Hervé Béroud (BFM TV) : « Nous avons longuement gardé confidentielle l’identité du premier kamikaze identifié »

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Hervé Béroud: directeur de l’information de BFM TV

 

Retenue, prudence et distance : on a le sentiment que les médias audiovisuels, et les chaines d’infos en particulier, ont tiré des enseignements des évènements de janvier dernier, avec la « séquence Charlie ». Aucun dérapage n’a été signalé durant les heures qui ont marqué ces attentats parisiens, suivis avec beaucoup de rigueur.

 
Hervé Béroud

 
Je ne partage pas cette analyse dans la mesure où je pense qu’il y a une différence de situation. En janvier, nous étions sur des évènements qui ont duré pendant trois jours, avec une cavale de terroristes et une double prise d’otages : pendant pratiquement une journée à Damartin et toute une après-midi à l’Hyper casher de la porte de Vincennes à Paris, – un scénario à l’époque inédit pour les médias-, alors que l’ensemble des évènements qui viennent de frapper Paris se sont déroulés à peu près à la même heure, c’est-à-dire à 21h30. Et sur un court laps de temps Deux heures et demi plus tard, l’assaut était donné au Bataclan et tout était terminé. Il est donc mal approprié de vouloir établir un lien de comparaison entre ces deux séquences médiatiques. C’était infiniment plus compliqué en janvier que cela l’a été vendredi.

 
Néanmoins, alors qu’on avait vu une noria d’équipes de reportages présentes au plus près des évènements à Damartin ou Porte de Vincennes, dans ce cas précis les journalistes ont été tenus à distance et le Bataclan totalement sanctuarisé : il semble que du côté des autorités en tous les cas on ait tiré quelques enseignements des évènements de janvier 2015.

 
Nous avions également été tenu à distance à Damartin. Le seul endroit où la police et les autorités n’avaient pas pu boucler le quartier suffisamment tôt c’était à l’Hyper kasher, ce qui reste encore aujourd’hui et avec le recul une situation atypique. C’est d‘ailleurs ce qui s’est également produit plus récemment à Reims, où à notre grande surprise les équipes de reportage de BFM TV et d’autres chaines, présentes sur les lieux, ont pu pour ainsi dire emboiter sans problèmes les pas du Raid. Ce sont là des cas d’exception.
La question ne s’est pas posée au Bataclan dans la mesure où dès notre arrivée, un imposant périmètre de sécurité avait été mis en place. Là où nous avions discuté à l’époque porte de Vincennes avec les force de police quant à la diffusion ou non de certaines images, dans ce cas précis la question ne s’est pas posée. Tout a basculé tellement vite…

 
Compte tenu des critiques formulées à l’époque par les autorités et le CSA, qui avaient reproché à certaines chaines de radio et de télévision leur légèreté dans la divulgation de certaines informations, avez-vous demandé à vos équipes de redoubler de prudence dans leurs interventions à l’antenne?
Evidemment, nous avons fait passer des consignes de prudence, nous avons exigé que toute information diffusée soit au préalable soigneusement recoupée, vérifiée, validée. Notamment sur ce qui se déroulait à l’intérieur du Bataclan. C’est ainsi que nous avons longuement gardé confidentielle l’identité du premier kamikaze identifié, car nous savions que la police procédait à des interpellations dans son entourage, jusqu’à ce que le procureur ne divulgue l’identité de l’intéressé. Mais nous l’avions également fait en janvier, où BFM TV n’avait eu en vérité qu’un seul problème, n’avait commis qu’une seule maladresse, avec la chambre froide de l’Hyper casher. Pour autant, cet arbre-là ne doit pas cacher la forêt du travail effectué à l’époque par nos journalistes. Car en janvier, et de la même façon aujourd’hui, nous avions retenu quantités d’informations. Encore une fois, il n’y a pas de différence entre ces deux séquences: les consignes ont été les mêmes et les règles les plus élémentaires ont été respectées.
Nous avions eu par exemple très tôt, l’après-midi du 7 janvier, l’identité des frères Kouachi, des identités que nous n’avions pas données à l’antenne. Ce avant que les autorités nous l’autorisent. Bref, pour me résumer, nous n’avons pas mal travaillé en janvier et très bien bossé cette-fois-ci.

 
On imagine que durant le long drame du Bataclan, vous avez dû recevoir de nombreuses informations ou messages via les portables des otages retenus à l’intérieur de cette salle…

Cela a été le cas en effet. Nombre des personnes présentes à l’intérieur ont utilisé les réseaux sociaux durant ces heures de cauchemar: des éléments souvent effroyables que nous n’avons pas divulgué naturellement. On a seulement commencé à raconter certaines choses une fois l’assaut terminé. Mais certains éléments n’ont pas été révélés.

 
Il y a donc des images que vous avez reçues, de l’intérieur du Bataclan ou des autres sites frappés que vous n’avez pas diffusées.

Oui. Ce sont des plans parfois insoutenables qu’il était impossible de diffuser : principalement des images prises aux terrasses des restaurants mitraillés.

 

Est-ce que les autorités ont été particulièrement pressantes ou exigeantes ?

A aucun moment. Cela avait le cas en janvier, mais cette-fois-ci, étant donné la fulgurance des évènements, tout le monde a œuvré dans l’urgence. Nous avons simplement couvert à l’instant «T» ce que nous vivions, comme les forces d’intervention, en direct. Tout est allé tellement vite qu’à aucun moment nous avons eu à réfléchir sur telle ou telle manière de faire. Entre le moment où nous avons appris ce qui se passait au Bataclan et l’épilogue de ce drame, il s’est passé moins de deux heures. En revanche et c’était la priorité: il fallait rester précis, factuel. Règle numéro un, informer le téléspectateur. Règle numéro 2, ne pas mettre en danger l’enquête : c’est ce que nous avons dit aux quelques 300 personnes mobilisées à BFM TV durant ces évènements. Avec beaucoup de jeunes reporters formidables parmi nos équipes, dont c’était pour certains le baptême du feu : de jeunes reporters heureusement entourés par des gens plus aguerris. C’est un très gros travail d’encadrement. Mais j’ai trouvé des gens extrêmement professionnels.

 
Un mot sur les audiences.

Elles ont été extrêmement importantes. Nous avons fait samedi 9, 8% d’audience, ce qui a fait de BFM TV la 3e chaine de France derrière TF1 et France 2. 25 millions de personnes ont regardé BFM TV ce même jour.

 

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