Installé à l’antenne en 1985 et maintenu par Bolloré, le porno peut-il sauver Canal+?

 

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L’histoire remonte à février 1985. Canal+ a treize mois et sa courbe d’abonnement est au plus bas. L’état de santé de cette chaîne naissante est tel que Laurent Fabius, alors Premier ministre, informe son PDG, André Rousselet, qu’il est temps d’arrêter cette aventure, au nom de ses résultats en berne. Mais l’ancien directeur de François Mitterrand, dont il deviendra des années plus tard l’exécuteur testamentaire, n’accepte pas la sentence de celui qu’il va combattre jusqu’à l’Elysée : un homme auquel il ne pardonnera jamais ce lâchage. François Mitterrand, qui est à deux doigts de suivre la préconisation de son Premier ministre, va pourtant accorder un  répit ( et finalement un coup de pouce financier) à celui qui le supplie de croire encore à la viabilité d’un projet pourtant encalminé.

Et c’est à cette époque qu’André Rousselet, Pierre Lescure et Alain de Greef (alors patron des programmes) sortent de leur hotte deux arguments qui auront pour effet d’extirper Canal+ de l’ornière: la programmation de films « X » après minuit, d’abord et la diffusion de matchs de football, ensuite, au terme du premier accord jamais signé avec le monde du foot.

Le porno fait ainsi son entrée sur Canal+. Et avec lui, c’est toute cette chaîne qui voit son avenir et son image transformés. Car si l’audience de ces films « X » n’est pas aussi importante qu’on a pu l’écrire, leurs présences sur Canal+ suffit à populariser une chaîne qui s’offre là une formidable campagne de promotion. La courbe des abonnements de cette chaîne cryptée connait alors un redressement certain, dont un consommateur de viagra s’enorgueillirait…

Trente-un ans plus tard, Vincent Bolloré, décide de maintenir la programmation du porno. L’annonce en a été faite de manière détournée avec la diffusion sur Canal+ d’une série de petits spots assez réussis. Signés de l’agence BETC ces films sont là pour rappeler que le porno fait partie de l’ADN de cette chaîne. Le clin d’œil est d’autant plus décalé et insolite que tous les programmes qui symbolisent Canal+, à commencer par le Guignols de l’info ou le Petit Journal, ont été rabotés, voire supprimés. Que le porno demeure une exception à la règle dénote chez Vincent Bolloré et son staff une vision rafraîchissante, et disons-le un peu « vintage », de l’Entertainment. Car à l’heure où le « X » se consomme quasi exclusivement sur Internet et sur Smartphones, maintenir de tels films sur une chaîne classique c’est comme programmer du cinéma d’auteur après minuit sur le service public. Le tout pour une niche de téléspectateurs assez réduite: les uns sont de fans de Jean-Luc Godard ou de Louis Malle, les autres sont atteints de priapisme.

Saluons donc cette exotique initiative qui réjouira toute une industrie, ainsi que les quelques aficionados dont la batterie du Smartphone a rendu l’âme après minuit. Et faisons une proposition, de nature à doper l’audience et les abonnements de Canal+ en berne: à l’image des «Coco Girls » dénudées de Stéphane Collaro à l’heure du JT de 20 heures, sur TF1, au début des années 80, qui firent un tabac, imposons à Maïtena Biraben et ses consœurs de Canal+ un effeuillage en plateau à l’heure du repas. Audience garantie.

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