Traitement médiatique des attentats: vibrant plaidoyer de Hollande en faveur d’une liberté absolue de la presse

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La remise de la Légion d’Honneur et des insignes de Grand Commandeur au conseiller d’Arnaud Lagardère, Ramzy Khiroun et à l’intervieweur d’Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach, sous les ors de l’Elysée, jeudi dernier, a été l’occasion pour François Hollande de désamorcer avec force et solennité ce qui risquait de virer au malentendu, voire à la polémique: la marge de liberté accordée ou non à la presse écrite ou audiovisuelle dans le contexte de l’état d’urgence instauré en France depuis les attentats.
Voilà plusieurs jours en effet que dans certains rangs du gouvernement et de la majorité, comme de l’opposition, certaines voix plaidaient, au nom de la protection de l’intérêt national, pour une restriction de cette liberté et un durcissement des textes. Tandis que les plus radicaux imaginaient même la publication en urgence d’ordonnances encadrant la liberté d’expression, la garrotant même si nécessaire: une tentation vite balayée par le chef de l’Etat qui a profité de cette cérémonie de remise de médailles pour rappeler avec force à quel point il était important en ces périodes de profond désarroi et d’instabilité, de consolider au contraire ce qui constitue l’un des fondements de cette liberté : La restreindre serait affaiblir la démocratie a plaidé en substance le locataire de l’Elysée, qui en appelait jeudi soir dernier, devant un aéropage de patrons du CAC 40 et de personnalités du monde de la culture et des médias, à l’esprit de responsabilité de tout un chacun.

 
Ce débat ne date bien sûr pas d’hier. Quand le 24 août 1789, le droit de censure et de répression cède la place au principe de la liberté d’expression, au même instant s’ouvre un débat qui dure encore: jusqu’où peut aller la liberté de la presse ? Et si elle a des bornes, qui les fixe ? Depuis deux siècles, ce même débat s’est poursuivi, parfois dans la rue ou sur des barricades. Dans le domaine de la répression, le Second empire innova. Un décret de février 1852 instaura un système d’autodiscipline forcée, celui des avertissements administratifs adressés aux journaux. Au terme d’un certain nombre de mises en garde, la sanction tombait, le plus souvent sous la forme d’une suspension ou d’une fermeture. La légitimité même du rôle public de la presse fut alors remise en cause.

 
Pourtant, ce n’est qu’après trois ans de discussion que fut enfin votée par 444 voix contre 4 la loi du 29 juillet 1881. « Elle supprime définitivement le cautionnement mais maintient l’obligation d’une déclaration peu appliquée. Très peu de délits de presse sont retenus : provocation directe aux crimes et aux méfaits ; appel des militaires à la désobéissance ; diffamation des souverains étrangers ; offense au président de la République ; injure ou diffamation de particuliers. Ni les institutions, ni la famille, ni la propriété, ni les cultes, ni la morale ne sont protégés. La diffamation et les injures personnelles ne sont guère sanctionnées », rappelle l’écrivain Robert Kopp. D’où des polémiques d’une violence dont nous avons perdu l’habitude. La France, de ce point de vue, apparaît très en avance sur les autres pays européens.
Liberté de la presse ? À plusieurs reprises des changements de régimes en ont dépendu. En juin 2000, les hémicycles du Palais Bourbon et du Sénat résonnaient encore des débats sur la Loi Guigou, qui introduisait de nouvelles restrictions. Né au temps des presses à bras, ce débat loin de perdre son actualité, est devenu encore plus aigu face au déferlement d’Internet.
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