Netflix met le feu au Festival de Cannes

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Le Festival de Cannes et son conseil d’administration, présidé par Pierre Lescure, ont été à deux  doigts de perdre leur bras-de-fer avec Netflix, dont deux films sont pour la première fois en compétition sur la Croisette. Présent à Cannes, avec Okja  et The Meyerowitz Stories, le géant américain avait en effet annoncé, le 13 avril, jour de la publication de la liste des films en compétition, qu’il n’avait nullement l’intention de sortir ces deux œuvres en salles, les réservant à sa clientèle d’abonnés. Ce faisant, la plate-forme de streaming échappait à la règle instituée sur la chronologie des médias, qui impose en France, de manière drastique, un délai de trois ans à un film projeté en salle, avant qu’il puisse être exploité sur une plate-forme vidéo. C’est-à-dire à l’horizon 2020 pour les deux œuvres de Netflix en question.

Impensable pour le géant américain, qui a tenté de passer en force. Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu. Le monde des exploitants de salles, à travers la Fédération nationale des cinémas français, est le premier à être monté en ligne. Et à ses côtés, les principaux acteurs d’une industrie qui s’inquiète à l’idée qu’une Palme d’or puisse être décernée à une œuvre exclusivement réservée aux abonnés de Netflix aujourd’hui, ou d’Amazone, demain. « Il n’est pas tolérable qu’un groupe délocalisé comme Netflix, qui n’a même plus de bureau en France, foule aux pieds et de cette manière, cette règle sacro-sainte qui forge depuis plus de 30 ans l’équilibre économique de toute une filière», peste le Président de l’Union des Producteurs de films et de l’Académie des Césars, Alain Terzian. Lequel ajoute : «Comment devraient réagir les Paramount, les Disney, les Warner, les Universal, qui participent de longue date au financement du cinéma Français, tout en respectant, scrupuleusement, les règles qui dictent ce marché 

Après quelques jours de flottement et face à la bronca, Netflix a fini par céder du bout des lèvres: ses dirigeants disent dans un communiqué «réfléchir » à la possibilité de distribuer leurs deux films en salles, mais «pour une durée limitée» et sans plus de précision. Pas de quoi rassurer une industrie désarmée et sur le qui-vive. L’inquiétude ne date pourtant pas d’hier. Voilà des mois que le Centre national du cinéma (CNC) et le ministère de la Culture travaillent au dépoussiérage de cette bonne vielle chronologie: notamment par la réduction de la fenêtre d’exploitation pour les films en salles et le raccourcissement, (à 25 mois, contre 36 aujourd’hui), pour la diffusion de ces mêmes œuvres sur les plates-formes de streaming.

Mais aucun texte n’est prêt et le sujet reste épineux entre exploitants, diffuseurs et producteurs: des acteurs aux intérêts pas toujours convergents. Comment contraindre, en attendant, les géants du net, en compétition à Cannes, à passer sous les fourches caudines de la réglementation française? «Tout simplement en leur faisant signer au préalable une lettre solennelle, où il s’engageraient à projeter leurs œuvres en salles » suggère achève Alain Terzian, qui ne semble pas tout à fait convaincu, pour autant,  de l’efficacité d’une telle parade.

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