Des Paroles et des actes à la trappe: l’impossible défi d’une rénovation de la parole politique

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Volonté de marginalisation de David Pujadas ou suppression d’une émission qui aurait fait son temps? Tous les deux mon général ! Créé en 2011 le rendez-vous politique de France 2, Des paroles et des actes, va disparaitre de la grille de la chaine à la rentrée de septembre, pour laisser place à un nouveau projet d’émission politique où «Puj » (ainsi surnommé au sein de la chaine), «aura sa place », comme l’a indiqué Michel Field, le patron de l’info de France Télévisions, au micro d’Europe 1.
Cinq ans, ce n’est pas pourtant si vieux pour un programme qui restait de bonne tenue et où David Pujadas, parfait aux manettes, semblait s’épanouir. A quelques encablures de la présidentielle, Michel Field, qui se dit au passage indigné au nom de ses engagements trotskystes passés que l’on puisse dire qu’il roule pour locataire de l’Elysée, travaille donc sur un nouveau rendez-vous politique supposé renouveler l’exercice.
Nouveau plateau, nouveau décor, nouveau générique et nouveau casting, ( avec Léa Salamé, nouveau parangon du journalisme tout-terrain labélisé France Inter, dans les starting-blocks), l’émission en préparation va forcément dépoussiérer le genre. Illusoire bien sûr. Car il en va des émissions de télévision comme des journaux: ce n’est pas une maquette, aussi ripolinée soit-elle, qui fait un contenu, ni la bande-annonce d’un film qui fait un chef-d’œuvre. Voilà plus de vingt ans que la télévision se cherche un successeur à L’heure de Vérité, dont le dispositif scénique à l’époque, rappelons-nous, était pour le moins minimaliste. Un plateau de la taille d’une cabine téléphonique, un présentateur à l’esprit de sérieux, François Henri de Virieu, qui ne soulevait pas les foules, et une brochette d’éditorialistes fiches à la main questionnant le front barré l’invité du jour avec componction. Tout cela avait certains soirs un côté suranné, comme ces repas de famille qui n’en finissent pas, mais l’ensemble avait de « la gueule» pour une seule et simple raison: le niveau d’un personnel politique incarné par un cheptel de grandes figures. N’est pas Giscard, Pasqua, Mitterrand, Rocard, Balladur, Chirac, Marchais Jean-Marie Le Pen, (même lui), qui veut…. Sol-la-si, ré-mi-fa, do-la. Du 20 mai 1982 au 18 juin 1995, la musique de Paul McCartney a retenti deux cent soixante-dix-sept fois. Accompagnant l’entrée sur le plateau de l’invité de «L’heure de vérité», l’émission politique ¬française à la longévité inégalée. ¬Animateur de ce rendez-vous ¬phare des années Mitterrand, de Virieu n’était pas peu fier de cette trouvaille. C’est d’ailleurs la toute première question qu’il pose à son premier invité, Jacques Delors, dont sa prestation fit date.

Que dire aujourd’hui d’un personnel politique d’une grande pauvreté à laquelle les Français n’adhèrent plus? Comment imaginer une émission supposée rénover le genre et doper l’audience avec un casting où se côtoient des politiques encalminés, tels que Bruno Lemaire, Laurent Wauquiez, Jean-Luc Mélenchon, Jean-Vincent Placé, Emmanuelle Cosse, Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore Jean-Marc Ayrault? Pour qu’un programme fonctionne il faut qu’à défaut de concept il y ait une affiche. Or celle-ci ne fonctionne plus. David Pujadas pourrait en témoigner, qui rame pour trouver chaque mois le bon invité: des politiques que l’on est obligé d’entourer d’intervieweurs patentés chargés de leur piquer les flancs afin de les maintenir la tête hors de l’eau. De manière à ce que le téléspectateur ne pique pas du nez passée la demi-heure. Pujadas ou pas, la cause est entendue. Car il s’agit d’abord d’une rénovation de la classe politique et de ses discours. Ce que la télévision ne peut faire avec tous les artifices du monde.

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2 Comments
  • Leveneur
    mars 14, 2016

    Mettre Mélenchon avec tous les autres est un raccourci Express.
    Ce tribun est bien au-dessus de la mêlée: Ecoutez le dans son hommage à François Delapierre et vous deviendrez peut-être tout comme moi un insoumis.
    François Leveneur.

  • johan25
    mars 21, 2016

    DPDA une émission qui faisait la part belle aux journalistes et intervenants pas à l’invité… Avec trop de séquences, privant d’une vraie analyse…
    ONPC en était devenue la meilleure émission pour interviewer un/une politique.