Des médias en génuflexions atteints de « macronite »

 

MMM

 

L’image ( humiliante) a fait le tour des « JT » : Présent ce weekend-end dans les allées de la foire de Châlons-en-Champagne, Emmanuel Macron était filmé assailli par une meute de journalistes en génuflexions. Quand à quelques pas de lui, attablé en compagnie de quelques fidèles, François Fillon, la mine en papier mâchée, faisait un candidat à l’investiture chez les Républicains bien esseulé.

Quelques jours plus tôt, les mêmes processionnaires, venues des rédactions de France et de Navarre, se bousculaient à Bercy où la passation de maroquin entre le locataire des lieux et son successeur, Michel Sapin, tenait d’un lendemain d’élection présidentielle. La folie Macron s’est ainsi emparée d’un métier en lévitation qui a tout simplement et tragiquement perdu pied. Pris de vertige, les médias célèbrent sans aucune retenue ce jeune premier de la politique, (sans parti, ni programme, ni parcours), mais dont la bonne mine suffit à enflammer les éditorialistes qui le placent entre l’italien Matteo Renzi, le grec Alexis Tsipras et le canadien Justin Trudeau.

La presse people qui s’en est emparé célèbre ce couple si atypique, dont on salue la connivence et la décontraction avec gourmandise en promenant l’encensoir: Saint Macron sur le parcours duquel les micros se font goupillons.  « Les enjeux de pouvoir sont de ceux qui vous font perdre des amis et gagner des courtisans » écrit l’ancien directeur du Monde, Eric Fottorino : Si Emmanuel Macron a perdu bon nombre de ceux qui lui accordaient leur amitié au sein du gouvernement Valls, ainsi qu’à l’Elysée, où François Hollande l’a saumâtre, il a assurément gagné une légion de courtisans dans le monde de la presse où l’on se multiplie en hagiographies et superlatifs.

 

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Ce spectacle pour le moins stupéfiant laisse d’autant plus songeur que les quelques précédents qui nous viennent en tête devraient inciter la presse à un peu plus de prudence, à défaut de pudeur. On  se souvient de la noria aplatie aux pieds de Nicolas Sarkozy, en 2007. On a encore en mémoire le ralliement de la plupart des grands médias au drapeau d’Edouard Balladur en 1994, avant que les mêmes thuriféraires ne tournent casaques en 1995, avec la victoire de Jacques Chirac. Souvenons-nous de Christian Blanc, cette comète (devenu un temps PDG d’Air France) dont la presse s’enticha au point d’y voir un Président de la République en puissance : ce que fit l’Express qui lui déroula le tapis rouge, avant que le soufflet ne retombe et que notre Winston Churchill d’un jour ne regagne les ténèbres. Ou encore d’Edith Cresson que la presse célébra dix jours avant de la massacrer.

Cette « macronite » aigüe a ainsi quelque chose d’irréel. L’engouement que l’homme suscite dans les médias est aussi irrationnel que démesuré. L’homme qui l’a compris est à lui seul un spot de pub. Construction médiatique, produit cosmétique, Emmanuel Macron, dont la pensée est un mystère et les discours d’un conformisme bateau, surfe ainsi sans effort sur une vague porteuse. Qu’en restera-t-il une fois l’espace médiatique saturé et l’effet de curiosité passé? Gare au ressac et aux récifs.

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