Les raisons du fiasco de François Hollande hier soir sur France 2

par 2commentaires No tags 0

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Avec 3,474 000 téléspectateurs et 14,3% de part de marché, François Hollande a enregistré un score calamiteux hier soir sur France 2. Loin derrière ceux de février dernier sur TF1 et France 2, époque à laquelle le chef de l’Etat avait réuni 5,5 millions de personnes, soit 21,7% de part d’audience, sur la première et 4,5 millions de personnes et 17,8% de part d’audience, sur la seconde. L’échec du chef de l’Etat tient à plusieurs raisons :personnelle, politique et médiatique.

 

 

Un Président rejeté

 

C’est bien évidemment la première raison de cet échec : encalminé dans des sondages, qui n’ont jamais atteint un tel niveau sous la Cinquième République, le chef de l’Etat ne pouvait pas espérer obtenir de Médiamétrie ce qu’il n’obtient pas de la Sofres ou d’Ipsos. C’eut été un miracle que François Hollande inverse sur France 2 une courbe de popularité qui semble piquer inexorablement du nez. C’eut été aberrent d’espérer qu’il y aurait d’un côté des téléspectateurs et de l’autre l’opinion, comme si ces deux populations ne formaient pas une seule et même entité. Ce que François Hollande récolte dans les sondages s’est donc très logiquement traduit en parts de marché. S’ajoute à cela et c’est le plus inquiétant pour celles et ceux qui à l’Elysée tentent d’analyser cette soirée depuis ce matin à la lueur de ces résultats : l’absence évidente de curiosité qui a précédé cette émission. Etale, la courbe d’audience de France 2 a la physionomie d’un encéphalogramme plat. A aucun moment les Français ont manifesté tout au long de cette soirée un quelconque intérêt pour un rendez-vous qu’ils ont somptueusement ignoré. Et ceux qui sont restés devant leurs postes de télé jusqu’au bout composent le noyau dur d’une frange de la population française encore concernée par le débat politique. Le dernier carré.

 

Un Président usé

 

Une cravate mal ajustée qui jure à l’antenne, – pas un parmi la noria de petites mains qui entourent le chef de l’Etat n’a vu ce point de détail qui n’en est pas un -, un costume d’une sobriété mortuaire rehaussant un teint crayeux, que surlignait un éclairage en plateau d’interrogatoire de commissariat. Et un rythme poussif qui laissait entrevoir un homme croulant sous le poids du fardeau. François Hollande, que l’on a connu dans de meilleurs jours, n’a pas semblé au mieux de sa forme. Comme si le découragement qui semble perler au sein de son propre camp avait fini par l’atteindre. Show devant ! Quand en février 2011 Nicolas Sarkozy, alors au creux de la vague et des sondages, se livre au même exercice, c’est un autre homme que les français regardent à la télévision: un bateleur le mors aux dents qui défend âprement sa politique. Plutôt bonnes, les audiences s’en ressentiront d’ailleurs avec un Sarkozy toujours bon dans ce registre.

 

Un Président piégé

 

Ce devait être « le » rendez-vous du sursaut, l’émission qui devait renouveler l’exercice et permettre au chef de l’Etat d’échapper au sempiternel face-à-face avec cet éternel même panel de journalistes têtes de gondole, les Duhamel, Giesbert, Pujadas (sur un strapontin, hier soir) et autres Gilles Bouleau. On les a bien regrettés. Passons sur le plateau années 70 d’un kitch douteux : Dim Dam Dom version politique. Danièle Gilbert aurait fait une apparition au cœur de l’émission que l’on n’aurait pas été plus surpris que cela ou dépaysés. Une horreur, mais un point de détail…

Venons-en à la relève : Léa Salamé et Karim Rissouli. La première, qui avait bachoté ses fiches et compulsé une mine d’études, manque à l’évidence d’expérience pour un exercice de ce type. Quant à la recrue de Canal +, Karim Rissouli, dont on appréciait les papiers sur le plateau du Grand Journal, relégué à un rôle qui consistait à répercuter les sons de cloche de la Vox populi et des réseaux sociaux, ce fut également un peu court. Pris en sandwich entre ces deux serre-livres, David Pujadas peina à exister, mais il reste le meilleur.

 

Même constat avec le fameux panel de français «casté » pour l’occasion. Quatre français dûment choisis et chargés d’un catalogue de questions que se posent nos concitoyens: un quartet que l’on n’accablera pas parce que ce n’est tout simplement pas son métier que d’interroger un Président de la République.

 

Mais quel ennui ! Que de portes ouvertes enfoncées ! Que de slogans, de clichés, de phrases toutes faites et attendues! Il serait temps que l’on en finisse avec cette démagogie populiste qui consiste à donner la parole à des « échantillons » quand la France regorge d’intellectuels, de chercheurs, de politologues et de sommités ignorés que l’on ne fait pas l’effort d’aller dénicher et de promouvoir. Redonner du sens à la politique et à sa fonction : C’est ce que François Hollande a pu se dire hier soir en quittant le plateau de France2, alors qu’un aéropage de courtisans l’enrubannaient d’éloges.

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2 Comments
  • Un vieux con de 68
    avril 16, 2016

    C’était  » a bout de souffle »

    • jean-salomon-3
      avril 17, 2016

      @un-vieux-con-de-68 : ou « ascenseur pour l’échaffaud ».