Juppé sur TF1: les raisons de l’échec d’une émission d’un ennui abyssal

 

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Annoncé à grands renforts de cymbales et de superlatifs, le nouveau rendez-vous politique de TF1, avec Alain Juppé pour premier invité, n’a rassemblé qu’1.769.000 téléspectateurs, soit 10.4% du public. Battue par TF1, France 3 et M6, cette émission s’est pris une belle gamelle: pour tout dire, c’est un flop. Si le désintérêt croissant des français pour la politique et son personnel sont sans doute pour quelque chose dans ce résultat médiocre, si également l’austérité amidonnée d’un Juppé caporaliste, aussi enjoué qu’une marche funèbre, n’est pas fait pour enflammer l’audimat, l’émission, elle-même, dans son déroulé et sa conception, fut calamiteuse. TF1 l’avait imprudemment clamé sur tous les toits: Vie politique avait pour ambition de renouveler le genre, de dépoussiérer l’exercice, de le décaper de toutes les scories observées ailleurs. Le résultat fut convenu, Juppé fit son Juppé et l’ennui fut littéralement abyssal.

Du Juppé «méconnu» et revisité sous un nouveau jour, on n’eut en effet qu’un bien pâle et minimaliste échantillon: ripoliné à souhait, le portrait du maire de Bordeaux avait plus de l’article sur papier glacé que de l’enquête à proprement dite. Alain Juppé n’eut d’ailleurs pas à s’en plaindre, qui répondit aux questions de Gilles Bouleau et de Christophe Jakubyszyn avec une évidente sérénité, doublée d’une dilatation d’un ego boursouflé : n’ayant pas eu à essuyer la moindre fléchette durant toute le programme, l’homme passa une bonne soirée.

Et c’est là que l’émission a terriblement pêchée. Pas une saillie, pas de muscles, pas une pointe, pas un mot sur les déchirements de la droite, sur Nicolas Sarkozy, sur la poudrière des Républicains, sur les affaires qui empestent les prochaines primaires de novembre, sur les secousses telluriques qui agitent une opposition au bord de l’implosion, sur le souvenir calamiteux que laissa Alain Juppé, à Matignon et on en oublie…Encéphalogramme plat. Ce fut une jolie promenade de santé, d’un ennui de maison de retraite, pour cet ancien Premier ministre pétri de certitudes, la jugulaire tendu, droit dans ses bottes. Pas un mot également dans sa bouche sur François Hollande, sur l’homme et sa politique. Pas une annonce, aussi: comme si celui qui postule à la plus haute marche se contentait de cette petite musique de fond, nullement inquiété sur ce beau plateau où il put dérouler à loisir un propos ronéotypé. Juppé sur TF1 ? Un Robocop médiatique sans charme, ni aspérités, à qui une grande chaîne de télévision offrait quarante-cinq minutes d’un spot de pub sans fin, que notre VRP utilisa à sa guise.

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1 Comment
  • henric
    juin 13, 2016

    Excellent article trop de certitude d un vieil homme usé