« La rue des allocs? C’est M6 chez les Tuche

 

 

Le commerce de la misère ne paie pas. « La rue des allocs », ce « docu-réalité » de M6 sur la pauvreté dans un quartier d’Amiens n’a réuni qu’ 1 779 000 personnes, soit 9.5% de parts de marché. Il ne fallait pas  s’attendre à plus compte tenu de la tonalité un brin racoleuse de ce document: une plongée au cœur d’un monde à la dérive que les caméras de « Troisième œil », la société de production à l’origine du sujet, ont restitué comme s’il s’agissait d’une virée chez les Tuche, la saga d’Olivier Baroux.

Rendez-vous en terre inconnue: derrière l’œilleton, des téléspectateurs-voyeurs invités à pénétrer dans l’intimité anxiogène d’oubliés de la société. Il y avait sans doute bien mieux à faire pour dépeindre les difficultés et la désolation de plusieurs millions de français, que cet empilement de séquences soigneusement choisies, qui campent des hommes et des femmes au bord de la rupture. Et dont la détresse devient alors un objet télévisuel.   Adaptée de « Benefits Street », une émission anglaise, « La rue des allocs » était en soi une bonne idée si le travail avait fait plus au poinçon qu’au marteau-pilon. Si l’écriture en avait été un peu plus ciselée. Si les personnages et les scènes choisis avaient gagné en sobriété. C’est oublier que la misère n’exclue pas la complexité, l’intelligence et la douceur. Que vivre dans les bas-côtés de la société ne se résume pas aux quelques instantanés presque caricaturaux, vus hier soir, d’hommes et de femmes dont on ne retient que les éclats, les larmes et les braillements. « La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement et c’est pourtant la plus grande de nos misères » a écrit Shakespeare. Mais n’y a-t-il pas plus grave encore que de considérer la misère comme un sujet de divertissement ?

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1 Comment
  • Elise Richard
    août 18, 2016

    Malheureusement (?) les audiences sont très stables entre les deux épisodes de la soirée, permettant à la chaîne une PDA supérieure à 10% en fin de soirée. Il reste, semble-t-il, deux épisodes (non programmés encore) qui bénéficieront par ailleurs du bruit médiatique généré par cette première soirée (en Angleterre les audiences ont ainsi progressé au fil des épisodes). Je ne suis pas certaine que cela paye si mal pour M6.