L’Obs en crise : Jean Daniel écrit aux journalistes

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La motion de défiance votée à une écrasante majorité par les journalistes de L’Obs à l’encontre de leur directeur Matthieu Croissandeau a fait sortir  de sa réserve (et de ses gonds) la figure tutélaire du magazine. Dans un texte adressé à l’ensemble de la rédaction de l’hebdomadaire propriété du trio Bergé-Pigasse-Niel, Jean, Daniel s’élève contre ce vote et prends la défense de celui qui vient d’écarter ses deux adjoints Aude Lancelin et Pascal Riché  avec le feu vert de ses actionnaires. Ci-dessous le texte de Jean Daniel.  

 

Mes cher amis

C’’est la première fois, je l’ai regretté souvent, que je m’adresse à vous.

Nous sommes purement et simplement en danger.

Il ne s’agit plus de nos différends internes mais simplement de la vie même de notre hebdomadaire.

Nous affrontons non seulement le discrédit car, comme on peut le lire, nos confrères ne sont pas charitables.

Mais aussi parce qu’il s’agit de maintenir ce titre important de la presse nationale pour lequel j’ai lutté toute ma vie.

Sommes-nous exemplaires ?

Personne ne l’est pour personne ; j’ai moi-même été par trois fois – oui trois fois -tenté de démissionner.

J’y ai renoncé en pensant  au combat que nous devons tous mener pour conserver un équilibre et une dignité  qui sont restés  et restent encore exemplaires.

Aujourd’hui, je me dois de vous rappeler que du fait des avis  du Conseil de Surveillance, et en dépit de la légalité que vous avez respectée en vous prononçant majoritairement contre le directeur, oui je veux vous rappeler  qu’il faut donner sa chance à Matthieu Croissandeau qui avec son équipe, c’est à dire avec vous et avec nous, vient de publier l’un de nos meilleurs numéros. Je ne vous demande pas de relâcher votre vigilance, mais de l’épauler attentivement. Ce conseil est valable pour tout le monde. Ce n’est pas, en effet, parce que je proteste  avec vous et comme vous contre l’humiliation qu’elle a subit que je peux oublier que mon amie Aude Lancelin ne s’est pas toujours souciée de la façon dont j’avais fondé ce journal. En tout cas il ne suffit plus que vous la souteniez pour trouver une issue à notre situation.

Le temps m’a été souvent favorable dans ma très longue vie et j’ai déjà subit le déchirement ou le partage.

Bonne chance

 

En toile de fond de cette lettre, c’est la ligne éditoriale de l’hebdomadaire qui fait débat jusqu’au sommet du Groupe Le Monde où l’on conteste une dérive qualifiée par l’un de ses administrateurs de « mélanchoniste », un titre dont les ventes se sont affaissées en 2016. Si la position de Martthieu Croissandeau est aujourd’hui fragilisée, le journaliste n’en conserve pas moins la confiance de son Conseil de surveillance. Surveillance est le bon mot : Croissandeau aurait six mois devant lui pour redresser la barre et pacifier une rédaction vent debout.    

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1 Comment
  • Edouard
    mai 16, 2016

    Très belle lettre de Jean Daniel