« Cash investigation »: information ou inquisition?

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Cash_Investigation

 

Pschitt ! Retombé presque comme un soufflet le scandale des Panama papers aura débouché sur la seule démission d’un Premier ministre (finlandais) et la mise en cause de son homologue en Grande-Bretagne, David Cameron, qui s’évertue à faire amende honorable, avec l’objectif de passer à travers les gouttes.  Epinglés, la Société Générale comme le Front Nationale, en France, ne semblent pas être très atteints par des révélations qui, nous disait-on, devait ébranler l’establishment et le monde de la finance. Pour le reste le résultat est pauvre. C’est à se demander ce qu’il y avait vraiment dans les 11,5 millions de fichiers adressés aux quelques 150 organes de presse, dont Le Monde et France 2, en France : des médias dont le travail « d’enquête » a consisté à reprendre des listings gracieusement adressés par d’honorables correspondants panaméens.

 

Les fameux « lanceurs d’alertes», salués le plus sérieusement du monde par François Hollande, auront donc sans le moindre recul et le plus petit réflexe déontologique jeté en pâture quelques noms de personnalités en lieu et place du fisc.  L’époque est à la délation, au petit commerce de qui balancera qui, sans distinction, ni discernement. Une fois à terre la personne est joyeusement piétinée et la profession en retire quelques titres de gloire. Ainsi d’un président de la République en exercice, François Hollande, saluant le travail d’une presse devenue le supplétif d’une classe politique à l’agonie et d’une administration fiscale inadaptée. Citez-moi un journal qui aurait commis un seul papier pour signaler que l’ancien ministre du Budget de Nicolas Sarkozy, Éric Woerth, a été entièrement blanchi par la justice dans les affaires Bettencourt et de l’hippodrome de Compiègne, au terme de quatre années d’une guérilla médiatico-judiciaire emmenée par Médiapart ? Aucun! Pour avoir côtoyé Éric Woerth à cette époque je peux témoigner des ravages déclenchés par cette chasse à l’homme sur son environnement familial.

 

Autre époque, autre cible : c’est ainsi qu’un ancien cadre dirigeant de France Télévisions, débusqué au détour de l’un des listings du « Panama Gate », s’est retrouvé crucifié par le magazine « Cash Investigation » de France 2, sans qu’il ait été ni informé, ni approché. L’intéressé, qui ne masque pas son désarroi et sa colère, est d’autant plus meurtri par cette opération d’«outing» que les raisons qui l’on conduit à disposer d’un compte off-shore s’inscrivent dans un contexte familial douloureux. L’auteur de ce blog n’en écrira pas plus.

 

Pourquoi ce cadre de France 2 inconnu du grand public, comme d’une très grande partie du métier, plutôt qu’une toute autre personnalité de haut rang qui fasse au moins le « buzz »? Faute de grives peut-être…Mais quel plaisir de nous offrir au passage une leçon d’équité et de transparence en ciblant ainsi l’un des cadres de sa propre maison, France Télévisions ! Elise Lucet et «Cash Investigation» auraient-ils jeté le nom de l’intéressé en pâture s’il était encore en fonction?

Se pose alors la question d’une démarche journalistique ramenarde, plus proche de l’inquisition que de l’enquête, de la dénonciation que de l’information. Poujadiste ou populiste, la pratique qui consiste à interpeller micro en mains et caméras aux poings telle ou telle personnalité au détours d’un restaurant ou à la sortie d’une réunion pour lui faire cracher une vérité, qu’elle taira bien évidemment, est tout simplement détestable. Il en va de ce magazine comme des réseaux sociaux : tous livrés aux « chiens d’honneur »

Penchons-nous au passage sur le travail de ces pointures de la profession habituées des tréteaux de télés, – tel celui du Grand Journal de Canal+, qui en est particulièrement friand. Des journalistes forcément émérites dont le boulot principal consiste à recycler le plus souvent des PV d’auditions de juges ou de flics, avant d’aller se pavaner sur les plateaux de télés pour y être interrogés par des confrères extatiques qui ignorent à l’évidence les recettes d’une profession dont le job consiste à faire du troc. Flics, juges et avocats connaissent cette partition: « tu me donnes ça, je t’informes sur ça et j’écris ça ».  A l’origine d’une couverture de l’Express sur « L’affaire Elkabbach » en 1996, qui me valut les honneurs de la profession à l’époque, je peux confesser aujourd’hui que ce scoop ne m’épuisa pas outre-mesure: deux magistrats de la Cour de Comptes et un contrôleur d’état me firent livrer par coursier leurs rapports respectifs, une copie  dont je fis un explosif copié-collé. Merci à eux.

Quelques 30 années passées à l’Express et ailleurs m’ont permis de côtoyer ainsi  certains de ces limiers de haut vol, (rigolade), dont le travail se résumait à éplucher le courrier pour en découvrir la livraison du jour. Il existe d’ailleurs un petit « who’s who » de la magistrature: les juges d’instruction les plus accessibles, les avocats les plus généreux, les meilleures boites aux lettres de Paris…J’ai en mémoire un délicieux confrère disparu du Canard Enchainé qui s’amusait de ces journées, lesquelles consistaient à dépiauter les courriers anonymes du jour : un tombereau de dénonciations à se faire retourner dans leurs tombes plusieurs générations de collabos. Enseveli sous un monceau d’immondices, il faisait ensuite son marché et se mettait à l’écritoire. Véridique. Aujourd’hui Internet a remplacé le courrier et les clés USB font la joie d’une profession à l’affut. Pas sûr que notre démocratie en sorte grandie.

 

 

 

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11 Comments
  • ben
    avril 12, 2016

    Honte à vous collabo de l’évasion fiscale!

  • Ju
    avril 12, 2016

    Ben y dénonce sec, celui qui montre du doigt les méchants collabos de France 2…
    D’une, quelques noms en pâture ? Y z’allaient pas passer l’émission à donner des noms ?
    Pour ce qui est des méthodes ? Quand en face il n’y a pas ou peu de scrupules, je ne vois pas pourquoi ces journalistes se gêneraient.
    Retombé comme un soufflé ? Diantre, laissez le temps au temps ?
    Éric Woerth lynché ? Le Canard Enchaîné s’est fait une joie de mentionner son acquittement !
    Pourquoi balancer le nom du directeur de la publicité de France 2 ? Peut-être pour montrer que tout le monde est touché ? Enfin si vous voulez vraiment savoir, n’avez qu’à demander à vos confrères.
    Pourquoi parler de « salir des noms » si vous n’avez rien de concret à opposer à Lucet et son équipe ?
    Pouvez-vous démontrer que l’offshore, c’est bien ? Ou avez-vous plutôt des affinités avec des « personnalités mentionnées »‘ ou des obligations envers votre patron de presse ? Qui est le collabo, le vendu ?

    • Marvin
      avril 13, 2016

      Ce qui est pratique, avec votre papier, M. Revel, ça n’est pas qu’on peut se t*rch*r avec, l’ayant lu sur internet ça n’est pas possible, même si ça n’est pas l’envie qui m’en a manqué, non, c’est que dès la 3ème ligne on sait que ce sera un hoquet aigre d’un vieil éditocrate défendant les intérêts de sa classe, et pas un éditorial pensé et brillant.*

      Premier ministre finlandais… Sans déc*nn*r, même ma mère qui ne regarde que le JT de TF1 sait que c’est le premier ministre islandais!

      * D’aucuns me soufflent à l’oreille que dès le chapeau de l’article contenant le nom de l’auteur ayant commis cette atrocité j’aurais pu le savoir.

  • Dreyfus
    avril 13, 2016

    Vous mélangez deux choses, le travail à l’ancienne du Canard Enchaîné ou d’autres organes de presse, où en effet, cela consiste souvent à trier dans les « infos » qu’on lui fourni; et le travail d’investigation, long et ingrat, en particulier sur les dossiers d’évasion fiscale, où il ne s’agit pas de citer un simple nom, mais de reprendre tout le fil de l’histoire et de demander à la personne citée dans les « Panama papers » pourquoi son nom apparaît et quel est l’intérêt d’avoir une « panaméenne ». Peut-être que le plus simple, c’est de faire son boulot normalement, prendre son téléphone, appeler les auteurs des sujets ou aller les voir, avant d’écrire des choses approximatives ou fausses; A bon entendeur

    • Valentin
      avril 13, 2016

      Déjà la première phrase est fausse il ne s’agit pas du premier ministre finlandais mais du premier ministre islandais. Bravo !

  • Jeesus
    avril 13, 2016

    J’aimerais savoir:

    Vous avez écris ce billet sous l’effet du cannabis pour pouvoir écrire plus sérieusement sur les effets du cannabis pour un prochain article/billet ?

    Vous avez un réel problème de temporalité et ce billet était censé paraître un 1er Avril ?

    Ou alors vous êtes né avec deux neurones, vous êtes sacrément con et c’est généreux (ou idiot) de la part de l’Express de vous laisser écrire de pareilles absurdités.

  • oliv
    avril 13, 2016

    Impressionnant combien vous êtes peu renseigné sur les conséquences des panamapapers

  • Marvin
    avril 13, 2016

    Ce qui est pratique, avec votre papier, M. Revel, ça n’est pas qu’on peut se t*rch*r avec, l’ayant lu sur internet ça n’est pas possible, même si ça n’est pas l’envie qui m’en a manqué, non, c’est que dès la 3ème ligne on sait que ce sera un hoquet aigre d’un vieil éditocrate défendant les intérêts de sa classe, et pas un éditorial pensé et brillant.*

    Premier ministre finlandais… Sans déc*nn*r, même ma mère qui ne regarde que le JT de TF1 sait que c’est le premier ministre islandais qui a démissioné !

    * D’aucuns me soufflent à l’oreille que dès le chapeau de l’article contenant le nom de l’auteur ayant commis cette atrocité j’aurais pu le savoir.

  • Jn vir
    avril 13, 2016

    C est qui ce Renaud revel pour sortir autant de connerie… Qu il reste au chaud chez Drahi. Jamais je ne paierai un abonnement à un support où ce type travaille… Je préfère mes abonnements au Monde et à Mediapart

  • Lulz
    avril 14, 2016

    Les trolls venus du Twitter de Samuel Laurent peuvent pleurer, cet article est correct quant au fond.

  • NIKI35
    avril 16, 2016

    Oui, je suis d’accord avec Renaud Revel : populisme et/ou poujadisme c’est bien le ou les qualificatifs que l’on peut attribuer à ce genre d’émission.
    La façon dont Elise Lucet et ses collaborateurs travaillent est détestable, ce n’est pas du journalisme d’investigation (rendons ici hommage à Médiapart), tendre vulgairement et avec assiduité son micro en poursuivant des personnalités : ce n’est pas de l’investigation c’est du harcellement.