Jean-Jacques Bourdin, Robocop médiatique et bourreau préféré des français

 

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Interrogés dans le cadre d’un sondage réalisé par le magazine TéléCableSAt, les Français placent Jean-Jacques Bourdin en  tête des journalistes les  « plus impertinents » de la profession. Rien de très surprenant à cela, si l’on s’en réfère au mode de questionnement inquisitoire de celui qui a placé le prix du ticket de métro et de la baguette de pain au cœur du débat politique : et ça, les français aiment ! Le sacre de l’anchorman de RMC et de BFMTV n’est pas à proprement dit une surprise. Il confirme plusieurs choses. A commencer par l’image désastreuse qu’ont les journalistes – notamment politique- de ce pays auprès de nos concitoyens, lesquels leur reprochent de longue date des liens de connivence ou de consanguinité avec une classe politique dont ils seraient les affidés ou les supplétifs. Vieille rengaine. Jean-Jacques Bourdin échapperait donc à la règle, qui à force de tisonner ses invités, s’est forgé la réputation d’un intervieweur inoxydable, à qui on ne la fait pas. Pour autant, réduire le débat politique à des quizz dignes d’un jeu télévisé est ce qu’il y a de plus discutable: on attend toujours l’homme politique qui aura « l’impertinence » de demander à Jean-Jacques Bourdin quelle est la fréquence de RMC à Plougastel. Ne sachant pas y répondre, en déduira-t-on pour autant qu’il fait un bien piètre salarié de la maison qui l’emploie? Certainement non.

Ce sacre met ainsi en lumière la pauvreté d’un personnel infantilisé, incapable de répondant ou de hauteur, quand un De Gaulle, un Malraux, un Giscard ou voire un Mitterrand, que sais-je encore, n’auraient pas toléré le dixième : Naviguant en altitude, ces figures, dès lors qu’elles s’approchaient d’un micro ou d’une caméra, nous parlaient alors que d’une chose, et avec un souffle  qui forçait le plus souvent l’attention: de la France. Et chacun d’opiner devant son téléviseur…

Autre époque, autre cheptel, autres mœurs. La désacralisation de la fonction présidentielle, conjuguée au nivellement d’un personnel politique de faible niveau, ont inversé le rapport de force. Les médias ont pris le pouvoir: ils dictent désormais aux politiques leurs conditions et manières de faire. Au risque de se voir étriller, ces derniers acceptent de se plier aux nouveaux modes de questionnement imposés par une profession passée maître dans l’art de la sommation ou de l’interview à l’arraché. Jean-Jacques Bourdin a fait des émules. A leurs manières, Elise Lucet, sur France 2, Cyril Eldin, sur Canal+ et Yann Barthès, sur TF1, bousculent chaque jour un peu plus la liturgie de l’exercice. Même le très rigoureux Thomas Sotto, sur Europe 1, s’est pris au jeu en piégeant récemment, et presque involontairement, Jean-François Copé  sur le prix du pain  au chocolat : pris au dépourvu, l’intéressé fit peine à entendre.

Bourdin serait en droit de réclamer des royalties, tant ce modus operandi porte sa griffe. Jauger l’intelligence d’un dirigeant à l’aune de sa connaissance du prix de tel ou tel produit de grande consommation est pourtant plus que contestable. C’est réduire en effet le politique à sa caricature. C’est contribuer à raboter, à abîmer, un peu plus le discours. C’est ramener le débat à sa plus simple expression: celle du café du commerce, au comptoir duquel on excommunie et exécute de l’élu chaque matin et à la chaîne.

Histoire de renouveler le débat, la télévision a récemment installé des confessionnaux, ces tréteaux cathodiques où les éclopés sont conviés à venir panser leurs plaies. Et les Robocop du secteur à arrondir leur image. On a vu ainsi Jean-François Copé s’épancher sur le canapé de Marc-Olivier Fogiel. Et Nicolas Sarkozy, comme Alain Juppé, se confesser sur le canapé de Karine Lemarchand.    Indigent…

Loin de nous l’idée de protéger ou d’épargner les politiques : il s’agit plus simplement de leur apporter la contradiction, de leur opposer des arguments qui contribuent à faire progresser le débat. Les débusquer est une obligation journalistique, mais à  condition que l’arme utilisée pour les mettre en difficulté soit à la hauteur des enjeux qui occupent les français. Il n’est pas sûr que vouloir piéger un candidat à la présidentielle  en l’interrogeant sur le cours de la baguette ou du litre de gasoil fasse vraiment avancer le schmilblick.

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