Laurence Haïm: Desperate House White

laurence-haim-mpi

 

 

Imaginons la détresse d’un skipper du Vent des globes dont l’esquif, frappée par une avarie, resterait à quai à J-1. Ou la désolation du chômeur empêché de rejoindre un premier emploi, en raison d’une grève soudaine des transports. C’est sans doute l’état d’esprit dans lequel doit se trouver la correspondante d’iTELE à Washington, Laurence Haïm, qui pour la première de sa longue carrière américaine se retrouve en cale sèche : dans l’incapacité de « couvrir » une élection qu’elle espérait comme le Graal. Celle dont toute la carrière s’est construite, peu ou prou, dans le proche périmètre de la Maison Blanche, – une bâtisse dont elle pousse nonchalamment les grilles depuis des lustres, comme d’autres celles d’un banal jardin public-, est sans aucun doute la journaliste la plus impactée par le conflit qui touche la chaîne tout-infos du groupe Canal+.

C’est sur son compte Twitter, triste substitut, que Laurence Haïm a décidé de rendre compte d’un scrutin auquel elle se préparait minutieusement depuis cinq ans : un traitement minimaliste, confondant d’absurdité pour un tel évènement, qui en dit long sur la passion chevillée au corps de cette coureuse de fond à  laquelle il faut rendre ici hommage. Il faut en effet avoir un sacré mental pour jeter en 140 signes, et à jets continus, des rafales de brèves censées éclairer une élection qui mobilise les médias du monde entier. C’est la marque au fer rouge de cette journaliste émérite qu’un conflit désolant prive aujourd’hui d’un rendez-vous tant désiré. Rappelons en effet qu’elle est aujourd’hui la seule française, et l’un des rares non-américaine, à disposer d’un statut de résidant permanent à la Maison Blanche: un privilège rare qui vaut aujourd’hui tripette.

Le sort qui lui est réservé en dit long sur la gravité du conflit qui  frappe iTELE. Seul le deuxième débat des primaires, retransmis aux cotés de BFM TV, aura vu sa rédaction accepter une trêve de quelques heures. Au bord du sabordage, les journalistes de cette chaîne préfèrent détruire leur outil de travail, que céder aux exigences d’une direction toute aussi déterminée à casser ce mouvement. Les uns et les autres semblent avoir atteint un point de non-retour : quelle qu’en soit l’issue, ce conflit risque fort de définitivement abîmer l’image et la valeur d’un média dont la vente, à court ou moyen terme, semble désormais inéluctable.

1
1 Comment
  • chaon
    novembre 12, 2016

    J’approuve tout ce que vous dites mais me permets de vous dire que L’AFP a depuis toujours deux résidents permanents a la Maison Blanche, dont un français. TOUJOURS En ce moment Jérôme Cartillier.