Homo Hollandus

davet_lhomme-2013_par-julien-falsimagne

 

Peut-on reprocher aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme  ( photo)d’avoir transgressé la règle de confidentialité qui prévaut dans notre métier et d’avoir jeté sur le papier les confidences d’un Président de la République hors contrôle ? Ou faut-il blâmer l’irresponsabilité d’un dirigeant qui aura très consciemment et très délibérément œuvré à son autodestruction, tout du moins sur le plan de son image, en livrant la plus inédite des confessions? On savait François Hollande dans l’oralité, mais jamais responsable politique n’aura été aussi loin dans la confidence et la mise à nue, jusqu’à renvoyer le Verbatim d’un Jacques Attali à un pâle succédané.

Conscient ou cocu ? Chacun le sait dans la profession et de longue date: raboter le bois qui charge la langue n’a jamais été l’apanage d’un François Hollande particulièrement disert. On pensait tout de même que, garant de l’institution qu’il symbolise, le Président tiendrait son rang. Et que l’homme privé s’accorderait la garde de ses secrets. Mais l’on découvre stupéfait et à l’inverse que le locataire de l’Elysée, dont  deux journalistes du Monde ont poussé les grilles durant des années comme celles d’un banal square d’arrondissement, ne s’est imposé que peu de barrières au fil de ces nombreux entretiens, allant jusque dans les recoins de son intimité: jusqu’à abimer celle dont il partagea l’intimité, Valérie Trierweiler. François Hollande donne le sentiment de découvrir chaque jour surpris le fauteuil qui lui a  été offert en 2012. Il a cru que l’on pouvait être un Président « normal », à la scandinave, dont la porte est toujours ouverte et le propos libre, disait hier soir le journaliste de l’Obs, Serge Raffy, sur le plateau du Petit journal de Cyril Eldin. «Un président ne devrait pas dire ça », le titre du livre est bien choisi qui dépeint un homme capable de tous les revirements et atermoiements, de toutes les contradictions et indécisions : l’image insolite, inédite à ce poste, d’un dirigeant doté d’une capacité rare à ne pas s’engager. Et à s’épancher. Un cas d’espèce sous la Cinquième République.

Se pose plus fondamentalement la question de cette relation ambivalente entre ces deux journalistes du Monde et le locataire de l’Elysée. Peut-on sérieusement imaginer que le très roué François Hollande a accepté cette relation au long cours (56 rendez-vous à l’Elysée depuis 2012) sans une arrière-pensée? Le chef de l’état aurait voulu tenir bride serrée ces deux snipers, plutôt que de les voir enquêter sur lui, seuls dans la nature, qu’il ne s’en serait pas pris autrement. Quitte à leur lâcher quelques perles, sans vraies conséquences pour la suite, compte tenu d’une impopularité dont il semble se contrefiche. C’est l’une des incongruités de ce quinquennat qui campe un Président de la République déployant  depuis son installation à l’Elysée un activisme chronophage à fréquenter le toutim médiatique. Ce dont il fit le reproche à son prédécesseur, Nicolas Sarkozy: comparé à  François Hollande, le président des Républicains fait avec le recul un bien piètre amateur.

0

Comments are closed.