Chirac, Pinault et les seins du Nikki Beach: piège mammaire pour Jean-Louis Debré et son livre

par 5commentaires No tags 0

ob_dab6e7_capture

Figure truculente de la chiraquie, ancien président du Conseil Constitutionnel et personnalité incontestablement atypique du paysage politique, Jean-Louis Debré réussit ces jours-ci l’exploit de la promotion la plus calamiteuse que l’on ait vu depuis longtemps pour la sortie d’un livre. En l’occurrence celui qu’il vient de commettre et de publier aux éditions Robert Laffon –Ce que je ne pouvais pas dire: un essai (vitrifié) que les médias ont très paresseusement résumé à une seule et même anecdote mammaire entendu sur toutes les antennes. C’est ainsi qu’invité sur tous les plateaux de télé et de radio depuis huit jours, Jean-Louis Debré se voit systématiquement prier, comme dans une fin de banquet arrosé, de raconter docilement à la brochette de journalistes et d’animateurs qui l’accueillent sur leur plateau (de Yann Barthes sur Canal+ à Laurent Ruquier sur France 2 en passant par toutes les matinales et autres « talks » radiophoniques) une seule et même affligeante anecdote.

Pour ceux qui seraient coupés du monde ou atteints d’Alzheimer je vous l’inflige: Un été, Chirac fait venir Debré à Saint-Tropez, (chez son ami le milliardaire Pinault, où l’ancien chef de l’Etat a son rond de serviette). « Je connais un super restaurant », dit Chirac : le Nikki Beach. Ils décident d’y aller déjeuner entre hommes. Sauf qu’au moment de prendre leur voiture Chirac lance déconfit à Pinault: « nous ne serons plus seuls ». Bernadette s’est greffée. Arrivé au restaurant, Debré comprend l’embarras de son ami: les serveuses sont toutes, seins nus. Et Debré d’en rajouter, « l’une d’entre elles », raconte-t-il au présentateur du Petit Journal: « une serveuse nue avec des seins comme ça ! » Sur le plateau de Ruquier, même descriptif : « une femme superbe, avec des seins superbes » qui sollicite une photo avec Chirac. Alors Bernadette, comminatoire, lance à Debré : « mettez-vous entre cette femme et le président ! »« Et moi », raconte mécaniquement Debré qui semble n’en plus pouvoir de cette anecdote mille fois ânonnée, « j’ai d’un côté le sein de la femme, et de l’autre côté le regard de Chirac ».

Eclats de rire du public, esclaffements des journalistes et rictus contraint de l’auteur qui en rajoute dans l’expression: le numéro de mime ou sketch de l’ancien ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, qui traine cette pauvre histoire comme un boulet rivé à sa cheville, aura fait le tour du Paf. Verni, notre Jean-Louis Debré l’est d’autant moins que la sortie de son livre coïncide avec un incident qui l’a récemment opposé à un fonctionnaire de police dans les rues de Paris, alors qu’il était au volant de sa voiture. Si bien qu’à chaque fois que Debré pose un pied dans un studio, le voilà obligé, de s’expliquer longuement sur un épisode qui n’a journalistiquement strictement aucun intérêt, avant que l’on en vienne inévitablement aux « seins » de Chirac. Et revoilà Debré plongé à nouveau dans cette histoire de mamelons. Il est assez triste de voir ainsi raccourcie, rabotée, essorée, la carrière d’un homme quel qu’il soit, politique ou non. Tout comme il est affligeant de ne considérer un ouvrage qu’à l’aune de quelques lignes piochées dans l’un de ses recoins, avant d’être aussitôt mises en exergue. Au nom du « buzz».

0
5 Comments
  • Thomas Lange
    avril 28, 2016

    Monsieur,
    Votre billet était encourageant, mais quel dommage que vous vous soyez arrêté en chemin.
    Votre annonce sur l’obligation de raconter « une seule et même affligeante anecdote » était prometteuse, laissant penser que vous alliez vous élever au-delà de cette seule anecdote (tout en l’ayant rappelée dans un objectif d’exhaustivité), pour évoquer d’autres aspects de cet ouvrage, ou proposer une critique de la méthode de promotion.
    Mais votre billet, malheureusement, se borne à raconter la même affligeante anecdote, dans un style au demeurant proche de celui de certains de vos confrères (mais ceci est un autre débat).
    Ma suggestion : poursuivez votre billet, enrichissez le ! Cela partait si bien.

  • potemkine
    avril 28, 2016

    Je préfère l’original de Schneidermann

  • nono
    avril 28, 2016

    Plagiat de l’article de la chronique du 26/04/2016 par Daniel Schneidermann
    DEBRÉ : UN GRAIN DE SABLE DANS LA PROMO

    http://www.arretsurimages.net/chroniques/2016-04-26/Debre-un-grain-de-sable-dans-la-promo-id8697

  • Claire
    avril 28, 2016

    Quand L’Express plagie Arrêt sur images…

  • buy soundcloud plays likes and comments
    mai 2, 2016

    Most of the things you mention happens to be supprisingly accurate and it makes me ponder the reason why I had not looked at this with this light before. Your piece really did turn the light on for me personally as far as this issue goes. But there is one position I am not necessarily too comfortable with and while I attempt to reconcile that with the actual core idea of your issue, allow me observe exactly what all the rest of the readers have to point out.Nicely done.