Macron et les journalistes: ces « riches ». L’inacceptable silence embarrassé du trio Pujadas-Bouleau-Coudray

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« Je n’aime pas cette opposition de la société. Quand je vous regarde, je ne regarde pas des riches. Statistiquement vous l’êtes au regard des statistiques françaises » : cette sortie pour le moins malvenue d’Emmanuel Macron, hier soir à l’Elysée, a laissé ses trois intervieweurs, Anne-Laure Coudray, Gilles Bouleau et David Pujadas, quelque peu embarrassés et bien silencieux. Il aurait pourtant suffit à ces trois stars du journalisme de préciser que s’ils incarnent une exception (dorée) à la règle, la profession à laquelle ils appartiennent n’a rien d’une enclave de « riches ». En effet, les dernières statistiques (qu‘il s’agisse de celles de la Carte de presse ou du syndicat SNJ) indiquent, pour 2017, une rémunération moyenne de 3000 euros brut pour des journalistes exerçant leur métier dans la presse écrite. Avec des pics de salaires respectifs à 5403 et 5100 euros, pour le rédacteur en chef d’un grand quotidien, à Paris et en Province.  Pas de quoi s’insurger et les désigner à la vindicte.

Dans l’audiovisuel, les salaires moyens sont plus élevés: 5200 euros à TF1 et un peu moins de 5000 euros à France 2, comme à BFM V, 4900 euros, pour un reporter. Ce qui ne constitue pas pour autant une profession de nababs. C’est oublier également, cher David Pujadas, cher Gilles Bouleau, chère Anne-Laure Coudray, la paupérisation d’un métier saigné à blanc où la précarité est devenue la norme et le pigiste la variable d’ajustement. On aurait aimé que le trio de choc convié à interroger l’ancienne figure de la banque Lazare rappelle ces quelques vérités chiffrées, au lieu de le laisser creuser cet insidieux et mensonger sillon.

C’eut été d’autant plus aisé que l’époque est révolue qui voyait PPDA et Claire Chazal gagner des somme stratosphériques, à plus de 100 000 euros mensuels. A 50 000 euros par mois, Jean-Pierre Pernault et ses 5 millions de téléspectateurs, en moyenne, reste l’exception dans un paysage où les salaires des stars du 20 heures oscillent entre 15 000 et 30 000 euros mensuel, selon que l‘on exerce son sacerdoce à TF1 (le haut du panier), France 2 ou BFM TV. Ils ne sont qu’une infime poignée à toucher des rémunérations certes confortables, mais qui n’ont rien à voir avec celles en vigueur hier dans un paysage télé où l’argent ruisselait quand les Berlusconi, Bouygues et Hersant arrosaient un métier couvert d’or. Oui, on aurait aimé que Pujadas and co rappelle cette réalité toute simple, au lieu de laisser un président sentencieux asséner des contre-vérités qui font le lit d’un éternel refrain : les journalistes, ces nantis. Et viennent défendre une profession qui n’a pas à recevoir de leçon. En tous les cas sur ce registre.

 

 

 

 

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3 Comments
  • RABILLOUD
    octobre 16, 2017

    Cher Renaud ,
    Votre fausse naïveté me rend perplexe . Le corporatisme a ses limites . Vous connaissez comme moi les salaires d’Anne-Claire Coudray , Gilles Bouleau et David Pujadas . Emmanuel Macron ne s’y est pas trompé . Il s’adressait à ces trois « stars » et non à l’ensemble de la profession . Si l’ère PPDA-Chazal est effectivement révolue , nos trois confrères émargent à des niveaux que l’opinion ( « les français » comme l’on dit à tout bout de champ ) ne risquerait pas d’accepter si elle en avait la moindre idée. Surtout si l’on tient compte de ce que l’on a vu hier soir…Bien à vous . JFR.

  • Osis Mabrouk
    octobre 18, 2017

    Vous etes une caricature de social justice warrior.
    Divertissant.

  • Muriel
    octobre 29, 2017

    Un bonjour dominical pour dire modestement mon accord avec la réaction de JFR. Macron savait pertinemment qu’il s’adressait à des salariés richement rémunérés. Des salariés qui ont sans doute un peu de mal à assumer leur fiche de paie et de ce fait, ont préféré « glisser », quitte à ne pas faire – sur ce plateau – le boulot pour lequel, justement, ils sont censés être payés. Mais qui peut croire que la hauteur de leur rémunération est en rapport avec leur éthique professionnelle ?
    D’accord aussi avec R.Revel sur la paupérisation croissante de cette profession et l’armée d’esclaves pigistes comme variable d’ajustement. Lesquels sont si mal payés qu’ils n’ont pas la possibilité, eux aussi, de faire leur travail avec conscience et honnêteté. On pardonnera plus facilement ces derniers, même si le résultat est le même : un métier à la dérive, des journalistes muselés, qu’ils soient riches ou pauvres. Grave et triste, non ?