnel ont offert un boulevard à celle qui enflamme l’audimat en psalmodiant un populisme qui fait mouche, qui découpe la société française en tranches ethniques et exalte sans relâche la mystique nationaliste. Quels sont les plus coupables? Les médias qui lui déroulent le tapis rouge ou les politiques dont l’incurie et l’incapacité chronique à régler les problèmes d’une France en crise ont fait prospérer un Front National dont les thèses se sont enracinées comme du chiendent dans toutes les couches de la société? Si les journalistes sont coupables c’est moins en offrant régulièrement à Marine Le Pen et ses caporaux plateaux et micros qu’en ne travaillant peu ou pas : on n’a pa vu un seul parmi celles et ceux qui l’interviewent à longueur d’antenne depuis des années disséquer une seule fois au scalpel son programme, passer au crible ses propositions, l’interroger méthodiquement, chirurgicalement, sur ses orientations: qu’il s’agisse de fiscalité, de politique budgétaire, de défense nationale, de culture ou de politique étrangère.

 

 

Une posture et quelques slogans et incantations ne suffisent pas à faire une politique. Or les journalistes gagneraient en force et légitimité s’ils se montraient plus précis et pugnaces : tout simplement à la hauteur de celle qui instrumentalise des médias tenus bride courte. Au lieu de cela, celles et ceux qui l’interrogent lui offrent le plus souvent une tribune : Et le numéro est rodé, la partition bien exécutée. Et l’auteur-compositeur Le Pen très contente de son interprète. A ceux qui l’interrogeaient par le passé sur son programme de gouvernement, Jean-Marie Le Pen avait pour habitude de balayer la question d’un revers de manche en répondant qu’il laissait ces détails à son futur Premier ministre! Ce qui avait pour effet immédiat de clore le débat. Rien ne semble avoir beaucoup changé sur les plateaux de radio et de télé où la présidente du FN multiplie les énormités dès lors qu’il s’agit d’économie, de protection sociale, de politique européenne ou d’un quelconque sujet. Restent les incantations. Atavisme Lepéniste, Marine fait du Jean-Marie. Et les médias opinent.

0
2 Comments
  • Nadia13
    octobre 22, 2015

    Là est toute la question. Pourquoi Marine Le Pen fait l’audimat dès qu’elle se trouve sur une chaîne de télévision ? Les partis politiques opposants devraient se poser la question.
    L’opportunité se présente aux 2 partis Gauche/droite face à la Présidente du Front Nationale dans l’émission
    «Des paroles et des actes » sur France 2, aujourd’hui, Jeudi 22 Octobre 2015

    C’est un bon moyen, il me semble, pour enfin débattre et défendre les idées de chacun. Contrecarrer le parti opposant avec un dialogue intelligent, constructif.
    Les téléspectateurs veulent des vrais débats politiques. Et non des mesquineries qui n’aboutissent à rien. Il y a tellement de sujets importants à débattre dans notre pays.

  • Pascal978
    octobre 22, 2015

    Le FN est surmédiatisé.
    5ème passage de Mme Le Pen dans cette émission. Aucun autre politicien n’y a été autant invité que Mme Le Pen.
    Le CSA avait épinglé LCI (entre autres) pour avoir accordé 55,2% du temps de parole au FN pendant la campagne des dernières départementales (du 9 au 20 février 2015) c’est-à-dire plus que tous les autres partis réunis!
    Mais au fait pourquoi tant de complaisances de la part des grands médias pour un parti qui se voudrait justement anti-système? La réponse dans cette conférence en vidéo :
    http://minilien.fr/a0amym